vendredi 13 septembre 2019

L'intox se porte bien


Les événements s'accumulent et nous aurions pu consacrer ce billet au limogeage attendu du moustachu Bolton pour trop-plein d'incompatibilités avec le Donald, ou au bombardement israélien sur les milices chiites d'Al-Bukamal juste après que nous ayons parlé dans le dernier billet de la réouverture du poste-frontière et de la construction d'une base iranienne en ce lieu stratégique.
Mais arrêtons-nous ce soir sur un petit fait délicieusement navrant, représentatif de la déliquescence pathétique de notre bonne presstituée française.

Les mots du journaliste américain John Swinton, à l'occasion d'un banquet célébrant la supposée liberté de la presse en 1880, viennent immédiatement à l'esprit : "Il n'existe pas de presse libre et indépendante. Pas un seul parmi vous n'ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l'opinion au service des puissances de l'argent. Nous sommes les outils obéissants des puissants et des riches ; nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l'intellect."
Peu d'exemple est aussi symbolique de cette bassesse journalistique que le Brexit [1]. Cauchemar du système impérial américain qui a engagé la construction européenne pour mieux asservir le Vieux continent, hantise de l'oligarchie qui rêve depuis toujours d'un monde sans frontières pour faire plus de profits, sainte horreur de l'UE dont le but est justement de servir les uns et les autres.
Depuis trois ans, manœuvres dilatoires et combines peu reluisantes ont pour but d'annuler purement et simplement le souhait référendaire du peuple britannique de juin 2016. Le vote est populiste, gardons-nous en ! Au nom de la "démocratie" bien sûr...
La journaloperie n'est évidemment pas en reste, nous assurant depuis 39 mois de l'imminence des invasions de sauterelles ou de la famine. Régulièrement contredits par la simple réalité, nos petits plumitifs n'en ont cure et, comme un vieux disque rayé, ressassent le même couplet. Il n'y a qu'à lire l'info (défense de rire) qui vient de faire la Une : un rapport prévoit, tenez-vous bien, des risques de pénuries de nourriture, de carburants et de médicaments, ainsi que le blocage des ports, en cas de Brexit. La ménagère de cinquante ans est tétanisée et n'ira pas chercher, noyée dans le texte, la précision selon laquelle ces "prédictions" catastrophistes décrivent ce qui pourrait se passer dans le pire des cas, hautement improbable.
L'oligarchie a décidé une fois pour toutes que le Brexit était le Mal absolu et les médias, qui lui appartiennent presque tous, sont chargés de perroqueter la Sainte parole.
Mais une règle d'or est apparue ces dernières années, dont a pris conscience une part de plus en plus importante du public. L'on sait que l'unanimisme de façade du landerneau médiatique cache très souvent une information gênante pour nos chères zélites : le caquetage assourdissant allant dans un sens vise à cacher une réalité allant dans l'autre. La présente affaire ne fait évidemment pas exception...
Une dépêche de mardi nous apprend en effet que les salaires britanniques ont connu leur plus forte augmentation depuis 2008 (+4%) et que le taux de chômage est au plus bas depuis le milieu des années 70. Thanks Brexit.
Rien de surprenant d'ailleurs, c'est le b-a-ba de l'économie. L'ouverture des frontières et la libre-circulation des biens et des personnes entraînent mécaniquement l'appauvrissement des classes populaires et moyennes (concurrence de la main-d’œuvre étrangère qui pèse à la baisse sur les salaires et importations de biens à bas coûts qui ruinent les producteurs locaux). A cet égard, la fin de la République romaine est un véritable cas d'école. Ce n'est évidemment pas un hasard si le but de toujours de l'oligarchie est la disparition des frontières/nations et l'encouragement à l'immigration, alors que la gauche (la vraie, celle qui va des Gracques à Georges Marchais) s'y est toujours opposée.
Mais revenons à notre Brexit... Depuis qu'il a été voté, une partie de la main-d’œuvre étrangère, notamment polonaise, est partie et les employeurs sont obligés de gratter dans les cartons pour recruter la main-d’œuvre locale en lui proposant des salaires plus attractifs. C'est l'éternelle loi de l'offre et de la demande. Le chômage recule tandis que les revenus augmentent.
Pour nos plumitifs, cette embellie est un drame, et pas seulement pour les poches de ceux qui les emploient. On imagine les mines contrites et effrayées dans les salles de rédaction eurolâtres : "encouragement au populisme", "flambée de l'euroscepticisme" avec, en filigrane, le détricotage du système impérial. Un cri de panique s'entend bientôt dans les couloirs : vite, un contre-feu ! Le rapport farfelu sur l'invasion de sauterelles, à la Une dès le lendemain, fera très bien l'affaire...

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