mercredi 2 octobre 2019

Yémen Vs Arabie. Les Houthis, maîtres de guerre ?


Après le bruit et la fureur autour de l’attaque d’Aramco en Arabie Saoudite, et la probabilité trop souvent et trop vite contestée, que les Houthis en soient les auteurs, un nouvel événement militaire est venu renforcer l’appréciation selon laquelle ces mêmes Houthis représenteraient, notamment en habileté d’organisation et de manœuvres, une redoutable puissance militaire.
On parle beaucoup à propos des Houthis de “guerre asymétrique”, mais nous hésiterions nettement à employer cette expression. Il s’agit plutôt du fait qu’ils représentent numériquement et financièrement, et donc du point de vue de la quantité des forces et des armements sophistiqués, une faible puissance théorique par rapport à l’Arabie et à ses alliés (dont les inévitables et paraît-il irrésistibles suprémacistes anglo-saxons). Par cotre, la qualité de leur planification, de leur sens de la manœuvre, de l’utilisation optimale de tous leurs moyens, le sens de la surprise et des opportunités de terrain, leur moral enfin, définissent leur véritable force militaire.
En termes quantitatifs, il y a dissymétrie et non “asymétrie” entre les Houthis et leurs adversaires. Mais la qualité, y compris les qualités morales et psychologiques du sens de la bataille, compense largement ces handicaps et fait des Houthis une force absolument redoutable..
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Federico Pieraccini, bon auteur de Strategic-Culture.org, nous rend compte de la façon dont les Houthis ont piégé, encerclé et anéantis un important contingent de trois brigades motorisées saoudiennes, faisant des pertes importantes chez l’ennemi, nombre de prisonniers, et saisissant un matériel considérable. Pieraccini décrit l’habileté manœuvrière des Houthis, et également la façon dont ils pénètrent aisément en territoire saoudien où ils disposent de nombreux relais chez les chiites adversaires des princes de la maison Saoud. (Il semble également que l’attaque cotre Aramco ait été largement aidée par des complices chiites vivant en Arabie, y compris pour la désignation précise des cibles et les détails de la vulnérabilité des divers équipements visés.) Ils ont assuré leur victoire terrestre en lançant des attaques préventives contre des aéroports d’où aurait pu venir un appui aérien pour leurs adversaires, écartant effectivement cette menace.
Actuellement, il semble, selon Pieraccini, que l’on peut dire que les Houthis occupent une partie du territoire saoudien sur une partie de la frontière du Yémen, rendant ainsi aux Saoudiens qui ont pénétré au Yémen depuis 2015 la monnaie de leur pièce. Dans ce vaste théâtre, les armements super-sophistiqués achetés par les Saoudiens à prix d’or principalement aux USA ne soit que d’une utilité réduite, autant à cause de l’incapacité des forces saoudiennes à les utiliser d’une façon efficace, que de leur inadaptation dans nombre de cas.
Il semble bien que des possibilités de pourparlers de paix soient en vue, et il semble bien que ceux qui sont les plus intéressés à cet égard sont les Saoudiens. Bien entendu, les USA et Israël, qui ne peuvent concevoir rien d’autre que la guerre et le désordre, freinent aux maximum les velléités négociatrices de MbS, ce qui conduit à ce dilemme (pour les dirigeants saoudiens) : « Washington et Tel-Aviv s'efforceront par tous les moyens d'empêcher de telles négociations. Mais si Mohammed bin Salman et sa famille souhaitent sauver leur royaume, il vaut mieux commencer à parler aux Houthis immédiatement. Sinon, ce n'est qu'une question de temps avant que les attaques des Houthis n’entraînent l'effondrement complet et la ruine de la Maison de Saoud et du Royaume d'Arabie Saoudite. »
L’article ci-dessous, de Federico Pieraccini a paru le 30 septembre 2019 sur Strategic-Culture.org sous le titre complet de « Three Saudi Brigades Annihilated in Devastating Houthi Offensive in Saudi Arabia ».
Offensive dévastatrice des Houthis contre les Saoudiens
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Jusqu'à présent, beaucoup ont pu croire que les Houthis constituaient une force armée fragmentaire peu sophistiquée. Nombreux sont ceux qui ont assisté aux attaques de drones et de missiles sur les usines pétrolières saoudiennes, qui ont peut-être déclaré qu’il s’agissait d’une attaque sous faux pavillon menée par Riyad pour accroître la valeur marchande d’Aramco; ou bien c’était une opération menée par l’Iran ou même par Israël. Samedi 28 septembre, les Houthis ont mis de côté ces spéculations en confirmant ce que beaucoup, comme moi, écrivent depuis des mois; c'est-à-dire que la tactique asymétrique des Houthis, combinée aux capacités conventionnelles de l'armée yéménite, est capable de mettre le royaume saoudien de Mohammed Bin Salman à genoux.
Les forces de missiles de l’armée yéménite sont en mesure de mener des attaques extrêmement complexes, sans doute grâce à la reconnaissance fournie par la population chiite locale dans le Royaume qui est opposée à la dictature de la Maison des Saoud. Ces sympathisants houthis d’Arabie saoudite ont participé à l’identification des cibles, ont effectué des reconnaissances au sein des usines, ont découvert les points les plus vulnérables et ayant le plus d’impact et ont transmis ces informations à l’armée houthiste et yéménite. Ces forces yéménites ont utilisé des moyens produits localement pour dégrader gravement les usines d’extraction et de traitement du pétrole brut de l’Arabie saoudite. Les frappes meurtrières ont réduit de moitié la production de pétrole et menacé de continuer avec d'autres cibles si le génocide perpétré par les Saoudiens au Yémen ne s'est pas arrêté.
Samedi 29, les Houthis et l’armée yéménite ont mené une incroyable attaque conventionnelle d’une durée de trois jours qui a débuté à l’intérieur des frontières du Yémen. L’opération aurait nécessité des mois de collecte de renseignements et de planification opérationnelle. L’attaque était bien plus complexe que celle menée contre les installations pétrolières d’Aramco. Selon les premiers rapports, les forces de la coalition dirigée par les Saoudiens auraient été attirées par des positions vulnérables, puis, grâce à un mouvement de tenailles mené rapidement sur le territoire saoudien, les Houthis ont encerclé la ville de Najran et ses faubourgs et ont eu raison de trois brigades saoudiennes des milliers de soldats et des dizaines d'officiers supérieurs ainsi que de nombreux véhicules de combat. Cet événement change la donne, laissant les États-Unis, Mike Pompeo, ainsi que les Israéliens et les Saoudiens incapables de rejeter la faute sur l'Iran, le tout s'étant déroulé loin de l'Iran.
L’opération à grande échelle a été précédée par des tirs de roquettes yéménites visant l’aéroport de Jizan, 10 missiles ayant paralysé tout mouvement à destination ou en provenance de l’aéroport, notamment en niant la possibilité d’un soutien aérien pour les troupes encerclées. Les Houthis ont également frappé l'aéroport international King Khalid à Riyad dans le cadre d'une opération clé visant les hélicoptères Apache, les forçant à quitter la région. Des bases militaires à proximité ont également été prises pour cible afin de supprimer tout renfort et de perturber la chaîne de commandement. Cela a conduit les forces saoudiennes à fuir dans la désorganisation. Les images montrées par les Houthis montrent une route au milieu d'une vallée à la périphérie de Najran avec des dizaines de véhicules blindés saoudiens essayant de fuir alors qu'ils étaient attaqués des deux côtés par des RPG Houthi avec des armes lourdes et légères. La confirmation visuelle de la débâcle se voit dans le nombre de victimes ainsi que dans le nombre de prisonniers capturés. Les images montrent des lignes de prisonniers saoudiens marchant sous la garde yéménite en direction de camps de prisonniers. C’est quelque chose d’extraordinaire à voir: l’armée saoudienne, troisième acheteur d’armes au monde, se fait complètement bousculer par l’un des pays les plus pauvres du monde. Les chiffres disent tout: les Houthis ont pu contrôler plus de 350 kilomètres du territoire saoudien. Sachant que le budget militaire saoudien s'élève à près de 90 milliards de dollars par an, cet exploit est d'autant plus extraordinaire.
Les forces houthies ont utilisé des drones, des missiles, des systèmes anti-aériens, ainsi que la guerre électronique pour empêcher les Saoudiens de soutenir leurs troupes par des moyens aériens ou autres pour aider leurs hommes pris au piège. Les témoignages de soldats saoudiens suggèrent que les efforts pour les secourir ont été sans enthousiasme et sans effet. Les prisonniers de guerre saoudiens accusent leurs chefs militaires de les avoir laissés en proie à leurs adversaires.
En moins de 10 jours, l'armée yéménite et les houthistes ont pu porter un coup dévastateur à la crédibilité des systèmes de défense américains et de l'armée saoudienne. Ils l'ont fait en utilisant des méthodes créatives adaptées à l'objectif recherché.
Ils ont tout d’abord révélé la vulnérabilité interne du Royaume du fait de leur pénétration en Arabie saoudite, ce qui leur a permis d’effectuer des reconnaissances internes avec l’aide d’infiltrés ou de collaborateurs locaux, afin de savoir exactement où frapper les installations pétrolières pour obtenir un effet et des dommages maximaux. .
Ils ont ensuite démontré leurs capacités techniques et cybernétiques par le biais d’une opération asymétrique faisant appel à des drones de types variés ainsi qu’à une guerre électronique visant à masquer les radars du système américain Patriot, réduisant ainsi de moitié la production pétrolière de l’Arabie saoudite pendant un certain temps.
Enfin, l’aspect le plus surprenant et le plus étonnant de ces récents événements est cette dernière opération terrestre menée par des forces yéménites en territoire hostile et qui ont réussi à encercler trois brigades composées de milliers d’hommes et de leur équipement. Des milliers de soldats yéménites fidèles à Ansarullah (Houthis) ont pris part à cette opération réussie, appuyée par des drones, des avions d'attaque au sol et des batteries de défense aérienne. Ces capacités sont généralement mieux associées aux forces armées bien entraînées et bien équipées qu'aux forces provenant du tiers monde.
Les Houthis ont adressé un message clair à Riyad lorsqu'ils ont frappé ses installations pétrolières. Ils ont effectivement fait savoir qu'ils avaient les moyens et la capacité de nuire irrémédiablement au Royaume, ce qui pourrait finalement conduire au renversement de la Maison des Saoud.
Le porte-parole de l'armée yéménite a annoncé, après avoir frappé les installations pétrolières saoudiennes, qu'ils cesseraient toute action offensive à l'aide de drones et de missiles, laissant à Riyad le soin de décider si les choses s'arrêtaient là et que l’on se mette  à la table de négociation pour mettre fin au conflit.
Mohammed bin Salman aurait sans aucun doute reçu de nombreuses assurances des Américains, expliquant l'échec des systèmes patriotes et l'assurant qu'une aide américaine supplémentaire était en route; et qu'il serait en outre impossible de parvenir à un accord avec les Houthis, d'autant plus qu'ils sont considérés comme des substituts des Iraniens (un mensonge démystifié); sans oublier, bien sûr, la perte de prestige considérable qui toucherait les Saoudiens, les Israéliens et les Américains avec une telle capitulation.
On parle déjà à Riyad de recevoir de nouveaux approvisionnements du système THAAD (tout aussi inutile contre la guerre asymétrique Houthi) et d’autres systèmes de défense aérienne américains très coûteux. Il est dommage pour les Saoudiens que les États-Unis n’aient rien de comparable aux systèmes Pantsir et BUK russes, qui permettent une défense aérienne à plusieurs niveaux, idéale pour se défendre contre des drones et des missiles de petite taille, difficiles à intercepter avec des systèmes comme le Patriot et THAAD.
Au lieu d'entamer des pourparlers de paix pour mettre fin au génocide en cours au Yémen et d'être à nouveau frappés par les Houthis, Mohammed bin Salman et ses conseillers semblent avoir jugé utile de commettre de nouveaux crimes de guerre au Yémen.
Confrontés à une telle intransigeance, les Houthis ont lancé une nouvelle attaque encore plus dévastatrice pour le moral de l'Arabie Saoudite et déconcertante pour les décideurs occidentaux. Des milliers d’hommes et de leurs équipements ont été soit tués, soit blessés, soit emmenés captifs dans un mouvement de tenailles rappelant les actions de la DPR et de la LNR en Ukraine en 2015, où les forces de Kiev étaient pareillement encerclées et détruites.
Habituellement, ces mouvements de pince nécessitent une reconnaissance approfondie pour déterminer le meilleur endroit pour entourer l'ennemi. En outre, des systèmes de soutien et de défense antiaériens seraient nécessaires pour repousser les réponses américaines et saoudiennes. En plus de tout cela, des troupes et leur équipement sont nécessaires, ainsi que la formation nécessaire pour de tels assauts qui nécessitent une coordination ainsi qu'une exécution rapide et efficace des ordres. Toutes ces exigences ont été satisfaites grâce à l'excellente préparation et à la connaissance du terrain de l'armée yéménite et des Houthis.
Si l'attaque contre les installations pétrolières saoudiennes a eu un tel impact, alors l'attaque encore plus dramatique de samedi dernier aura forcé Mohammed bin Salman et ses alliés américains à faire face à une réalité très dure. L’Arabie saoudite, il va maintenant falloir la reconnaître, n’a pas la capacité de défendre ses frontières du Yémen, laissant ainsi les Houthis et l’armée yéménite libres d’entrer sur le territoire saoudien à leur guise, sans trop se préoccuper de l’opinion et des sentiments des Saoudiens et des  Américains.
C'est un triple "échec et matʺ pour les Houthis contre Riyad. Premièrement, ils ont montré qu’ils bénéficiaient d’un soutien local suffisant en Arabie saoudite pour disposer de saboteurs internes prêts en cas de guerre totale avec l’Iran ou le Yémen. Ils ont ensuite montré qu’ils avaient la capacité de paralyser la production de pétrole de l’Arabie saoudite. En fin de compte, les forces conventionnelles du Yémen pourraient redéfinir les frontières entre l'Arabie saoudite et le Yémen en faveur de celui-ci si les dirigeants yéménites décidaient d'envahir et d'occuper une bande de territoire saoudien afin de sécuriser une zone tampon, étant donné que les forces saoudiennes violaient la souveraineté du Yémen et massacraient des civils durant les cinq dernières années.
Cela porte à réfléchir sur la signification de ces événements. Le troisième plus grand dépensier en armes au monde est incapable de vaincre le pays arabe le plus pauvre du monde. De plus, il est incapable de protéger son intérêt national et ses frontières avec ce pays arabe appauvri et quasiment détruit. Les Houthis montrent au monde ce qu'une force armée pauvre mais organisée et motivée peut faire en utilisant des méthodes asymétriques pour mettre à genoux l'une des forces armées les mieux équipées du monde. Ce conflit sera étudié dans le monde entier pour montrer comment un nouveau moyen de guerre est possible lorsque les capacités technologiques et cybernétiques sont démocratisées et mises à la disposition de ceux qui savent comment les utiliser de manière appropriée, comme l'ont montré les Houthis avec leur utilisation de drones. et la guerre électronique.
Alors que les Houthis jouissaient d'une grande influence, grâce à une combinaison de capacités de missiles, de détentions de nombreux prisonniers de guerre et de saboteurs disséminés dans toute l'Arabie saoudite (à propos, un étrange incendie s'est produit à Djeddah dimanche à la gare d'Al-Haramain) , le moment est peut-être venu pour Riyad d'accepter les conséquences tragiques de cette guerre inutile et de s'asseoir à la table des négociations avec Ansarullah.
Washington et Tel Aviv essaieront par tous les moyens d'empêcher de telles négociations. Mais si Mohammed bin Salman et sa famille souhaitent sauver leur royaume, il est préférable de commencer à parler immédiatement aux Houthis. Autrement, ce n'est qu'une question de temps avant qu'une nouvelle attaque d'Ansarullah ne conduise à l'effondrement complet et à la ruine de la Maison des Saoud et du Royaume d'Arabie Saoudite.
Federico Pieraccini
Traduction : Hannibal Genséric

3 commentaires:

  1. VIVE LES HOUTHIS ET ABAT LE ROYAUME POURRI DE L ARABIE MAUDITE

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  2. Les Saouds sont d'origine juives tout le monde est au caourant

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  3. il y a une très grande différence pour un soldat qui combat pour un idéal et un soldat qui combat sur ordre
    un soldat qui lutte pour sa survie et celui de son peuple et un soldat qui sans conviction aucune, est entraîné contre son plein gré dans une guerre fraticide et qui sait qu'il est envoyé à la mort pour que vivent les...

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