samedi 28 septembre 2019

Irak: les USA doublés par Poutine?


Dans un article, publié le 19 septembre sur le site web russe Russia Insider, Simon Watkins écrit :
« La semaine dernière, un événement ayant eu lieu en Irak a été presque négligé par la presse mondiale : Stroytransgaz a signé un contrat préliminaire avec le ministère irakien du Pétrole, un contrat qui permet à la compagnie de mener des explorations pétrolières et gazières dans la province d'al-Anbar, sous le nez des États-Unis, une quasi-révolution qui n'aurait été possible sans la montée en puissance de la Résistance. C'est un peu comme au Liban où l'entrée en scène politique du Hezbollah a littéralement changé la donne gazière, en en éloignant la mainmise américaine. »

Et l'article de poursuivre :  
« La discrétion médiatique l'émergence du facteur russe dans le secteur gazier irakien n’est pas surprenante puisque Stroytransgaz est une société pétrolière et gazière russe presque inconnue - sauf que l'Office of Foreign Assets Control américain l'a largement sanctionnée en 2014. L'information est passée inaperçue par les médias aussi parce qu’al-Anbar est presque une terre en friche en matière de pétrole et de gaz. 
Irak: les USA doublés par Poutine?
Ceci dit, cette petite annonce est une manifestation de la stratégie clé de la Russie - aux côtés de la Chine - visant à s’infiltrer via le corridor iranien dans une grande partie du Moyen-Orient, et ce, au moment où les États-Unis focalisent toute leur attention sur l’Iran.
Le potentiel en pétrole et en gaz du bloc 17 à al-Anbar ne s’imposerait pas en tête de la liste des perspectives de développement du pays, des études préliminaires ayant montré qu'il disposait d’une quantité de gaz équivalant à quatre milliards de barils de pétrole au maximum, ou bien de deux milliards de barils ou encore, peut-être beaucoup moins que cela. 
En outre, tout le gaz (ou pétrole) de ce bloc s’étend sur plus de 12 000 km² de terres rocheuses et arides ou désertiques. Pire encore, cette friche généralement anarchique est la cible des ingérences US qui poussent à des violences tribales. Le bloc 17 se situe non loin de Ramadi, de Haditha et de Falloujah où les troupes US sont toujours à la manœuvre. Ceci dit, les Américains ne s'en approchent pas. Le bloc 17 se trouve en plein milieu de nulle part, la où personne ne voudrait aller, en particulier les Américains - au centre de ce que l'armée américaine appelle “la colonne vertébrale” de Daech où l'Euphrate se dirige vers l'ouest en Syrie et vers l'est dans le golfe Persique, non loin de la frontière iranienne, a déclaré à OilPrice.com une source proche du ministère iranien du Pétrole. Mais c'est là ce qui fait sa richesse, sa particularité et son attrait pour la Russie. 
“Les villes historiques, ultranationalistes et ultra-antioccidentales de Falloujah, de Ramadi, de Hit et de Haditha se situent le long de cette ‘colonne vertébrale’, qui va droit vers la Syrie en passant par les principaux ports stratégiques syriens à savoir Banias et Tartous, lesquels sont extrêmement importants pour les Russes. Et bien là, il y a un signe bien clair et à ne pas renier. En dépit des agissements de ces dernières semaines des Américains et des Israéliens, le système d'oléoduc et de gazoduc Iran-Irak-Syrie est en train de se mettre en place. C'est ce qui a été décidé, en juillet dernier, juste après le retrait des États-Unis du PGAC [accord nucléaire de 2015]. Or, c'est l'Iran qui a agi en élément moteur et ce qui l'a poussé à agir ainsi, c'est qu’il ne pouvait pas faire confiance aux États-Unis, étant donné les caprices apparents de ses personnalités politiques. Ce faisant, l'Iran s'est offert une voie alternative de transit de son pétrole, si le détroit d'Hormuz venait à être bloqué et il en fait bénéficier ses alliés irakien et syrien, mais aussi la Russie et la Chine.” 
Et l'article d'ajouter : “L’Iran ne croyait pas vraiment qu’un nouveau président [américain] révoquerait tous les efforts effectués par son prédécesseur sur le PGAC, quelle que soit l’animosité personnelle en cause, jusqu’à ce que cet événement ait eu finalement lieu. Là, l’Iran s’est décidé à ne plus prendre aucun risque : on a donc avancé l’idée d’un nouvel itinéraire qui contournera le détroit d’Hormuz et qui pourra aller directement au sud de l’Europe ou ailleurs”, a déclaré la source à OilPrice.com.
L’Irak a une motivation similaire pour permettre au pipeline de traverser son territoire. En effet, l’Irak reste méfiant vis-à-vis des États-Unis non seulement en raison des deux invasions américaines en 1991 et en 2003 et de l’occupation de ses terres par les forces US, mais aussi en raison de la manière dont les Américains traitent le dossier des Kurdes dans le Nord. 
“Tout le monde sait que les États-Unis ont promis au gouvernement de la région semi-autonome du Kurdistan une indépendance complète en échange de son armée de Peshmerga qui a combattu sur le terrain contre Daech. C’est précisément ce qui fait peur au gouvernement de Bagdad d'autant plus que plus de 90 % de ces Kurdes ont voté pour l'indépendance du Kurdistan d'Irak en septembre 2017”, a déclaré la source iranienne.
Pour la Russie, les choses ne pourraient pas aller mieux, les États-Unis s'étant éloignés de l'Iran et de l'Irak, à la fois par l'occupation de l'Irak et par les sanctions imposées à l'Iran. Aux dernières nouvelles, le Premier ministre irakien, Adel Abdel al-Mahdi vient de donner son feu vert officiel à l'ouverture du point de passage Qaem/Abou-Kamal. Les frappes US/Israël contre les positions des Hachd al-Chaabi n'ayant pas visiblement fait grand-chose, le PM a donné un ordre explicité pour que ce point de passage, prélude à la mise en place du pipeline de la “Résistance”, soit rouvert, après sept ans de fermeture. Al-Sumaria, évoque le transit de passage et des marchandises, mais tout le monde sait que cette stratégique voie de transit vaut beaucoup plus... 

Lattaquié/Tartous: la Russie harcelée
Que passe-t-il à Tartous, port stratégique syrien qui abrite la base navale russe ?
Le 25 septembre, le journal en ligne libanais, al-Masdar News faisait état du vol d'un avion-espion israélien qui s'était approché de la base en question. L'engin aurait été un Nahshon-Eitam de l'armée de l'air israélienne, équipé du système de radar multibande AESA, soit un système spécialisé dans la cyberguerre. L'avion sert aussi d'appareil de surveillance. Après avoir déclenché une longue cyber bataille contre la base aérienne russe à Lattaquié dans le strict objectif de contrer les batteries de missiles antimissiles S-300 et S-400, les USA, Israël et l'OTAN s'aventurent non loin de la base navale russe. S'il est vrai que la réaction russe ne s'est pas fait attendre, on tend à se demander pourquoi ces assauts récurrents contre les bases russes.
Deux sous-marins et deux navires de la marine russe viennent d'arriver cette semaine à leur base navale à Tartous comme pour consolider les positions russes dans un contexte jusqu'ici inédit, les USA ayant relativement préservé les sites russes de leurs opérations. Selon l'agence de presse russe Interfax qui cite le capitaine Sergei Tronev, un commandant de la marine russe, "vendredi un sous-marin russe en mission depuis trois semaines, a accosté à Tartous alors qu'au moins six autres navires et sous-marins sont déjà présents sur la base navale".   
Pour les observateurs, les agissements anti-russes autour de la base navale de Tartous ou la base aérienne de Hmeimim à Lattaquié ne sont pas étrangers au projet américano-otanien dans le nord de la Syrie. Ce vendredi, et alors que ces derniers jours les terroristes actifs à Lattaquié qui sont à l'origine des frappes au drone et au missile fréquentes contre Hmeimim, sont violemment frappés par l'armée syrienne et la Russie, Washington et Paris ont accusé Damas d'avoir eu recours à des armes chimiques. Cette énième accusation non fondée contre l'armée syrienne est formulée sur fond d'un retrait significatif des terroristes du Parti du Turkestan (PIT) et de ceux de Hayat Tahrir al-Cham, à Kabani situé à Lattaquié, et ce, sous les frappes intenses syro-russes. C'est effectivement à partir de ces hauteurs que ces terroristes qaïdistes lancent leurs frappes au drone contre les positions de l'armée syrienne, mais aussi contre la base aérienne russe.
Dans le sud d'Idlib, les forces syriennes ont mis la main mercredi sur un impressionnant stock d'armes terroristes avec entre autres des dizaines de drones de fabrication américaine. Si les USA accusent à nouveau l'armée syrienne, c'est qu'ils s'inquiètent de voir Lattaquié et par conséquent le littoral syrien être définitivement sécurisés, ce qui signifierait une totale ouverture des ports syriens au monde extérieur. Mais il y a plus : depuis que les USA ont réussi à implanter à l'aide de la Turquie des dizaines de bases militaires au Nord-Est syrien et à créer une zone tampon au Nord-Ouest, le gros de leurs efforts consiste à couper l'herbe sous les pieds des Russes. Vendredi, des dizaines de véhicules US entraient depuis l'Irak en Syrie, bourrés d'armes et de munitions...
 Source : Pars Today



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