lundi 22 juin 2026

Bürgenstock Les négociations entre les États-Unis et l'Iran semblent se diriger vers l'échec.

Le dimanche 21 juin, le vice-président américain J.D. Vance, Jared Kushner et Steve Witkoff ont rencontré à Bürgenstock, au bord du lac des Quatre-Cantons en Suisse, la délégation iranienne, conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, afin de finaliser l'accord de paix américano-iranien en 14 points, signé le mercredi 17 juin par le président américain Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian. Le premier point de cet accord est le suivant :

1. Les États-Unis d'Amérique, la République islamique d'Iran et leurs alliés dans le conflit actuel, en signant le présent protocole d'accord, déclarent la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s'engagent désormais à ne plus entreprendre de guerre ni d'opération militaire l'un contre l'autre, à s'abstenir de toute menace ou emploi de la force et à garantir l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L'accord final confirmera la cessation définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe.

Toutefois, Israël a clairement indiqué qu'il ne respecterait pas le plan, notamment en ce qui concerne son premier point, relatif au Liban. Le 19 juin, l'Associated Press notait que « les combats au Liban pourraient faire capoter l'accord » .

Le commentateur extrêmement perspicace Xavier Davis titrait le 21 juin : « Pourquoi l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran est au bord du gouffre en Suisse » , et il déclarait :

La crise libanaise peut faire capoter l'accord.

Le principal obstacle à un accord durable ne se situe même pas en Suisse, mais au Liban. La première session des pourparlers quadrilatéraux, dimanche, n'a duré qu'environ 80 minutes avant d'être interrompue par des consultations internes. Les médias iraniens ont révélé que la question nucléaire n'a pas été abordée. Les discussions se sont concentrées exclusivement sur la clause 13 du mémorandum, qui accorde la priorité au dossier libanais.

L'Iran conditionne la réussite de l'accord de paix global à un cessez-le-feu permanent entre Israël et le Hezbollah. Les négociateurs iraniens indiquent clairement que si les attaques israéliennes se poursuivent, l'accord sera caduc.

Si le Hezbollah et Israël persistent dans leurs échanges de tirs, l'Iran continuera de menacer de fermer le détroit d'Ormuz. Un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux transitent par ce détroit. Une fermeture permanente entraînerait un chaos économique mondial.

La rhétorique plutôt que la diplomatie réelle

Pour ne rien arranger, le théâtre politique qui se joue en coulisses sape activement le travail des diplomates à l'intérieur. Les négociations de dimanche ont connu un sérieux accroc lorsque Donald Trump a accordé une interview téléphonique enflammée à Fox News. Il a mis en garde le président iranien, l'exhortant à peser ses mots, et a menacé de représailles agressives si les alliés de l'Iran ne cédaient pas.

Téhéran a réagi immédiatement. La délégation iranienne a déposé une protestation officielle et les médias d'État ont affirmé que les pourparlers entraient dans une phase difficile en raison des messages insultants du président américain. Ghalibaf a averti les États-Unis qu'ils devaient faire preuve de prudence dans leurs déclarations, soulignant que les forces armées iraniennes étaient prêtes à riposter.

C’est là le problème fondamental de l’approche américaine actuelle. On ne peut pas avoir un vice-président qui prône un changement radical en Suisse tandis que le président menace l’autre camp sur les chaînes d’information en continu. Cela crée un climat chaotique où aucun des deux camps ne fait confiance aux véritables intentions de l’autre.

Ce qui doit se passer maintenant

Pour que ces négociations survivent à l'échéance de 60 jours, les deux parties doivent cesser d'instrumentaliser les pourparlers à des fins de propagande intérieure. Voici les mesures immédiates à prendre pour éviter l'effondrement total de cet accord.

Il est impératif de faire respecter immédiatement le cessez-le-feu au Liban : Washington doit user de son influence pour garantir la stabilité du cessez-le-feu renouvelé. Si les combats reprennent, les pourparlers suisses seront définitivement compromis.

Finalisation du protocole sur les fonds gelés : une délégation qatarie travaille actuellement à la mise en œuvre des procédures exécutives nécessaires au déblocage des avoirs iraniens gelés. La finalisation de ce protocole donnerait à Téhéran une raison financière concrète de poursuivre les négociations, malgré les déclarations politiques.

Créer des canaux distincts pour la rhétorique et les aspects techniques : les experts techniques doivent être protégés du flux incessant d’informations. Si chaque publication sur les réseaux sociaux ou chaque interview télévisée entraîne une interruption de 80 minutes, les 60 jours s’écouleront sans aucun progrès.

Si les médiateurs ne parviennent pas à dissocier les aspects techniques du pétrole et de l'enrichissement nucléaire du conflit en cours au Liban, tous quitteront la Suisse les mains vides. Surveillez le détroit d'Ormuz et les frontières du Liban au cours des prochaines 48 heures. Ces zones seront déterminantes pour la survie de cet accord.

Autrement dit : à moins que Trump n’abandonne Israël s’il poursuit sa guerre contre le Liban, Israël peut, s’il le souhaite, mettre fin à cet accord qu’il abhorre, simplement en continuant ses bombardements sur le Liban. La question est donc maintenant : quelle est la probabilité que Trump désobéisse à Netanyahou ?

S’il refuse de désobéir à Israël, alors le plan de paix en 14 points est mort.

Les propos tenus par Trump sur Fox News dimanche dernier indiquent qu'il est déjà déterminé à accuser l'Iran, et non Israël, de violation de l'accord qu'il avait signé avec Pezeshkian le 17 juin. Si tel est le cas, alors Israël contrôle l'Amérique, et non l'inverse.

ÉRIC ZUESSE

22 JUIN 2026

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