samedi 2 février 2019

Pirates. La Banque d’Angleterre vole l’or vénézuélien


Les pirates ne ressemblent pas forcément à Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. Ils peuvent naviguer sous pavillon britannique plutôt qu’avec le crâne et les os entrecroisés. Ils peuvent s’appeler Banque d’Angleterre plutôt que Jolly Roger.
Pour toutes sortes de pays, la « Vieille dame de la rue Threadneedle » * est un havre où amarrer leur richesse nationale dans un monde orageux. Même si ce n’est pas nécessairement de leur propre volonté.

Après la chute du régime communiste en Albanie, j’avais brièvement occupé le poste de coprésident de la Britain-Albania Society (Société albano-britannique) avec le député conservateur Steve Norris. Lui et moi avions dû déplacer des montagnes pour persuader le gouvernement britannique (qui contrôlait alors entièrement la Banque d’Angleterre) de rendre aux Albanais leur or, qui avait été saisi par les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le brigandage de cette semaine — passé inaperçu auprès des commentateurs médiatiques que j’ai lus — a eu lieu à une époque où la Banque d’Angleterre est officiellement indépendante du gouvernement. Et pourtant, il a été déclenché par un appel téléphonique d’un représentant d’un gouvernement étranger.
La décision de la banque de saisir — un mot poli pour voler — plus d’un milliard de dollars d’or vénézuélien aurait été ordonnée par le gouverneur de la banque après un appel du conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton et du secrétaire d’État, Mike Pompeo — pas même du président Trump lui-même.
Si c’est bien cela, alors cette décision de saborder — irrémédiablement, je l’espère — la sécurité des dépôts à la Banque d’Angleterre a été prise par un citoyen canadien non élu et sans comptes à rendre (il n’a obtenu sa citoyenneté britannique qu’en novembre dernier). Il est là aujourd’hui, mais demain, il sera parti de son poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre. La politique étrangère de l’État britannique — dont c’est la banque — a été donc été au moins prise de vitesse, et peut-être même usurpée par Bolton, un fonctionnaire mineur d’un pays étranger.
Était-ce ce que les partisans conservateurs du Brexit avaient à l’esprit lorsqu’ils ont fait campagne pour que la Grande-Bretagne « reprenne son contrôle » ?
Bien sûr, le gouverneur actuel de la Banque d’Angleterre, le canadien Mark Carney, savait que Bolton enfonçait une porte de coffre-fort bancaire grande ouverte et que la Grande-Bretagne n’est pas plus indépendante des États-Unis que la Banque d’Angleterre n’est indépendante du gouvernement britannique.
De plus, aucun crocodile des Caraïbes ne pourrait verser de larmes plus hypocrites que celles actuellement versées par les politiciens britanniques pour le « pauvre peuple qui souffre » du Venezuela. Après tout, quel genre de monstre pourrait saisir un milliard de dollars à « des pauvres gens qui souffrent » ?
En 72 heures environ, la semaine dernière, le président vénézuélien Nicolas Maduro, dont presque personne en Grande-Bretagne n’avait entendu parler jusque-là, s’est transformé en nouvel « Hitler sur le Nil ». ** Cette appellation avait été donnée, pour la première fois dans la Grande-Bretagne d’après-guerre, au président Nasser d’Égypte lorsqu’il avait nationalisé le canal de Suez. Malheureusement pour l’imperium, le canal se situait en Égypte, le pays dont il était le président.
Après tout, pour paraphraser Donald Rumsfeld, ce n’est pas la faute de la Grande-Bretagne si Dieu a mis les canaux britanniques dans les pays des autres.
Et il y a eu beaucoup d’autres Hitler depuis : Yasser Arafat, Mouammar Kadhafi, Bachar el-Assad, Slobodan Milosevic, Vladimir Poutine, etc.
La transformation a été sidérante à suivre, même pour moi, qui suis actif en politique depuis 50 ans.
Toutes les ONG, les « journalistes indépendants » et les experts manucurés ont envahi les médias, avec leurs récits soigneusement préparés sur la perfidie de la révolution Chavez au Venezuela sous le bras. Ils ont cependant tous souffert de deux handicaps : aucun d’entre eux ne pouvait même prononcer le nom de l’homme de la rue de Caracas dont ils reconnaissaient la présidence autoproclamée. Et aucun d’entre eux ne semblait savoir que les États-Unis avaient imposé un siège médiéval de sanctions, de sabotage et de subversion au Venezuela. Du moins, aucun d’entre eux n’en a parlé.
Aucun d’entre eux, comme dans toutes les autres opérations étrangères de changement de régime qu’ils ont soutenues, n’avait la moindre idée de ce qui se passerait au Venezuela s’ils réussissaient, notamment comment les millions de partisans armés de Chavez le prendraient si leur gouvernement était renversé par des étrangers. Il est difficile de déterminer si ces journalistes et politiciens qui réclament une guerre civile sur les plus grands gisements de pétrole du monde sont des fous criminels, juste des criminels, ou s’ils peuvent plaider les circonstances atténuantes au motif qu’ils ne savent pas à quoi ces choses ont abouti en Afghanistan, en Irak, au Yémen, en Syrie, en Ukraine, etc.
La diabolisation du Venezuela, même dans les pays occidentaux qui ont un gouvernement à peine fonctionnel, a été un raz-de-marée. Les ressources pitoyables que le Venezuela a investies dans la solidarité avec la Grande-Bretagne — ou s’il a investi, personne ne peut expliquer où – ont été résumées par le refus total de la Campagne de solidarité avec le Venezuela d’envoyer quelqu’un à mon émission sur Sputnik la semaine dernière, me renvoyant à la Campagne de solidarité avec Cuba, juste à côté.
Cette dernière a suggéré l’Anglais qui édite avec talent un journal britannique, le Morning Star. Rarement un aussi grand et important pays pétrolier – et vulnérable à l’invasion occidentale, comme on pouvait s’y attendre – ne s’était encore moins fatigué à se faire des amis.
Les événements sur le terrain au Venezuela décideront cependant de ce qui se passera. À mon avis, il y aura beaucoup pleurs et de grincements de dents avant que ce soit fini. Et comme dans tous les autres cas auxquels j’ai fait référence, le résultat sera l’opposé de ce que les mercenaires de l’imperium imaginent maintenant.
Par George Galloway
George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.
Paru sur RT sous le titre Mystery of the Venezuelan gold: Bank of England is independent of UK govt – but not of foreign govt
Traduction Entelekheia
Notes de la traduction :
* La « Vieille dame de la rue Threadneedle », littéralement « la vieille dame de la rue du fil d’aiguille à tricoter » est le surnom de la Bank of England (Banque d’Angleterre), qui se situe dans le périmètre de la City de Londres.

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