samedi 4 avril 2020

Eh bien ! Dansez maintenant


Spécialistes ès berceuses maniérées, les cigales occidentales ont chanté tout l'été. Un été qui dure depuis près de trente ans et la fin officielle de la Guerre froide, décennies durant lesquelles le camp autoproclamé du Bien se réservait, chaque jour de manière plus acrobatique il est vrai, la légitimité morale. L'hiver coronavirusien vient de balayer ce château de cartes, provoquant une monstrueuse débandade qui restera longtemps dans les mémoires.

 
L'hystérie de la presse impériale est à la mesure du bouleversement qu'est en train de connaître le monde, dont nous nous faisions l'écho il y a peu :
Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale Foreign Policy a publié un article qui fera peut-être date, intitulé "Le coronavirus pourrait remodeler l'ordre mondial". Le chapeau - "La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les États-Unis fléchissent" - annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent (...)
Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l'aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer (...) Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : "Pendant que les États-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide" Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L'hyperpuissance américaine n'est plus que l'ombre d'elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (...)
Fidèle à elle-même, l'inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l'héritage de Merkel. Quatorze années d'européisme acharné, de péroraisons sur la "solidarité européenne" ou l'austérité financière parties en fumée en quelques jours (...)
La Russie, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l'Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l'Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l'URSS. D'autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l'aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Égypte, Italie (...)
Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l'esclavage de l'immédiateté, encore et toujours...
Spécialistes ès berceuses maniérées, les cigales occidentales ont chanté tout l'été. Un été qui dure depuis près de trente ans et la fin officielle de la Guerre froide, décennies durant lesquelles le camp autoproclamé du Bien se réservait, chaque jour de manière plus acrobatique il est vrai, la légitimité morale. L'hiver coronavirien vient de balayer ce château de cartes, provoquant une monstrueuse débandade qui restera longtemps dans les mémoires.
Déjà engagée depuis quelques années, l'implosion du système impérial, patiemment mis en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, s'accélère. Laissés à eux-mêmes, sans direction claire du suzerain américain, ses membres se laissent maintenant aller aux coups bas les plus mesquins. Les Tchèques volent 700.000 masques destinés à l'Italie, la France fait de même en plus fort :
Quatre millions de masques ont été saisis le 5 mars dernier à Lyon. Le stock, envoyé par une société suédoise, transitait par la plateforme de l'entreprise nordique basée à Lyon, et devait être redirigé en partie vers l'Espagne et l'Italie, deux pays durement touchés par l'épidémie de coronovirus. Mais ces quatre millions de masques ont été saisis d'office au nom de la réquisition des stocks de matériels médicaux, décidée deux jours plus tôt par la France.
Il a fallu l'intervention du gouvernement suédois pour que le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale accepte de céder la moitié du stock à l'Italie et l'Espagne.
Bien mal acquis ne profite jamais... Nos chers "amis" américains ont débarqué sur le tarmac d'un aéroport chinois et payé en espèces sonnantes et trébuchantes des millions de masques destinés à la France. Direction, les États-Unis. Jamais en reste, le Mossad israélien détourne quant à lui sans vergogne des respirateurs artificiels déjà achetés par d'autres pays.
Ces méthodes de gangsters entre "alliés" se déroulent presque au grand jour et font exploser le magistère moral de l'Empire et de ses composantes. Malgré l'inertie propre au système, nul doute que ces avanies se paieront très cher le moment venu...
Face à cet indicible sauve-qui-peut, les puissances de la multipolarité voient se dérouler devant elles un tapis rouge. Certes, l'aide de la Russie ou de la Chine, point fourmis dans cette histoire, n'est pas totalement inintéressée ; c'est une occasion en or de capitaliser sur la débâcle occidentale pour acquérir la légitimité morale internationale qui doit accompagner toute montée en puissance géopolitique.
Les officines de presse impériales ne s'y trompent pas. Incapables de cacher la déliquescence de leur propre camp, elles tentent a minima de discréditer les réalisations de l'adversaire. Le Deep State a actionné ses relais d'opinion et l'on voit s'allumer depuis quelques jours les contre-feux. En Italie, La Stampa ne craint pas de se ridiculiser en affirmant, faussement, que 80% du matériel envoyé par Moscou est inutile, ce qui n'empêche pas les Italiens de continuer à retirer les drapeaux de l'UE pour les remplacer par des drapeaux russes ou chinois. Aux États-Unis, les habituels suspects, impuissants, s'étranglent évidemment de rage devant l'avion bourré de matériel médical que le Kremlin a envoyé à New York. La première victime de cette pathétique guerre de l'information semble être la revue Foreign Policy, qui multiplie les attaques dignes d'un tabloïd (ici, ici ou ici).
Son hystérie est à la mesure de la dégringolade du système impérial, constatée avec force tristesse par le Centre d'Analyse, de Prévision et de Stratégie, think tank néo-conservateur du Quai d'Orsay, qui s'inquiète ouvertement de la montée en puissance chinoise et russe, et de la perte du leadership américain. Pour la cigale, le tube de l'été est devenu lamentation hivernale...

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