Lors de notre rencontre du mois
d’octobre, nous avons eu le grand plaisir de recevoir Mme Suzanne Bousquet, chercheure en agroalimentaire et auteure du livre
Les certifications religieuses, Le
business de la crédulité,
pour nous faire une conférence informelle au même sujet. Sa présentation,
ponctuée et suivie de nombreux commentaires et questions, a rempli complètement
notre plage de trois heures, et je n’ai vu personne s’ennuyer. Une expérience à
la fois enrichissante et inquiétante, étant donné le sujet. Je n’en ferai pas
un compte-rendu exhaustif — ce serait impossible dans un court texte comme
celui-ci. Je me contenterai d’identifier et de décrire quelques points
saillants des propos de Mme Bousquet. Pour le reste, je vous invite à vous
procurer son livre.
Les certifications religieuses constituent, comme tout
sujet qui touche de près ou de loin à la religion, un sujet dangereux, voire
tabou. La militante laïque et écrivaine Louise Mailloux et le vétérinaire et
député André Simard l’ont appris à leurs dépens lors du houleux débat autour de
la Charte de la laïcité en 2014. Pour avoir utilisé l’expression « taxe
religieuse » et critiqué l’abattage sans insensibilisation des animaux,
les deux ont subi la vitupération, se faisant accuser d’antisémitisme [1] et d’islamophobie. Nous connaissons
la chanson.
Un sujet tabou
Pourtant, les agences qui vendent
des services de certification « religieuse » et les sociétés qui tirent profit
de produits étiquetés casher ou halal sont des commerces. « Par
conséquent, leurs activités devraient constituer un objet d’étude en soi sans
que leur référence intrinsèque au religieux ne serve de repoussoir à l’examen
approfondi des pratiques en cause », déclare Mme Bousquet. « Y
a-t-il un domaine plus vital que celui de la consommation, du panier
d’épicerie ? Que celui du monde économique? » En effet, c’est un
sujet d’intérêt public, dont nous devons discuter.
Objection de conscience impossible
Nous vivons une époque de
« consumérisme éclairé », où il est fortement conseillé à tout le
monde de s’informer de la qualité et de la provenance de tout ce que l’on
achète, et surtout de tout ce que l’on mange. Mais pour le halal et le casher,
c’est impossible. Il y a un manque flagrant de transparence en ce qui concerne
les certifications religieuses, surtout pour la viande.
Les logos qui indiquent une
certification religieuse sont rarement mis en valeur et parfois absents. La
majorité des acheteurs n’appartient à aucune des confessions concernées et ne
remarque pas les sceaux. Pourtant les produits cashers et halals sont
omniprésents dans les épiceries. Il est à peu près impossible de les éviter.
Casher et
halal : Des inventions récentes
Mme Bousquet nous enjoint de ne pas
confondre « cacherout » et « casher ». La cacherout est le
code alimentaire prescrit aux Hébreux dans la bible hébraïque ; elle
existe évidemment depuis des millénaires. Mais le casher est une
instrumentalisation de la cacherout pour des fins de marketing, une invention
moderne qui date de 1919. C’est
un dénommé Joseph Jacob de la ville de New York qui a eu l’idée
d’utiliser ce concept afin de tirer profit du marché de 1,5 million de juifs
pratiquants dans cette ville.
Quant au halal en tant qu’outil de
marketing, il est né vers 1979 en Iran lorsque Khomeiny proclame que les
viandes importées d’Occident sont illicites et stimule ainsi l’établissement de
chaînes de production à protocole islamique.
Le marché halal est un mariage
parfait entre fondamentalisme et néolibéralisme. L’implantation du halal aux États-Unis a été facilitée
par du mentorat de la part de Juifs suivant le modèle du casher. En
Amérique du Nord, un rôle-clé a été joué par l’Islamic Food and Nutrition Council of America
(IFANCA) une organisation
ayant apparemment des liens avec les Frères musulmans. En Europe, plusieurs non-musulmans
sont actifs dans le commerce, l’industrie et la certification du halal.[2]
Casher et
halal : Des instrumentalisations de normes d’une époque préscientifique
La cacherout, le code alimentaire
traditionnel du judaïsme, comprend trois principes :
- Interdiction de manger certains animaux, par exemple le porc, et obligation d’abattage rituel ;
- Interdiction de consommer le sang, le nerf sciatique et le suif ;
- Interdiction de mélanger viandes et produits laitiers.
De plus, tout ce qui n’est pas
interdit, c’est-à-dire impropre à la consommation ou « treif », est
permis.
Le code alimentaire traditionnel de
l’islam, pour sa part, est assez semblable, mais pas tout à fait pareil :
- Interdiction de manger certains animaux, par exemple le porc, et obligation d’abattage rituel ;
- Interdiction de consommer le sang ;
- Interdiction de consommer l’alcool [3].
Encore une fois, tout ce qui n’est
pas interdit (« harām ») est permis (« halal »).
Dans les deux cas, il s’agit de
normes d’une époque révolue, basées sur des référents, des superstitions et des
conceptions erronées d’un autre temps, provenant de tribus des déserts de l’Antiquité,
avant le microscope et avant la science moderne.
L’arnaque de
remplacer le permis par l’interdit
Un élément-clé commun au casher et
au halal, en tant qu’outils de marketing, c’est l’arnaque de remplacer la
permission, quant aux produits non couverts par la norme, par l’interdiction.
C’est-à-dire que, sous les deux normes, tout ce qui n’était pas explicitement
interdit était par défaut permis. Mais avec le marketing moderne, tout ce qui n’est pas explicitement
permis devient interdit. Cette supercherie est particulièrement
flagrante dans le cas de produits non comestibles. Rappelons qu’il s’agit de normes alimentaires.
Des aliments qui n’étaient pas du
tout touchés par les normes traditionnelles, par exemple les bleuets, se
trouvent être actuellement les cibles de certifications religieuses. Nous trouvons
aussi dans les épiceries et dans d’autres magasins du
papier hygiénique, des essuie-tout, des éponges et du savon vaisselle cashers !
De la même manière, les produits halals ne se limitent pas à l’alimentation,
mais s’étendent au produits financiers, aux voyages, à la mode, à la
pharmaceutique et quoi encore. [4]
Suzanne Bousquet |
Les coûts
financiers, sociaux et politiques
Il est difficile d’estimer le coût
en argent que peuvent représenter les certifications cashères et halales, étant
donné le peu de
transparence en ce domaine. En ce qui concerne le coût refilé aux
consommateurs, Mme Bousquet mentionne plusieurs chiffres, allant de 3% jusqu’à
15%, dépendant du secteur et de l’agence de certification. De plus, les
commerçants et les producteurs subissent régulièrement une pression énorme pour
se procurer, au coût de frais importants, des certifications religieuses afin de se
conformer à un marché qui les éxige, malgré le fait que c’est souvent seulement
une petite minorité de la population qui suit ces habitudes de consommation. Il
y a souvent un effet domino, où les fournisseurs en amont doivent aussi être
certifiés. Ainsi, toute la chaîne de production est affectée.
Pendant la présentation de Mme
Bousquet, un individu dans la salle a fait la remarque que les coûts financiers
de ces certifications religieuses doivent être très en deçà des coûts
faramineux de la corruption dans les gouvernements et dans le système global
bancaire. Sans doute, mais il est évident que le problème ne se limite pas du
tout à une question d’argent. Le vrai coût des certifications religieuses comprend aussi les
implications sociales et politiques.
Le casher et le halal sont des moyens de renforcer le
communautarisme,
c’est-à-dire le repli identitaire des communautés religieuses sur elles-mêmes.
Le halal est un moyen de conditionner les consommateurs musulmans : le bon
musulman est celui qui opte pour des produits et services halals. Il s’agit d’une banalisation de
la charia pour servir des intérêts mercantiles, que Mme Bousquet
qualifie de « très mauvais souffle sur nos démocraties ». Le casher
sert les exigences de la Loi hébraïque, tandis que le halal, la Loi islamique. Le casher et le halal sont « des normes commerciales et
industrielles théocratiques. » La mentalité théocratique — irrationnelle, rigide,
immuable et dogmatique, qui valorise la soumission aveugle — est
incompatible avec la démocratie.
Compte-rendu par David Rand
2018-10-25
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NOTES
de H. Genséric
[3] Suzanne Bousquet se trompe : le Coran, seule
référence indiscutable pour les musulmans, quelle que soit leur obédience, n’interdit
pas le vin. Au contraire, il prévoit des « rivières de vin »
au paradis !
L'Association internationale des
musulmans coraniques fondée en 2013, par
l’Islamologue et historien tunisien, Mohamed
Talbi , dans le but de « rénover la pensée
musulmane », a publié, en 2015, un article dans lequel elle cite des
versets coraniques affirmant que l’alcool présente à la fois des vertus et des
méfaits. Selon le rapport de l’association, aucune
référence coranique n’a formellement interdit de boire de l’alcool.
Voici différents textes du Coran
concernant la boisson enivrante tels que traduits par Denise Masson.
Sourate de La vache (219) : « Ils
t’interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard, dis : Ils comportent tous
deux, pour les hommes, un grand péché et un avantage mais le péché qui s’y
trouve est plus grand que leur utilité. »
Sourate de La Table servie (90 – 91) : « Ô
vous qui croyez ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches
divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon. Évitez-les… —
Peut-être serez-vous heureux — * Satan veut susciter parmi vous l’hostilité et
la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. Il veut ainsi vous détourner du
souvenir de Dieu et de la prière. — Ne vous abstiendrez-vous pas ?—
»
Sourate Les femmes (43) : « Ô
vous qui croyez ! N’approchez pas de la prière, alors que vous êtes ivres —
attendez de savoir ce que vous dites ! »
Voici trois autres versets où il est
aussi question de vin, boisson enivrante ou alcoolisée, qui permettent de
s’interroger quant à l’attitude du Coran en la matière.
Sourate Mohamed (15) : « Voici
la description du Jardin promis à ceux qui craignent Dieu. Il y aura là des
fleuves dont l’eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable,
des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent. »
Sourate Les Abeilles (67) : «
Vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent des fruits des
palmiers et des vignes. — Il y a vraiment là un Signe pour un peuple qui
comprend ! — »
Sourate Les Fraudeurs (25-28) : « On
leur donnera à boire un vin rare, cacheté par un cachet de musc — ceux qui en
désirent peuvent le convoiter — et mélangé à l’eau de Tasnim, une eau qui est
bue par ceux qui sont proches de Dieu. »
[4] Les
Islamistes , que le président Bourguiba appelait (déjà dans les années 60)
les « commerçants de la religion » ont édicté un ensemble de « fatwas »
qui leur profitent politiquement et surtout financièrement :
Hannibal GENSÉRIC
L'argent est-il halal ou casher ? Acheter un poulet halal avec de l'argent sale est-il recommandé ?
RépondreSupprimerLes missiles et avions saoudiens ou israéliens sont-ils certifiés ?
Les religieux et docteurs de la loi (charia ou juive) sont vraiment des gens mauvais.
RELIGION=CONNERIE MONUMENTALE
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