samedi 30 mai 2020

Les Occidentaux craignent un «scénario à la syrienne» en Libye

L’implication croissante de la Turquie et de la Russie en Libye suscite une crainte : celle de voir ce pays basculer dans un scénario à la syrienne. Plusieurs responsables occidentaux ont mis en garde contre un tel risque. À l'image du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ou encore de Stéphan Townsend, le général commandant les forces américaines en Afrique. Quelles sont les implications d'un tel scénario ?

C’est un partage d’intérêts stratégiques, économiques et d’influences entre deux acteurs majeurs qui sont déjà bien présents en Syrie, et qui le sont aujourd’hui en Libye. Il s’agit de la Russie et la Turquie, qui essaient de marginaliser les autres acteurs internationaux et régionaux qui interviennent dans ce dossier très compliqué. 
Ces deux pays avaient des investissements énormes en Libye avant 2011 et s’étaient toujours opposés à une intervention de l’Otan contre le colonel Kadhafi. Tous deux semblent aujourd’hui décidés à conserver leurs intérêts déjà en place et cherchent surtout à accroître leur influence politique et militaire.
Dans leur manière de s’impliquer en Libye, ils mettent chacun en jeu de lourds moyens en armes et en mercenaires. Ils espèrent ainsi devenir, demain, maîtres de la paix comme ils sont aujourd’hui maîtres de la guerre. Plusieurs analystes imaginent déjà une conférence nationale conçue par les deux pays pour la Libye à l’identique d’Astana pour la Syrie.
Depuis janvier, des fuites font état d’un accord entre Moscou et Ankara pour partager ce pays riche en hydrocarbures, et qui octroie une grande partie de cette richesse à la Russie, ce que les Américains tentent d’éviter en changeant leur fusil d’épaule et en soutenant le Gouvernement d'union nationale (GNA) après avoir soutenu le maréchal Haftar.
Selon des experts, les Russes ne laisseront pas passer l'occasion de se retrouver sur les rebords sud de l’Europe. Les Américains et les Occidentaux craignent que la Russie s’installe à long terme en Libye, ce qui entraverait leurs intérêts en Afrique et qui susciterait des craintes sécuritaires pour les pays du sud de l’Europe. De plus, une présence permanente de la Russie à l’Est libyen préoccupe certainement les Américains, qui ont cherché à avoir une base militaire en Libye du temps de Kadhafi, ce qui leur a été toujours refusé.
*Source : RFI

Des avions russes font craindre le pire

En déployant des avions de combat en Libye, la Russie vole au secours de son protégé le maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier est très affaibli depuis deux mois par l’intervention de la Turquie qui soutient le camp libyen rival de Fayez al-Sarraj. Moscou risque d’aggraver encore une guerre civile qui dure depuis 2011.
Dans la capitale Tripoli (à l’ouest), le Gouvernement d’accord national (GNA) est présidé par le Premier ministre Fayez al-Sarraj, 59 ans. Reconnu par l’Onu, le GNA s’appuie sur des milices islamistes et les combattants de puissantes tribus de la cité marchande de Misrata. Outre le soutien symbolique de la communauté internationale, le GNA est aidé financièrement par le Qatar et surtout militairement par la Turquie.
Plusieurs zones de Libye sont contrôlées par le GNA ou l’ANL. | OUEST-FRANCE
Basé en Cyrénaïque, (à l’est), le maréchal Khalifa Haftar, 76 ans, ancien général disgracié de Kadhafi, revenu d’exil en 2011, a unifié des forces disparates autour de son Armée nationale libyenne (ANL). Haftar est soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite qui financent des mercenaires soudanais. Sans oublier les paramilitaires russes qui combattent pour lui avec le feu vert du Kremlin…
Pourquoi la Russie renforce-t-elle son engagement ?
Pour enrayer la dégringolade de son protégé. Sur le point de prendre Tripoli fin 2019, le maréchal Haftar a subi défaite sur défaite depuis que la Turquie a envoyé en Libye conseillers militaires, terroristes et mercenaires islamistes transférés de Syrie, matériels antiaériens et surtout des drones de combat, qui se sont révélés décisifs sur les champs de bataille.
Les forces du camp Sarraj ont successivement repris ces deux derniers mois les villes côtières à l’ouest de Tripoli jusqu’à la frontière tunisienne, puis la base aérienne stratégique d’al Watiya, obligeant les forces d’Haftar et les mercenaires russes à décrocher de Tripoli.
Le déploiement des avions russes a d’ailleurs probablement pour objectif de protéger le repli des Russes sur la ville de Bani-Walid, à 150 kilomètres au sud-est de Tripoli. Le message aux Turcs est simple et limpide :  Si vous ou vos protégés avancez trop, ou si vous bombardez Bani-Walid, nous avons les moyens de vous faire très mal. 
Risque-t-on un affrontement direct Turquie/Russie ?
Dans le camp Haftar, l’arrivée des avions russes a poussé un de ses commandants à promettre une prochaine offensive aérienne de grande ampleur. Rien n’est moins sûr. Russie et Turquie savent « jusqu’où ne pas aller trop loin ». Comme en Syrie, où ils défendent des camps opposés depuis 2011 mais où ils ont toujours su s’unir quand il le fallait contre les Occidentaux, les Kurdes ou l’État islamique.
Spécialiste reconnu du conflit libyen, Wolfram Lacher, de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, estime dans un entretien au Financial Times que le déploiement des Mig vise à  remettre la Turquie à sa place et à limiter son ambition de repousser Haftar hors de la Libye occidentale . Pour lui,  la grande question est de savoir si la Russie et la Turquie peuvent pousser une fois de plus leurs clients libyens à négocier un cessez-le-feu » .
Source : Ouest France

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