« Que se passerait-il si au lieu qu’en Russie il y ait trois millions de juifs et quatre-vingt millions de Russes, on avait l’inverse ? Qu’arriverait-il aux Russes ? […] Ne les traiteraient-ils pas tout simplement comme des esclaves ? Pire encore, ne les dépouilleraient-ils pas complètement ? Ne les massacreraient-ils pas tous ? Ne les extermineraient-ils pas jusqu’au dernier comme ils ont fait avec d’autres peuples étrangers dans les temps anciens ? » Dostoïevski , Journal ,1877
dimanche 15 mars 2026
Guerres sans fin, profits sans fin: Le complexe militaro-industriel occidental
L’assassinat du guide suprême iranien Ali Khameneilors d’une félonie militaire lancée par l’entité terroriste israélienne
sous les ordres du perfide hégémon américain marque une nouvelle étape
dans l’escalade guerrière au Moyen-Orient. Cette opération s’inscrit
dans une stratégie désormais classique du tandem meurtrier
américano-israélien – ce véritable gang de tueurs en série : la «décapitation»
d’un régime par l’élimination ciblée de ses dirigeants politiques ou
militaires. Ces assassinats extrajudiciaires, illégaux en droit
international, sont généralement présentés comme des moyens décisifs
capables de désorganiser l’adversaire et d’accélérer l’effondrement de
ses superstructures politiques, économiques, militaires et même
idéologiques (sic). Pourtant, l’expérience historique montre que
l’élimination d’un dirigeant modifie rarement la dynamique profonde
d’un conflit. Les organisations politico-militaires disposent en général
de mécanismes de succession qui assurent la continuité du pouvoir
bourgeois. Bien souvent, ces assassinats contribuent même à radicaliser
les affrontements.
Dès lors, une question se pose : si ces opérations ne
produisent pas d’effet stratégique décisif, pourquoi occupent-elles une
place centrale dans les guerres contemporaines régulièrement déclenchées
par le tandem fasciste américano-israélien ?
Pour répondre à cette question, il faut dépasser l’analyse
strictement militaire des conflits et examiner les structures
économiques, politiques et institutionnelles capitalistes qui les
sous-tendent.
Le paradoxe des défaites militaires américaines à répétition
Depuis plus d’un demi-siècle, les interventions militaires
américaines présentent un paradoxe frappant. Malgré leur écrasante
supériorité militaire et technologique, les États-Unis peinent à
transformer leurs opérations militaires en succès politiques,
économiques et financiers, durables.
Du Vietnam à l’Afghanistan, en passant par l’Irak ou la Syrie, le Soudan, la Somalie, ou le Yémen, le Sahel ou le Caucase, et même l’Ukraine, toutes ces agressions
impérialistes se sont enlisées pendant de longues périodes avant de se
solder par des défaites ou des retraits des envahisseurs, laissant
derrière elles des situations politiques instables propices à de
nouvelles confrontations armées.
Ces échecs militaires ont souvent été interprétés comme des signes du
déclin américain. Mais cette lecture demeure incomplète. Car ces
conflits désastreux ont produit un autre effet, rarement souligné : une
expansion continue des dépenses militaires et de l’industrie d’armement.
Autrement dit, ce qui apparaît comme une succession de défaites
militaires peut, simultanément, correspondre à un succès économique pour
l’économie de guerre américaine.
Le complexe militaro-industriel américain
– qui associe l’industrie d’armement, le Pentagone et le Congrès – a
intérêt à la permanence des conflits. Dans ce système d’exploitation,
les guerres ne sont pas conçues pour être gagnées rapidement, mais pour
durer. Les conflits prolongés permettent l’écoulement continu des
armements, la hausse du budget militaire, la recherche et l’innovation
létale et la valorisation du capital dans l’industrie de défense.
Autrement dit, les guerres impérialistes, sous des formes multiples, sont les résultantes -les conséquences- de la concurrence
entre les multiples puissances impériales. Ces guerres pour le partage
du « butin néocolonial » se prolongent aussi longtemps que
l’attribution des marchés, du pétrole et du gaz dans le cas de la guerre
au Moyen-Orient, n’a pas été complété entre les puissances. Bien sûr,
la prolongation de ces guerres de rapines est un effet collatéral qui
profite au complexe militaro-industriel transnational. Le capitalisme
américain sénile évolue ainsi vers une économie militarisée et vers des
guerres permanentes… malgré que son économie globale sclérosée ne lui
permet plus de les remporter.
Le complexe militaro-industriel, moteur de la guerre permanente
Cette dynamique renvoie à l’existence du complexe militaro-industriel
américain, concept popularisé en 1961 par le président Dwight
Eisenhower. Celui-ci désignait l’interdépendance croissante entre
l’appareil militaire, l’industrie de défense et les institutions
politiques.
Dans ce système, les dépenses militaires ne constituent
pas seulement un instrument de politique étrangère. Elles représentent
aussi un secteur économique majeur. Le fonctionnement de ce complexe
repose sur un mécanisme circulaire : les tensions
internationales justifient l’augmentation des budgets militaires ; ces
budgets alimentent l’industrie de défense ; l’expansion de cette
industrie renforce son influence politique ; cette influence contribue à
maintenir un environnement international marqué par la confrontation.
Dans ce contexte, la guerre tend à devenir non seulement une stratégie,
mais aussi un secteur économique structurant, véritable ossature de
l’économie américaine.
L’économie américaine de la guerre permanente
La progression spectaculaire des dépenses militaires américaines en fournit une illustration frappante : elles sont passées d’environ 295 milliards de dollars en 2000 à près de 900 milliards en 2025.
Aucun autre budget fédéral n’a connu une progression comparable. Donald
Trump a même exigé que les dépenses de défense des États-Unis soient
portées à 1 500 milliards de dollars d’ici 2027,
soit une augmentation de 50 %. Cette explosion financière ne répond pas
seulement à des impératifs stratégiques : elle découle surtout de la
logique interne du capitalisme américain, pour lequel l’économie de
guerre constitue un puissant vecteur de valorisation et d’accumulation
du capital.
Les États-Unis sont aujourd’hui le seul pays au monde où les guerres
se terminent par une défaite récurrente tandis que les budgets
militaires continuent d’augmenter dans une escalade permanente (sic).
Le lieutenant-colonel et historien américain William Astore l’a résumé avec ironie : «Il n’y a qu’en Amérique que les guerres se terminent en défaite et que les budgets de guerre augmentent triomphalement.»
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont multiplié les
interventions militaires directes ou indirectes : Afghanistan, Irak,
Syrie, Libye, Yémen, Liban, ainsi que diverses opérations menées par
procuration en Ukraine et au Moyen-Orient notamment .
Selon les estimations du programme universitaire Costs of War de l’université Brown, les guerres menées au nom de la «lutte contre le terrorisme» (sic) depuis 2001 ont coûté plus de 8 000 milliards de dollars.
Ces dépenses constituent une charge considérable pour les finances
publiques américaines, autrement dit pour les contribuables. Mais elles
représentent également une source majeure d’activité et de profits pour
l’industrie de guerre. Dans cette logique collatérale, la prolongation
des conflits alimente durablement l’économie de guerre américaine.
Un autre paradoxe du pouvoir américain, dominé par les grandes firmes
et le complexe militaro-industriel, apparaît alors clairement: il ne
détruit pas seulement des pays étrangers. Tandis que les guerres
américaines ravagent des États entiers, les États-Unis eux-mêmes se
dégradent sous l’effet des restrictions budgétaires imposées aux
secteurs vitaux de la société. Infrastructures vieillissantes, systèmes
éducatif et sanitaire fragilisés, villes abandonnées: pendant que l’économie de guerre prospère, une partie croissante du pays s’enfonce dans le délabrement.
L’OTAN
constitue à cet égard un relais majeur de l’économie de guerre
américaine. Sous la pression des États-Unis, les pays membres sont
incités à augmenter massivement leurs dépenses militaires. Donald Trump a
même exigé que ces dépenses soient portées jusqu’à près de 5 % du PIB,
bien au-delà de l’objectif initial de 2 %. Une telle orientation
implique mécaniquement une hausse considérable des achats d’armements,
dont une large part provient de l’industrie de guerre américaine.
La guerre de proxy en Ukraine illustre parfaitement ce mécanisme : le
conflit alimente une demande permanente en missiles, systèmes de
défense aérienne, blindés, drones et munitions produits par les grandes
firmes du complexe militaro-industriel américain. Dans le même temps,
les guerres menées par l’entité terroriste israélienne au Moyen-Orient
reposent également sur l’utilisation massive d’équipements militaires
fournis ou financés par les États-Unis. Ainsi, loin d’être de simples
crises géopolitiques, ces conflits participent d’une dynamique
économique plus profonde : ils entretiennent une demande permanente
d’armements et soutiennent l’expansion de l’économie de guerre
structurée autour de la puissance américaine.
Ainsi,
derrière les discours officiels sur la sécurité internationale, la
soi-disant lutte contre le terrorisme dont l’impérialisme est le fidèle
sponsor, ou l’instauration de la démocratie (sic), se dessine une
réalité plus brutale :le capitalisme américain, ou tout autre
puissance capitaliste a besoin de la guerre pour atteindre ses objectifs
stratégiques systémiques. Celle-ci alimente l’industrie
d’armement et les profits du complexe militaro-industriel. Dans les
bureaux du Pentagone se préparent déjà les guerres des décennies à
venir. Aux États-Unis, la guerre n’est plus un accident de l’histoire : elle est devenue le moteur du capitalisme américain.
Désormais, le complexe militaro-industriel américain occupe une place
centrale dans l’organisation de l’économie nationale. Les dépenses
militaires ne constituent plus seulement un instrument de puissance
stratégique : elles sont devenues un levier majeur de l’activité
industrielle, de l’innovation technologique et de la dynamique
budgétaire fédérale. Les investissements liés à la défense soutiennent
la production d’armements, stimulent la recherche scientifique et
irriguent de vastes secteurs de l’économie américaine. Dans ces
conditions, la préparation permanente de la guerre – et parfois la
guerre elle-même – fonctionne comme un mécanisme de soutien à
l’accumulation du capital au cœur du système économique américain.
Par son poids économique et son influence politique, le complexe
militaro-industriel américain entretient une dynamique d’interventions
militaires qui alimente l’augmentation constante des dépenses de
défense. Dans ces conditions, la guerre tend à s’inscrire dans une
logique de permanence au sein de la puissance américaine, où la
frontière entre guerre et paix devient de plus en plus floue. Aux
États-Unis, la guerre n’apparaît plus seulement comme un événement
exceptionnel de la vie internationale : elle devient une dimension
durable de l’exercice de la puissance américaine, dominée par le
complexe militaro-industriel.
La fonction économique complexe des guerres
NEW YORK, NEW YORK – OCTOBER 14: Traders work on the floor of the New York Stock/AFP
En réalité, la multiplication des guerres menées par les États-Unis
ne profite pas seulement au complexe militaro-industriel américain.
Depuis l’entrée du capitalisme dans son âge de crises structurelles –
caractérisé par les crises de surproduction et la baisse tendancielle du
taux de profit –, la guerre remplit une fonction économique
essentielle. Elle devient un mécanisme de destruction et de
reconstruction du capital. Elle détruit des infrastructures, des
économies et des populations, mais cette destruction ouvre immédiatement
la voie à de nouveaux marchés : reconstruction, armement, sécurité et
industrie militaire.
Le général français Michel Yakovleff lui-même a laissé entrevoir
cette logique cynique. Intervenant sur la chaîne d’information LCI à
propos de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu – ce véritable gang de
tueurs de masse –, il déclarait : « Tous les deux sont
fascinés par la destruction. Cette fascination se traduit par le plaisir
de lâcher des bombes et de détruire un maximum d’infrastructures.»
Mais cette destruction n’est pas seulement militaire : elle est aussi
économique. Tandis que les bombes ravagent les villes et les
infrastructures, les cercles du pouvoir américano-israélien et les
grandes firmes américaines anticipent déjà les gigantesques marchés
qu’ouvrira la reconstruction de l’Ukraine, de Gaza et de l’Iran
dévastés. La guerre détruit; la reconstruction ouvre aussitôt de
nouveaux marchés. Se perpétue ainsi le cycle de l’économie de guerre.
Loin d’être une anomalie du système capitaliste, la guerre en devient un rouage central.
Dans cette perspective, la stratégie du
Pentagone repose sur trois principes simples : multiplier les conflits
dans différentes régions du monde, prolonger ces conflits afin
d’alimenter en permanence l’économie de guerre et transformer les
défaites militaires en justification politique pour augmenter les
budgets de guerre. La paix est mauvaise pour les affaires. La guerre, au
contraire, garantit la rotation permanente et la valorisation du
capital dans l’industrie de défense et assure la pérennité du complexe
militaro-industriel.
Au terme de cette analyse, une question
décisive se pose à l’humanité – aux peuples opprimés et au prolétariat
international : peut-elle encore tolérer un État dont l’économie repose
sur la guerre permanente et qui menace d’entraîner le monde dans des
conflits sans fin…jusqu’à la fin dernière? Ou devrons nous nous unir en
classe révolutionnaire pour briser la puissance impérialiste
multipolaire devenue incontrôlable ? Le volume ci-dessous propose une
méthode…
Khider Mesloub 15 mars source : https://les7duquebec.net/archives/304646
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