Les étudiants en terminale d’E&R ont leur bac de philo. Cette année, une seule épreuve, l’analyse de texte, un texte du penseur atlantiste et israéliste Pierre Lellouche.
C’est aussi l’homme qui voulait stériliser les homosexuels, inclure la Turquie dans l’UE (plutôt que l’Ukraine), et pour qui la Crimée doit rester russe, un homme de contrastes, donc.
Après trois mois et demi de conflit, force est de constater que non seulement aucun des trois objectifs principaux assignés à cette guerre n’aura été atteint : ni dénucléarisation, ni destruction de l’arsenal de missiles, ni arrêt du soutien au Hezbollah et autres alliés chiites, mais surtout que la République islamique sort de cette guerre renforcée, plus revancharde que jamais, convaincue qu’elle a déjà vaincu la première puissance militaire du monde et son allié israélien.
Quand on a deux belligérants avec plusieurs buts de guerre pas forcément compatibles, il est inévitable que le résultat soit un chaos. Les Israéliens voulaient décapiter le régime après avoir fomenté une révolution orange armée, ils ont entraîné l’allié – ou le vassal – américain dans la danse, et se sont retrouvés avec une pluie de missiles et un grand trou dans leur couche d’ozone, qu’ils appellent le dôme de fer. Tout ça sur un génocide, celui des Palestiniens de Gaza, des attaques en Cisjordanie et le bombardement du Sud-Liban.
Tandis que le vieux Khameneï, prudent, persistait à refuser de franchir le seuil de l’arme nucléaire, en s’efforçant d’écarter le risque d’une attaque massive contre l’Iran, ses successeurs sont aujourd’hui convaincus que le pire est derrière eux, ayant survécu à 13 000 frappes américano-israéliennes. Ceux-là sont également convaincus que Trump ne reprendra pas la guerre, mieux, qu’il bloquera même les velléités israéliennes de « finir le travail ». C’est cette conviction qui a conduit les dirigeants iraniens à prendre le risque calculé de frapper directement Israël au début de la semaine dernière pour défendre leurs alliés du Hezbollah au Liban. Trump n’a pas bougé, sauf pour intimer l’ordre à Netanyahou d’arrêter ses frappes…
Les Iraniens ont testé la clôture, comme on dit. Ayant épuisé les Américains diplomatiquement et militairement, comme une équipe inférieure qui défend courageusement en Coupe du monde avec une possession (de balle) de 10 contre 90 %, ils ont poussé Trump, qui avait absolument besoin d’un accord pour l’ouverture de SA Coupe du monde et la fête (nationale) de SON anniversaire avec le grand raout du MMA à la Maison-Blanche, à céder sur plusieurs points stratégiques : le nucléaire, Ormuz, et l’Axe de la résistance (chiite), soit la lutte contre le Grand Israël.
Mais pire encore, il y a Ormuz. Les dirigeants de Téhéran peuvent remercier Trump. C’est lui et sa décision de lancer une « petite excursion » en Iran qui ont fourni le prétexte qu’attendaient les Iraniens pour s’approprier de fait la totalité du détroit, y compris les eaux territoriales appartenant aux voisins, les monarchies arabes du Golfe. C’est désormais chose faite. Avec plusieurs conséquences considérables.
Ormuz, c’est la bombe atomique que l’Iran n’a pas le droit de construire, une gigabombe économique mondiale, potentiellement plus puissante que les 200 têtes israéliennes, qui ne servent à rien dans un conflit classique. La preuve : le pays a été attaqué, la dissuasion nucléaire n’a pas joué. Bien sûr, les faucons fous de Tel-Aviv peuvent toujours lancer des bombes atomiques sur des objectifs militaires iraniens, ou même des grandes villes, à l’image de Nagasaki et Hiroshima. Oui, mais après ça, c’en est fini de l’entité artificielle israélienne, qui aura tenu quatre-vingts ans et quelques. Il ne fera pas bon être israélien sur Terre, plus un touriste juif ne se risquera à l’étranger. Israël deviendra un ghetto pour ses six millions de juifs, ceux qui n’auront pas foutu le camp...
La première est que les Iraniens vont faire payer très cher la réouverture du détroit, exigeant en échange 24 milliards de dollars de fonds iraniens séquestrés dans les banques arabes ou occidentales, dont le paiement sera, dit-on, échelonné en deux fois. Pour mémoire, l’accord signé par Obama en 2015 n’avait « coûté » que 1,7 milliard. Un vrai « progrès » donc grâce à Trump ! Avec ces 24 milliards, et la possibilité de vendre à nouveau son pétrole, Téhéran disposera du cash indispensable pour soulager l’énorme crise économique qui pèse sur les Iraniens, ce qui lui permettra aussi d’éviter de nouvelles protestations de masse, et bien sûr de réarmer.
On comprend pourquoi les Iraniens ont bombardé les bases américaines dans les pays du Golfe : là, il y avait deux buts de guerre bien définis. Le premier, desserrer l’étau américain autour du pays ; le second, faire payer aux pétromonarchies leur traîtrise, leur soumission au grand Satan américain. C’est chose faite. Dubaï mettra du temps à récupérer ses influenceurs, ses prostituées et ses escrocs internationaux. Les touristes israéliens iront ailleurs. S’ils se sentent en sécurité.
Il serait naïf de croire que Téhéran renoncera à cette carte maîtresse, dont ils ont découvert qu’elle leur permet de prendre en otage, à tout moment, la totalité de l’économie mondiale. Pour une raison simple : le monde ne peut pas durablement survivre en étant privé du quart de l’énergie dont il a besoin chaque jour… Après l’accord, les Iraniens pourront donc refermer le détroit à leur guise, et cette seule menace représentera une force de dissuasion majeure contre les Américains et autres alliés qui pourraient être tentés de frapper à nouveau l’Iran. Le détroit d’Ormuz est donc à la fois la corne d’abondance de la République islamique, l’affirmation de sa domination de fait sur ses voisins arabes, et surtout l’équivalent d’une deuxième bombe atomique dissuadant toute interférence extérieure dans la région.
Où l’on découvre que les Iraniens pensent, et pensent même stratégique. Ça alors, les chaînes de télévision nous les avaient présentés comme des barbus préhistoriques arriérés mentaux, armés de massues et tapant sur les femmes du matin au soir. On voit aujourd’hui de timides reportages sur ces mêmes télés avec la moitié des femmes non voilées à Téhéran, des cafés comme à Los Angeles et des jeunes qui parlent trois langues. On nous aurait menti ?
À la fin de son texte, Pierre semble pris par la panique. Il perd un peu la raison, après un texte certes israéliste dans l’âme, ce qu’il est fondamentalement, mais émaillé d’analyses factuelles correctes.
Quant à Israël, ses bombardements auront permis, comme on dit là-bas, de « passer une nouvelle fois la tondeuse » : deux à trois ans de gagnés avant la prochaine crise, mais le poison du terrorisme est toujours là à Gaza et au Liban. Pour la République islamique, la seule gagnante, le ni-paix-ni-guerre aux conditions des Iraniens, financé par les dollars de l’oncle Trump, est assurément la situation idéale pour assurer la pérennité du régime. Tant pis, malheureusement, pour le peuple iranien qui attendait sa liberté, tant pis pour les dizaines de milliers de braves gens qui ont été massacrés en début d’année et pour tous ces jeunes qui continuent à être pendus tous les matins à Téhéran.
Ah, la tondeuse israélienne, cette politique de courte vue qui enfonce l’Israël dans la folie guerrière et la folie raciste nationale. Pierre ne parlera pas une fois du génocide des Palestiniens, de la fameuse tondeuse qui est passée à Gaza, et qui arrive aujourd’hui en Cisjordanie et au Liban. Décidément, si Trump a raté son coup, Netanyahou a loupé le sien, sauf si tuer tout ce qui bouge est le programme. Et il se peut que le regime change annoncé il y a trois mois à Téhéran survienne désormais chez les agresseurs, à Tel-Aviv et Washington.
On notera en fin de texte l’empathie de Pierre pour les jeunes pendus de Téhéran (faire la révolution pour Israël comporte des risques), dont notre presse a fait ses unes et ses choux gras, une empathie curieusement absente pour les 24.000 enfants assassinés de Gaza. Un oubli important dans ce texte, c’est la raison pour laquelle il n’obtiendra, malgré de vraies pistes de réflexion sur le nouvel équilibre du Golfe et de solides conclusions stratégiques, pas la moyenne.
Pierre Lellouche n’avance pas masqué:
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RDP |
Novembre 2024
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Pierre Lellouche : du conflit localisé au conflit généralisé
Pierre Lellouche, chiraquien et otaniste, donc sarkozyste, a fait partie du Système. Aujourd’hui, il comprend que ce Système nous mène à la catastrophe. Il n’est pas trop tard pour changer d’avis.
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15 juin 2026
Source : E&R




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