dimanche 3 février 2019

Venezuela: L'Eurasie fait équipe contre l'hégémonie américaine


La Russie, la Chine, l'Iran et la Turquie envisagent tous de laisser tomber le pétrodollar. Le Venezuela veut les rejoindre. La domination américaine de la finance mondiale est menacée. La guerre froide 2.0 a frappé l'Amérique du Sud avec un violent coup - opposant les sbires américains aux quatre piliers de l'intégration Eurasienne en cours: la Russie, la Chine, l'Iran et la Turquie.

C’est le pétrole
Caracas a commis le péché capital ultime aux yeux de l’exceptionnalisme : les échanges de pétrole en contournant le dollar américain et les échanges sous contrôle américain. Rappelez-vous l'Irak. Rappelez-vous la Libye.
Pourtant, l'Iran le fait aussi. La Turquie le fait. La Russie est - partiellement - en route. Et la Chine finira par échanger toute son énergie en pétroyuan.
Alors que le Venezuela adoptait la petro crypto-devise et le souverain bolivar, l'administration Trump avait déjà sanctionné, l'année dernière, Caracas du système financier international.
Pas étonnant que Caracas soit soutenue par la Chine, la Russie et l'Iran. C’est le noyau dur de la troïka  (et non pas la  "troïka de la tyrannie" caricaturale du tueur psychopathe John Bolton) qui lutte contre la stratégie de domination énergétique du gouvernement Trump, qui consiste essentiellement à viser à ce que le commerce du pétrole en pétrodollars soit totalement verrouillé à jamais.
Pétrodollars pour toujours!
Le Venezuela est un rouage essentiel dans la machine. Le tueur psychopathe Bolton l’a avoué clairement; «Si les sociétés pétrolières américaines pouvaient investir et produire les capacités pétrolières du Venezuela, cela ferait une grande différence sur le plan économique pour les États-Unis.» Il ne suffit pas de laisser ExxonMobil prendre le contrôle des énormes réserves de pétrole du Venezuela - les plus importantes de la planète. . La clé est de monopoliser leur exploitation en dollars américains au profit de quelques milliardaires du Big Oil.
Une fois encore, la malédiction des ressources naturelles est en jeu. Le Venezuela ne doit pas être autorisé à tirer profit de sa richesse à ses propres conditions; Ainsi, l’Exceptionnalistan a décidé que l'État vénézuélien devait être détruit.
En fin de compte, tout est une guerre économique. Lorsque le département du Trésor américain impose de nouvelles sanctions à PDVSA, cela équivaud à un embargo de facto sur le pétrole du Venezuela.
Guerre économique
À ce jour, il est clairement établi que ce qui s’est passé à Caracas n’était pas une révolution de couleur, mais un coup d’État centré sur le changement de régime prôné par les États-Unis et faisant appel à des élites compradores locales, en installant un gugusse inconnu venant de l’extrême droite, comme « président par interim ».
Tout le monde se souvient «Assad doit s’en aller». La première étape de la révolution des couleurs en Syrie a été l'instigation de la guerre civile, suivie d'une guerre par procuration via des mercenaires multinationaux sion-islamo-terroristes, qu’on a appelé djihadistes. Comme Thierry Meyssan l’a noté, le rôle de la Ligue arabe est à présent assuré par l’OEA (Organisation des Etats Américains) . Et le rôle des Amis de la Syrie - qui repose maintenant dans les poubelles de l’histoire - est maintenant joué par le groupe de Lima, le club des vassaux de Washington. Au lieu des «rebelles modérés» d'al-Nosra (al-Qaïda), nous pourrions avoir des mercenaires «rebelles modérés» formés par des Colombiens ou financés et armés par des émiriens.
Contrairement aux fausses nouvelles des médias menteurs occidentaux, les dernières élections au Venezuela étaient absolument légitimes. Il n'y avait aucun moyen de toucher aux machines à voter électroniques fabriquées à Taiwan. Le parti socialiste au pouvoir a obtenu 70% des voix; l'opposition, avec de nombreux partis qui l'ont boycotté, en a obtenu 30%. Une délégation sérieuse du Conseil latino-américain des experts électoraux (CEELA) s'est montrée catégorique. l'élection reflétait «pacifiquement et sans problèmes la volonté des citoyens vénézuéliens».
L'embargo américain est vicieux
Parallèlement, le gouvernement de Maduro aurait peut-être été incapable de   diversifier l’économie et d’investir dans l’autosuffisance alimentaire. Les grands importateurs de produits alimentaires, spéculant comme s'il n'y avait pas de lendemain, font un massacre. Néanmoins, des sources fiables à Caracas indiquent que les barrios - les quartiers populaires - demeurent en grande partie pacifiques.
Dans un pays où un plein d'essence coûte toujours moins cher qu'une canette de Coca-Cola, il ne fait aucun doute que les pénuries chroniques de nourriture et de médicaments dans les cliniques locales ont forcé au moins deux millions de personnes à quitter le Venezuela. Mais le principal facteur d’application est l’embargo américain.
Le rapporteur des Nations unies au Venezuela, expert en droit international et ancien secrétaire du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, Alfred de Zayas, va droit au but :  bien plus que de se livrer à la diabolisation proverbiale de Maduro, Washington mène une «guerre économique» contre toute une nation.
C’est éclairant de voir comment le «peuple vénézuélien» voit la charade. Dans un sondage réalisé par Hinterlaces avant même le « rêve avec éjaculation nocturne » de Trump d’un coup d'Etat / pour un « changement de régime », 86% des Vénézuéliens ont déclaré qu'ils s'opposaient à toute forme d'intervention américaine, qu'elle soit militaire ou non,
Et 81% des Vénézuéliens se sont déclarés contre les sanctions américaines. Voilà pour l'ingérence étrangère «bénigne» au nom de la «démocratie» et des «droits de l'homme».
Le facteur Russie-Chine
Les analyses effectuées par des observateurs informés tels que Eva Golinger et surtout le collectif Mision Verdad sont extrêmement utiles. Ce qui est certain, en véritable mode « Empire du Chaos », c’est que l’objectif américain, au-delà de l’embargo et du sabotage, est de fomenter la guerre civile.
Des «groupes armés» douteux ont été actifs dans les quartiers de Caracas, agissant de nuit et amplifiant «les troubles sociaux» sur les médias sociaux. Pourtant, Guaido n’a absolument aucun pouvoir à l’intérieur du pays. Sa seule chance de succès est s'il parvient à mettre en place un gouvernement parallèle - en tirant parti des revenus pétroliers et en faisant arrêter des membres du gouvernement à Washington pour des accusations (trumpeuses) forgées de toutes pièces.
Indépendamment des rêves « humides » des néo-cons, les adultes du Pentagone devraient savoir qu’une invasion du Venezuela peut métastaser dans un bourbier tropical de style vietnamien. L'homme fort brésilien en attente, le vice-président et général à la retraite Hamilton Mourao, a déjà déclaré qu'il n'y aurait pas d'intervention militaire.
Le tueur psychopathe Bolton a maintenant menacé avec son infâme bloc-notes des «5 000 soldats en Colombie». C’est une galéjade, car ceux-ci n'auraient aucune chance contre les quelque 15.000 Cubains qui sont chargés de la sécurité du gouvernement Maduro; Les Cubains ont démontré par le passé qu’ils n’avaient pas pour habitude  de céder le pouvoir.
Tout revient à ce que la Chine et la Russie peuvent faire. La Chine est le principal créancier du Venezuela. Maduro a été reçu par Xi Jinping l’année dernière à Beijing, obtenant 5 milliards de dollars de prêts supplémentaires et signant au moins 20 accords bilatéraux.
Le président Poutine a offert son soutien total à Maduro par téléphone, soulignant avec diplomatie que «les ingérences destructrices de l'étranger violaient de manière flagrante les normes fondamentales du droit international».
En janvier 2016, le pétrole était tombé à 35 dollars le baril; un désastre pour les coffres du Venezuela. Maduro a alors décidé de transférer 49,9% de la participation de l’État dans la filiale américaine de PDVSA, Citgo, à la société russe Rosneft, pour un prêt de 1,5 milliard de dollars. Cela a dû envoyer une vague de feux rouges à travers le Beltway; ces "diaboliques" Russes étaient maintenant propriétaires du principal actif du Venezuela.
À la fin de l’année dernière, ayant toujours besoin de plus de fonds, Maduro a ouvert une mine d’or au Venezuela aux sociétés minières russes. Et il y a plus de minerais de nickel, diamants, fer, aluminium, bauxite, tous convoités par la Russie, la Chine et les États-Unis. En ce qui concerne 1,3 milliard de dollars d’or propre au Venezuela, les pirates de la Banque d’Angleterre ont vite fait main basse dessus.
Et puis, en décembre dernier, ce fut la goutte qui a fait déborder le vase le vol d’amitié, dans le ciel vénézuélien,  de deux bombardiers russes Tu-160 à capacité nucléaire. Le Deep State s’en est étranglé de fureur : comment osent-ils? Dans notre propre cour?
Le schéma directeur énergétique de l’administration Trump pourrait bien consister à annexer le Venezuela à un cartel parallèle “North American-South American Petroleum Exporting Countries” «NASAPEC», capable de rivaliser avec l’histoire d’amour de l’OPEP+ entre la Russie et la Maison des Saoud.
Même si cela se concrétise et si l’on ajoute une éventuelle alliance commune entre le GNL-Qatar et les États-Unis, il n’y a aucune garantie suffisante pour assurer la prééminence du pétrodollar - et du pétrogas - à long terme.
L’intégration énergétique en Eurasie contournera en grande partie le pétrodollar; c'est au cœur des stratégies des BRICS et de l’OCS. De Nord Stream 2 à Turk Stream, la Russie met en place un partenariat énergétique à long terme avec l'Europe. Et la domination du pétroyuan n’est qu’une question de temps. Moscou le sait. Téhéran le sait. Ankara le sait. Riyad le sait.
Alors, qu'en est-il de votre plan B, messieurs les Néocons? Prêts pour votre Vietnam tropical?

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Traduction : Hannibal Genséric

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