Il vient d'ordonner que certaines exportations russes de GNL vers l'UE soient redirigées vers l'Asie, et si l'UE ne contraint pas Zelensky à lui accorder davantage de ce qu'il souhaite en Ukraine, alors il n'y aura aucune raison pour qu'il ne coupe pas totalement les exportations russes vers ce pays, car elles sont à l'origine d'une crise majeure.
L'UE a convenu fin 2018 de mettre fin aux importations de GNL russe d'ici le 31 décembre 2026 et aux importations de gaz par gazoduc d'ici le 30 septembre 2027, avec la possibilité de repousser cette échéance au 31 octobre 2027 si les niveaux de stockage s'avèrent inférieurs aux seuils de remplissage requis. Cette décision a été prise car « les États-Unis ont instrumentalisé la russophobie et la géopolitique énergétique pour prendre le contrôle de l'Europe », expliquant ainsi leur soutien à cette mesure afin de monopoliser le marché énergétique du bloc, de concert avec leur allié qatari, autre superpuissance du GNL.
Tout a basculé avec la troisième guerre du Golfe , déclenchée par des attaques conjointes américano-israéliennes contre l'Iran. En représailles iraniennes, l'Iran s'en prend à tous les états croupions du Golfe, arguant que les infrastructures militaires et de renseignement américaines présentes sur leurs territoires sont utilisées pour des attaques contre la République islamique. Le détroit d'Ormuz est désormais de facto fermé et les royaumes du Golfe réduisent leur production d'énergie, leurs capacités de stockage étant presque saturées. Surtout, le Qatar interrompt également la liquéfaction de son gaz , dont la remise en marche prendra plusieurs semaines.
C’est pour ces raisons qu’une crise énergétique est à prévoir, qui pourrait surpasser celle survenue lors l'arnaque COVID-19, voire même l’embargo pétrolier arabe de 1973, en termes de perturbations mondiales. Le pétrole et le gaz du Golfe étant pour l’instant quasiment hors course, le seul recours réaliste pour stabiliser le marché est d’y réintroduire les ressources russes, ce qui explique pourquoi les États-Unis ont temporairement levé les sanctions sur les achats de pétrole russe par l’Inde. L’UE pourrait également accroître ses importations de gaz russe avant l’échéance qu’elle s’est fixée.
Face à la crise énergétique mondiale imminente, Poutine a annoncé la semaine dernière avoir ordonné à son gouvernement d'étudier la possibilité de réorienter les exportations énergétiques européennes vers l'Asie, jugées plus rentables et dont les pays ne cesseront pas de sitôt d'importer totalement de l'énergie russe, contrairement à l'UE. Le vice-Premier ministre Alexandre Novak a ensuite confirmé peu après que la décision avait été prise de réorienter une partie des exportations de GNL (gaz naturel liquéfié) d'Europe vers des pays amis comme l'Inde et la Chine.
L'éventualité d'une interruption des exportations de gaz russe vers l'UE avant que celle-ci ne coupe ses importations de gaz russe reste d'actualité. Cependant, Poutine semble davantage enclin à exploiter cette possibilité pour servir ses objectifs stratégiques qu'à renoncer à une telle opportunité dans le seul but de punir ses adversaires occidentaux. À cet égard, la confirmation par Novak de sa décision de réorienter une partie des exportations de GNL d'Europe vers l'Asie peut être interprétée comme une preuve de la volonté de Poutine, mais ce dernier laisse également entendre qu'il serait prêt à reconsidérer sa position si certaines conditions sont remplies.
Il s'agit là de la réalisation de ses objectifs en Ukraine : le contrôle de la Russie sur l'intégralité des régions contestées, la démilitarisation et la dénazification de l'Ukraine, le rétablissement de sa neutralité constitutionnelle et l'absence de troupes étrangères après la fin du conflit. Il souhaite également entamer des négociations sur la réforme de l'architecture de sécurité européenne afin de la rendre moins menaçante pour la Russie et est soupçonné de vouloir empêcher Zelensky de se présenter aux prochaines élections ukrainiennes. Tous ces objectifs ne seront peut-être pas atteints, mais certains le seront probablement.
C’est précisément à l’heure où l’UE fait face à une crise économique provoquée par la troisième guerre du Golfe, qui a paralysé les exportations énergétiques de la région, que le bloc doit décider s’il contraindra Zelensky à céder à Poutine une partie de ses demandes en échange de son engagement à ne pas détourner les exportations de GNL vers l’Asie. Les États-Unis pourraient également leur apporter leur soutien afin de préserver le pouvoir d’achat de l’un de leurs principaux marchés. Faute de quoi, Poutine pourrait enfin porter le coup fatal à l’économie européenne.
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Les périlleuses conséquences d'un blocage prolongé du détroit d'Ormuz
Il est au centre de l'attention mondiale. Le détroit d'Ormuz a été classé jeudi "zone d'opérations de guerre" par le secteur maritime. Mercredi, les Gardiens de la Révolution iraniens en ont revendiqué le contrôle total.
Avant cela, depuis ce week-end, plusieurs frappes sur des navires avaient fortement ralenti le trafic maritime dans ce point stratégique. Lundi, un membre d'équipage d'un pétrolier pris pour cible a été tué, selon les autorités d'Oman.
Armateurs à l'arrêt
Les plus grands armateurs mondiaux, le genevois MSC, le danois Maersk, le français CMA CGM, le chinois Cosco et l'allemand Hapag Lloyd, ont donné l'ordre à leurs bateaux de ne plus bouger et de se mettre à l'abri. Mercredi, l'Organisation maritime internationale a indiqué que 20'000 marins et 15'000 passagers étaient bloqués dans le Golfe persique.
Le "gel" actuel du transit à Ormuz est "sans précédent", a déclaré à l'AFP Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département recherches au centre d'Etudes stratégiques de la Marine, en France. Le détroit d'Ormuz n'avait jusqu'ici jamais été fermé.
Même pendant la guerre du Golfe, "il n'y a jamais eu d'arrêt total des échanges" via le détroit d'Ormuz, soulignent plusieurs experts interrogés par l'AFP. Pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, il y a eu des attaques de pétroliers, mais le passage commercial a été maintenu, note Paul Tourret, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime français.
Un quart du pétrole mondial
Cette situation inédite met le commerce mondial sous pression. Près d'un quart du pétrole mondial ainsi que 20% de la production mondiale de gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d'Ormuz. Le prix du baril de Brent, référence pour le marché, a flambé de 20% pour passer de 70,5 à plus de 85 dollars aux premiers jours de la guerre, avant de se stabiliser par la suite à un plateau élevé.
Si les Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole, et l'Europe, qui s'approvisionne principalement auprès de la Norvège, des Etats-Unis, du Kazakhstan et de la Libye, peuvent voir venir, il en est autrement de l'Asie, dont les pays sont fortement dépendants des hydrocarbures du Moyen-Orient.
Plus de 90% de l'or noir importé par le Japon provient de cette région, plus de 70% pour la Corée du Sud. Celui-ci passe essentiellement par le détroit d'Ormuz, rappelle Le Monde. En Asie du Sud-Est, des pays comme la Thaïlande, le Vietnam et la Malaisie importent plus de la moitié de leur pétrole brut des pays du Golfe.
Engrais et plastiques
Le détroit d'Ormuz est également central pour l'exportation des produits dérivés du pétrole que sont les engrais et les plastiques. Environ un tiers des engrais mondiaux, dont l'Europe est cette fois-ci bien plus dépendante, passe par ce passage.
Au total, 80% de la production de polyéthylène du Moyen-Orient, l'un des plastiques les plus produits dans le monde, dépend du détroit d'Ormuz pour l'exportation, indique ICIS (Independent commodity intelligence services).
Le blé
Dans l'autre sens, ce lieu de passage est également vital pour les importations des pays du Moyen-Orient. Entre 15 et 20 millions de tonnes de grains – blé, maïs, tournesol, colza – passent chaque année par ce détroit. Son blocage pourrait donc représenter à terme une menace en matière de sécurité alimentaire, estime dans La Matinale Thierry Pouch, chef économiste aux chambres d'agriculture en France.
"L'Argentine envisage de ralentir ses exportations de viande bovine et de soja. Le blé australien transite aussi par ce détroit, comme celui de la Russie. Le Brésil est particulièrement inquiet pour son maïs et son soja", explique Thierry Pouch.
Cette question des importations pourrait ainsi jouer en faveur d'un déblocage, au moins partiel, du détroit. L'Iran, qui a interdit mardi l'exportation de nourriture, dispose pour l'heure de réserves suffisantes de blé. Mais le risque de pénurie pourrait forcer Téhéran à desserrer son étau.
Par Antoine Schaub
Source : RTS
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