dimanche 17 février 2019

Il est temps de haïr les neocons


Ici, nous développons quelques remarques et reprenons un texte de la vraiment-excellentissime Caitlin Johnstone pour signaler combien une dynamique antiguerre est en train de se développer aux USA. Ce phénomène devrait éventuellement s’aligner, compléter ou donner tout son sens à la candidature aux présidentielles USA-2020 de Tulsi Gabbard.
Nous en parlions hier, nous poursuivons et complétons aujourd’hui.
(Ce sont en quelque sorte les “enfants naturels” et les soutiens bipartisans fondamentaux du Donald J. Trump de la campagne électorale USA-2016, qui semble désormais les exaspérer dans les contradictions grossières et l'incapacité intellectuelle du président de comprendre ce qu’il a à faire pour sauver une part essentielle du courant populiste qui a permis son élection. Après Tulsi Gabbard, c’est Ann Coulter qui, dans un autre domaine, prend brutalement ses distances d’avec Trump après le marché de dupes [à ses dépens] qu’il a passé avec les démocrates sur “le Mur” mexicain, en instituant un état d’“urgence nationale” complètement cousu de fil blanc : « La seule urgence nationale est que notre président est un idiot » [« The only national emergency is that our president is an idiot »], tweete Coulter.)
Johnstone signale, dans un nouveau texte du 16 février, un très important phénomène en gestation qui pourrait bouleverser le paysage politique de “D.C.-la-folle” et qu’on peut résumer par une interprétation de son titre : la haine des neocons est redevenue populaire et c’est une très bonne chose” (« Hating Neocons Is Becoming Mainstream Again, And It Is Excellent »). Ce que Johnstone signale, c’est l’apparition publique et affichée d’une convergence entre le progressisme de gauche antiguerre et le populisme de droite antiguerre justement sur cette question cruciale qui porte la candidature de Gabbard de l’opposition à la politiqueSystème antiguerre. Ce phénomène, qui isole Trump de son électorat par rapport à ses promesses de campagne USA-2016, devrait le rendre complètement obsolète et lui faire perdre toute sa puissance de communication s’il ne comprend pas qu’il faut complètement renverser la vapeur, – et cela pouvant bien lui coûter sa réélection en 2020 tant il devient extrêmement possible que le thème de l’opposition à la guerre devienne le centre du débat des présidentielles USA-2020.
L’aspect le plus intéressant du texte de Johnstone, c’est sans aucun doute l’intervention d’un député démocrate de la Chambre des Représentants commentant très favorablement le livre qui vient de paraître du présentateur de Fox.News, Tucker Carlson, “Why Are These Professional War Peddlers Still Around?”, une virulente attaque contre la position et la politique des neocons, à partir du statut et de l’influence de deux des plus célèbres d’entre eux, Max Boot et Bill Kristoll. Il s’agit du député de la Chambre des Représentants d’origine indienne Ro Khanna (son Wiki beaucoup plus détaillé d’un point de vue politique dans sa version anglaise), qui est un démocrate de l’aile gauche progressiste et antiguerre de ce parti.
Khanna écrit que Carlson « offre une critique dévastatrice de l’interventionnisme et montre dans quelle mesure considérable l’establishment de politique étrangère a trompé le peuple américain. Il existe une coalition droite-gauche émergente de bon sens commun en faveur d’une politique étrangère de retenue» Effectivement, Khanna est d’une gauche progressiste affirmée, Carlson d’une droite populiste non moins identifiable. Ce que juge Johnstone, c’est l’importance de cette association publique et non dissimulée, et par conséquent l’extension à la communication courante (“mainstream”) d’une critique radicale, d’origine consensuelle-dissidente gauche-droite, de la politique constamment usurpée par les neocons depuis un quart de siècle.
Une combinaison droite-gauche de type “dissident” dans l’antiguerre, qui fut en partie et brièvement recherchée et réalisée pendant deux ou trois ans autour de l’intervention en Irak de 2003, fut dissipée et totalement perdue avec l’arrivée d’Obama faisant basculer le camp démocrate dans la politiqueSystème et le bellicisme tandis que l’essentiel de la droite y restait. Ce fut l’alliance des neocons et des R2P qui se renforça sur les enjeux sociétaux et l’antirussisme. L’arrivée de Trump secoua cet arrangement comme l’on fait d’un prunier avant de laisser voir qu’il n’avait certainement pas assez de pensée conceptuelle pour faire une véritable politique dans ce sens ; quoi qu’il en soit, Trump a accompli sa tâche historique de rupture avec divers dégâts et il n’est plus maintenant d’une très grande utilité constructive mais certainement très utile en entretenant un désordre empêchant un regroupement efficace des neocons qui s’avèrent bien poussifs pour lancer une opération contre le Venezuela.
Ce même désordre, qui a complètement pénétré les rangs de “D.C.-la-folle”, ouvre effectivement une opportunité pour un renouveau de ce rassemblement “dissident” antiguerre, avec diverses personnalités atypiques qui peuvent continuer à agir sans être pulvérisées grâce à ce désordre. On pense à Gabbard, bien entendu, en remarquant sa proximité sinon directement ethnique, du moins indirectement par la religion (et les rumeurs qui vont avec), avec le député Khanna ; et aussi, les liens de Khanna avec certains poids lourds de Silicon Valley, notamment par le biais de cadres de haut niveau d’origine indienne également (tribut rendu aux capacités inhérentes aux Indiens dans le domaine de l’informatique).
Désordre, plus que jamais comme on ne cesse de le voir, sinon chaos si de cela se dégage une ligne qui prend peu à peu forme dans un sens antiSystème fondamental... Il faut noter, pour comprendre la puissance de l’enjeu, la présence de la haine comme aliment de la bataille. L’on hait les neocons aux USA comme l’on hait Macron en France, notamment dans les rangs des Gilets-Jaunes : plutôt que le diagnostic d’une anomalie catastrophique du caractère qui permet aux sujets de la haine d’éviter les questions gênantes, nous verrions dans cette haine qui n’a pas fait une seule victime en vingt ans ni supprimé un seul privilège des personnes visées une tension nécessaire pour affronter les serviteurs du Système, – ceux-là immergés dans un tel ensemble institué par “le Mal pur” qu’est le Système, qu’il faut effectivement cette tension-là pour les déstabiliser. Lire sous la plume d’un Castaner la dénonciation de “la haine pure” qu’est l’antisémitisme selon une technique dialectique purement diabolique au regard de tout ce que cet employé du Système représente invite à des interprétations hors du champ des jugements rationnels habituels et des représentations convenues de la morale selon le sapiens pour comprendre le climat de tension nécessaire dans les affrontements actuels.
 (Avant de poursuivre par le texte de Johnstone, on signalera un fait historique qui renforce la thèse exposée, un vote de la Chambre des Représentants que Johnstone n’a pu prendre en compte à cause de la chronologie, et qui a été marqué par un événement tragique dans le chef du destin d’un parlementaire peu connu qui, depuis des années, poursuit une bataille antiguerre, et qui patronnait ce vote. Il s’agit du républicain de la Californie Walter Jones, connu pour ses sentiments religieux [il était évangéliste converti au catholicisme] qui ont constitué l’essentiel de l’argument de son combat contre la politique belliciste des neocons. Georges D. O’Neill Jr. écrit notamment le 15 février 2019 dans The American Conservative :
« La Chambre des Représentants des États-Unis a voté mercredi [le 13 février 2019] la proposition de loi H.J.Res. 37 réaffirmant la loi sur les pouvoirs de déclarer la guerre [“War Powers”] du Congrès à propos de la guerre en cours au Yémen. Il s’agit d’un acte important et historique pour le Congrès à de nombreux égards. La résolution a été adoptée par 248 voix contre 177. Le vote d’un républicain favorable au projet était manifestement et tristement manquant: celui du regretté Représentant de la Californie Walter Jones, décédé le 10 février.
» Le projet de loi représente la première fois dans son histoire où la Chambre des Représentants a voté pour invoquer la résolution sur les pouvoirs de guerre afin d'obliger le pouvoir exécutif à mettre fin aux engagements militaires non autorisés dans une guerre étrangère. Malheureusement, le représentant Jones n'était pas là pour assister au point culminant de son travail le plus important à la Chambre : ses efforts inlassables pour démontrer l’impact catastrophique de la politique belliciste des USA. »)
Source : dedefensa.org
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Le Néoconservatisme : Un mouvement juif

"Petit peuple" révolutionnaire, appelé non pas à se substituer au vrai peuple mais à le diriger et, le cas échéant, à le détruire en agrégeant autour de cette minorité d'autres minorités, instaurant ainsi la dictature de tout ce qui est antinational sur tout ce qui est national."
(Augustin Cochin cité par Philippe Baillet dans son excellente préface au livre de MacDonald)
"Le néoconservatisme, un mouvement juif" est une très bonne étude sur un mouvement néoconservateur assez méconnu en France et pourtant ô combien influent sur la politique étrangère américaine depuis plusieurs décennies.
MacDonald démontre que l'influence d'un Leo Strauss est en fait limitée et qu'elle ne résume que très partiellement l'esprit du mouvement.
Il décrit le néoconservatisme comme "un réseau professionnel et familial, imbriqué et complexe, qui s'articule autour d'organisateurs et de journalistes juifs et qui se déploie avec souplesse pour attirer les sympathies à la fois des Juifs et des non-Juifs, dans le but de mettre la richesse et la puissance des Etats-Unis au service d'Israël."
C'est donc un mouvement sans réel leader ni doctrine mais avec un but bien précis.
D'abord réunis sous la bannière de la gauche, de nombreux Juifs ont quitté celle-ci après qu'elle soit devenue antisioniste.
Irving Kristol est un des premiers à "changer de camp" en devenant républicain, il soutint Richard Nixon en 1972.
Petit à petit, les néoconservateurs vont infiltrer le mouvement conservateur américain (que l'on désigne aussi sous l'appellation de "paléoconservateurs") "en chassant ou en évinçant les conservateurs traditionnels, et en modifiant les positions et la philosophie de ces institutions dans un sens néoconservateur."
MacDonald souligne que les néoconservateurs ont été en première ligne pour soutenir l'immigration massive de non-Européens aux États-Unis, l'objectif étant de détruire "cette idée de civilisation chrétienne".
"La déseuropéanisation de l'Amérique est une nouvelle encourageante, d'une qualité quasi-transcendante"  écrivait en 1984 le néoconservateur Ben Wattenberg dans son ouvrage "The Good News is the Bad News is Wrong".
Ce genre de volonté n'est pas sans rappeler celle de certains "intellectuels" juifs en France qui ne voient aucune contradiction à vouloir ouvrir bien grandes les vannes de l'immigration pour la France tout en défendant farouchement un état d'Israël pourtant très peu porté sur l'accueil des "migrants".
Bref...
Kevin MacDonald retrace succinctement le parcours de nombreux néoconservateurs depuis leur soutien à Henry Jackson (Perle et Wolfowitz) à leur arrivée en masse dans l'administration Reagan.
Plusieurs officines néoconservatrices sont aussi citées, l'AIPAC évidemment mais aussi l'American Enterprise Institute,  le Center for Security Policy, le Jewish Institute for National Security Affairs, Middle East Forum, Social Democrats/USA, PNAC, WINEP, ZOA, etc.
Si un document émane d'une de ces boutiques, vous savez à quoi vous en tenir...
Un petit ouvrage très pertinent et documenté qu'on aurait aimé plus épais mais qui a le mérite d'aller à l'essentiel et de bien dessiner les contours de la nébuleuse néoconservatrice.
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« C’est quoi un néoconservateur, Papa ? »
 « C’est quoi un néoconservateur ? » demanda George W. Bush à son père un jour de 2003 (après trois ans à la Maison-Blanche et une guerre d’Irak sur le feu).
« Tu veux des noms, ou une description ? répondit Bush père.
 Description.
 Eh bien, je te la donne en un mot : Israël [1]. »
L’essentiel est dit : les néoconservateurs sont des crypto-sionistes, dans la mesure où leur loyauté va exclusivement – et non seulement partiellement – à Israël. Dans leur cas, Israël doit être entendu au sens donné par leur mentor Leo Strauss, c’est-à-dire comme incluant la puissante diaspora américaine. Dans sa conférence de 1962 intitulée « Pourquoi nous restons juifs », Strauss cite comme étant « l’affirmation la plus profonde et la plus radicale sur l’assimilation que j’ai lue », l’aphorisme 205 de L’Aurore de Nietzsche, où le philosophe allemand écrit sur le « peuple d’Israël » « Il ne leur reste plus qu’à devenir les maîtres de l’Europe ou à perdre l’Europe. […] Un jour, l’Europe pourrait tomber comme un fruit mûr dans leur main qui n’aurait qu’à se tendre. En attendant, il leur faut, pour cela, se distinguer dans tous les domaines […] jusqu’à ce qu’ils en arrivent eux-mêmes à déterminer ce qui distingue [2]. » Remplacez « Europe » par « Occident » et vous avez le meilleur résumé possible de ce que signifie réellement la stratégie d’assimilation pour les néoconservateurs straussiens.

Notes

[1] Andrew Cockburn, Caligula au Pentagone : Rumsfeld, les néoconservateurs et le désastre irakien, Xenia, 2007. Cockburn prétend tenir cette anecdote d’ « amis de la famille ».
[2] Leo Strauss, « Why we Remain Jews », cité dans Shadia Drury, Leo Strauss and the American Right, St. Martin’s Press, 1999, p. 31-43.
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Du trotskisme au néo-conservatisme
Wikipedia identifie les premiers penseurs néo-conservateurs comme étant d'anciens trotskistes juifs:
Le premier grand néo-conservateur à avoir adopté ce mot et qui est considéré comme le fondateur de cette idéologie est Irving Kristol, un Américain juif né dans une famille juive orthodoxe et père de William Kristol, fondateur du think-tank néo-conservateur Project for the New American Century. Irving Kristol a été un militant trotskyste actif pendant sa jeunesse et a exposé ses vues néoconservatrices en 1979 dans l'article "Confessions of a True, Self-Confessed 'Neoconservative.'" Les idées de Kristol sont influentes depuis les années 50 quand il a cofondé et édité le magazine Encounter. Un autre idéologue de ce mouvement était Norman Podhoretz, éditeur au magazine Commentary de 1960 à 1995. (...)
Les journaux néo-conservateurs prééminents sont Commentary et The Weekly Standard. Il existe aussi des think-tanks néo-conservateurs sur la politique étrangère dont notamment American Enterprise Institute (AEI), Project for the New American Century (PNAC), The Heritage Foundation et le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA).(...)
Le néo-conservatisme apparaît véritablement dans les années 1980, quoique l'on puisse trouver des éléments précoces de ce qui peut apparaître comme une école de pensée politique dans les années 1960, autour de personnalités comme Irving Kristol, Norman Podhoretz, Wilmoore Kendall, John M. Olin, James Burnham, Francis Fukuyama, ou Charles Krauthammer. (...) Ses adeptes sont souvent d'anciens démocrates, voire d'anciens trotskistes, déçus par l'évolution culturelle et intellectuelle depuis les années 1960. C'est le cas d'Irving Kristol, ou de Martin Diamond, spécialiste de la Constitution américaine. (...) Si de nombreux néoconservateurs sont de confession juive et catholique (Gerson, Mark: 1987 : 285), il serait faux de réduire cette vision politique à une approche communautaire. Il est plus juste de dire que les néoconservateurs sont le plus souvent des pro-israéliens proches du Likoud, la droite israélienne (...)

VOIR AUSSI :
Michel Raimbaud : « En France, l’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons »


Hannibal GENSÉRIC
 


1 commentaire:

  1. Et oui ! Les néo-conservateurs sont ce qui fût autrefois le parti bolchevique américain !

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