Créature
instable et périlleuse, l’Occident menace le monde en se menaçant lui-même. Il
a tout détruit avec le capital et les bons sentiments qui vont avec.
L’impérialisme américain en phase terminale mais hystérique veut exterminer Russes
[1], Chinois [2], Iraniens et sanctionner ce qui lui
résiste. Les Européens (petit cap de l’Asie ou de l’Amérique ?) suivent
extatiques ou éteints. En même temps, l’Occident s’autodétruit
rageusement à coups d’oligarchie, d’écologie, de féminisme, d’antiracisme et
d’humanitarisme ; il contaminera le reste du monde comme toujours.
Golem
dérangé ou marionnette folle, on ne l’arrêtera pas comme cela, cet Occident. Sa
matrice garde son pouvoir d’attraction étrange en plein Kali-Yuga :
rappelons Spengler pour qui, le triomphe de l’empire romain
était déjà celui du pas grand-chose sur le vide. Ceux qui
applaudissent le crépuscule américain oublient que l’on navigue dans la matrice
américaine – dans un
marécage de signes qui aura tout noyé, traditions, culture, spiritualités.
On sait
ce que Guénon pensait de l’Occident et de sa mission civilisatrice. On va
rappeler le grand hindouiste de Ceylan, Coomaraswamy (s’il voyait ce
qu’on a fait de son île…) qui écrivait vers 1945 :
« Parmi les forces qui font obstacle à une
synthèse culturelle ou, pour mieux dire, à une entente commune indispensable en
vue d’une coopération, les plus grandes sont celles de l’ignorance et du parti
pris. L’ignorance et le parti pris sont à la base de la naïve présomption d’une
«mission civilisatrice». Celle-ci apparaît, aux yeux des peuples «arriérés»,
contre qui elle est dirigée et dont elle se propose de détruire les cultures,
comme une simple impertinence et une preuve du provincialisme de l’Occident
moderne. »
Mais il
ne faut pas mépriser le provincialisme américain ou Occidental. Car il est
résilient, insatiable, protéiforme, infatigable, et il a depuis tout corrompu
avec son confort et sa propagande. Coomaraswamy écrivait il y a
presque un siècle… que de progrès accomplis depuis !
Et
Coomaraswamy ajoute sur l’arrogance du blanc :
« A vrai dire, si l’on veut qu’il y ait sur terre
un peu plus de bonne volonté, l’homme blanc devra réaliser qu’il doit vivre
dans un monde peuplé en grande partie de gens de couleur (et «de couleur»
signifie habituellement, pour lui, «arriéré», c’est-à-dire différent de
lui-même). Et le chrétien devra réaliser qu’il vit dans un monde à majorité non
chrétienne. Il faudra que chacun prenne conscience de ces faits et les accepte,
sans indignation ni regret. »
Comme on
sait, l’Occident est aujourd’hui suffisamment civilisateur pour vouloir effacer
et le reste de blancs et le reste de christianisme (le fils de Coomaraswamy
lamenta le concile antichrétien de Vatican II). Coomaraswamy rappelle ce
complexe de maître d’école (Chesterton parlait de crèche féministe) :
« Avant même de pouvoir songer à un gouvernement
mondial, il nous faut des citoyens du monde, qui puissent rencontrer leurs
concitoyens sans se sentir gênés, comme entre gentlemen, et non en soi-disant
maîtres d’école rencontrant des élèves que l’on instruit «obligatoirement» même
si c’est aussi «librement». Il n’y a plus place dans le monde pour la grenouille
dans le puits; elle ne prétend juger les autres que par sa propre expérience et
ses propres habitudes. »
Et de se
montrer polémique sur les réactions à cet Occident, à une époque où l’on compte
sur l’islam :
« Nous avons ainsi fini par réaliser que, comme
l’a dit, il y a peu, El Glaoui, le pacha de Marrakech, «le monde musulman ne veut pas de l’inimaginable monde américain ou de
son incroyable style de vie. Nous (les musulmans) voulons le monde du Qoran»,
et il en est de même, mutatis mutandis, pour la majorité des Orientaux.
Cette majorité comprend non seulement tous ceux qui sont encore «cultivés et illettrés», mais aussi une fraction,
bien plus importante qu’on ne le croit, de ceux qui ont passé des années à
vivre et à étudier en Occident, car c’est parmi ceux-ci qu’il est possible de
trouver bon nombre des «réactionnaires» les
plus convaincus [3]. Parfois, « plus nous voyons ce
qu’est la démocratie et plus nous estimons la monarchie»; plus nous
voyons ce qu’est l’« égalité », et moins nous admirons «ce monstre de la
croissance moderne, l’État commercialo-financier» dans lequel la majorité vit
de ses « jobs», où la dignité d’une vocation ou d’une profession est réservée
au très petit nombre et où, comme l’écrit Éric Gill, «d’un côté, il y a
l’artiste voué uniquement à s’exprimer, de l’autre l’ouvrier privé de tout
“soi” à exprimer». »
Disons-le
nûment, l’idéal Occidental c’est du point de vue
traditionnel le degré zéro de l’humain.
Coomaraswamy
ajoute qu’il est bon de résister au commerce :
« M. Brailsford objecte que «les seuls obstacles
à l’accroissement du commerce intérieur sur une échelle gigantesque sont la
pauvreté des villages et l’autarcie qui est propre à leurs plus anciennes
traditions... Il existe encore maints villages, où les artisans héréditaires,
qui servent pour une ration de grains ou quelques arpents de terre franche,
tisseront les étoffes dont il aura besoin, forgeront ses houes et tourneront
ses pots». Malheureusement, «l’accroissement du commerce intérieur sur une
échelle gigantesque » n’est aucunement l’une de nos ambitions principales. Nous
tenons encore (avec Philon, De Decalogo, 69) pour vérité patente que l’artisan
est de valeur supérieure au produit de son métier, et nous avons conscience que
c’est avant tout dans les sociétés industrielles que cette vérité est ignorée. »
Le monde
traditionnel est plus « démocratique » (Bernanos et Chesterton l’ont
aussi compris, à propos de notre moyen âge des communes et des cités) :
« …le gouvernement traditionnel de l'Inde
est bien moins centralisé et bien moins bureaucratique que n’importe quelle
forme de gouvernement connue des démocraties modernes. On pourrait même dire
que les castes sont la citadelle d’un gouvernement autonome bien plus réel que
ce qu’on pourrait réaliser par le décompte de millions de voix prolétaires.
Dans une très large mesure, les diverses castes coïncident avec les corps de
métier. »
Et de
défendre le modèle corporatif (la révolution libératrice supprima comme on sait
cent jours fériés et chômés en France) :
« On pourrait dire que si l’Inde ne fut pas, au
sens chinois ou islamique, un pays démocratique, elle fut néanmoins la terre
aux multiples démocraties, c’est-à-dire aux groupes autonomes maîtrisant
pleinement toutes les questions qui sont réellement dans leur compétence, et
que peut-être aucun autre pays au monde n’a été mieux formé pour l’autonomie.
Mais, comme l’a dit sir George Birdwood, «sous la domination britannique en
Inde, l’autorité des corporations s’est nécessairement relâchée»; la nature
d’une telle «nécessité» ne supportera guère l’analyse. »
Puis
Coomaraswamy décrit l’horreur économique et militariste (et humanitaire, car
tout vient avec dans le paquet-cadeau Occidental, le bandage avec les bombes, comme dit le capitaine
Villard dans le film Apocalypse now) :
« La simple existence de ces grands agrégats
prolétariens dont les membres, qui s’exploitent les uns les autres, prolifèrent
dans des «capitales» - lesquelles n’ont plus aucun rapport organique avec les
corps sociaux sur lesquels elles croissent, mais dépendent
des débouchés mondiaux qui doivent être créés par des «guerres de
pacification» et sans cesse stimulés par la «création de nouveaux besoins» au
moyen d’une publicité suggestive - est fatale aux sociétés traditionnelles les
plus fortement différenciées, dans lesquelles l’individu possède un statut
déterminé par sa fonction et, en aucune manière, uniquement par la richesse ou
la pauvreté; leur existence ruine automatiquement l’individu dont l’«
efficacité » le ravale au niveau de producteur de matières premières, destinées
à être transformées dans les usines du vainqueur; et on s’en débarrasse en les
vendant à bas prix aux mêmes peuples «arriérés» qui doivent accepter leur
quantité annuelle de gadgets, si l’on veut que les affaires prospèrent. »
Guénon aussi
perçoit à cette époque que l’Orient va craquer bien aidé par les guerres dites
mondiales puis par la décolonisation (voyez notre texte sur Burckhardt).
Puis
Coomaraswamy cite le fameux et si peu lu Dr Schweitzer :
« Albert Schweitzer caractérise les conséquences
économiques de l’exploitation commerciale (le «commerce mondial»): «Chaque fois
que le commerce du bois marche bien, une famine permanente règne dans la région
de l’Ogooué.» Lorsque ainsi «le commerce élit domicile dans chaque arbre», les
conséquences spirituelles sont encore plus dévastatrices; la «civilisation»
peut détruire les âmes aussi bien que les corps de ceux quelle contamine. »
Malheureusement
il y a les premiers convertis à la matrice (la jeunesse orientale nage et
navigue dedans) :
« Bien entendu, je n’ignore pas qu’il existe une
foule d’Orientaux occidentalisés qui sont tout à fait disposés et même
impatients de recevoir les dona ferentes de l’industrie sans s’attarder
à examiner un seul instant ces «chevaux» donnés… »
A
l’époque on résiste dans le cadre de la décolonisation (dont les effets furent
pervers) :
« Qu’avez-vous exactement à nous offrir, vous qui
êtes si pénétrés de votre «mission civilisatrice»? N’êtes-vous point étonnés
«qu’il n’y ait plus de peuple dans toute l’Asie qui ne regarde l’Europe avec
crainte et soupçon», comme l’a dit Rabindranath Tagore, ou que nous redoutions
la perspective d’une alliance des puissances impérialistes dont la «Charte de
l’Atlantique» ne devait pas s’appliquer à l’Inde et ne s’appliquera pas à la
Chine si on peut l’éviter? »
Depuis
on a progressé et tout a été balayé ou presque, même quand on prétend résister
au nom du monde soi-disant multipolaire. Ni la Russie ni aucun pays oriental
(pauvre Corée du Nord…) ne proposent de modèle alternatif. La Chine est bien
compliquée – et combien peu attirante. Quant à Cuba ou au Venezuela…
Un peu
de Debord pour compléter le maître, car le monde des années 2020 (ou
1980) est certainement plus effarant que celui des années quarante, hors-zone
de guerre Occidentale :
« Hormis un héritage encore important, mais
destiné à se réduire toujours, de livres et de bâtiments anciens, qui du reste
sont de plus en plus souvent sélectionnés et mis en perspective selon les
convenances du spectacle, il n’existe plus rien, dans la culture et dans la
nature, qui n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts
de l’industrie moderne. »
Et
Debord de dénoncer justement les « inconséquents » qui croient que
quelque chose du monde ancien a (ou aurait pu) subsisté :
« Non seulement on fait croire aux assujettis
qu’ils sont encore, pour l’essentiel, dans un monde que l’on a fait
disparaître, mais les gouvernants eux-mêmes souffrent parfois de
l’inconséquence de s’y croire encore par quelques côtés. »
Lucien
Cerise conclura logiquement :
« Pour Baudrillard, la véritable apocalypse n’était pas la fin réelle du monde, sa fin
physique, matérielle, assumée, mais son unification dans ce qu’il appelait
le « mondial », ce que l’on appelle
aujourd’hui le mondialisme, et qui signait la vraie fin, le simulacre ultime, le « crime parfait », c’est-à-dire la fin niant qu’elle est la fin, la fin non assumée, donnant
l’illusion que ça continue. La Matrice, comme dans le film, si vous voulez. »
Sources
Ananda
K. Coomaraswamy, Les illusions de la démocratie, in suis-je le
gardien de mon frère (the bugbear of literacy), Pardes.
Lucien
Cerise, gouverner par le chaos
Debord –
Commentaires
Jean
Baudrillard – La guerre du golfe n’a pas eu lieu (Galilée)
Source : Les
Carnets de Nicolas Bonnal
NOTES de H. Genséric
[3]
Les pires tueurs de Daech et d’autres terroristes islamistes viennent de l’Occident
ou y ont vécu longtemps. Parmi ces chefs islamistes massacreurs, on peut citer le criminel Ghannouchi, qui est
actuellement le président de la chambre des députés tunisienne !!!. Il a
longtemps été cocooné à Londres par le MI-6, la CIA et le Mossad, à l’époque où
il fuyait la Tunisie républicaine. Un autre exemple est le soi-disant « maréchal »
Haftar,
qui, depuis des années, prenant la suite logique de la destruction de la Libye
par les bombes « civilisatrices » de l’Occident, a transformé ce pays
en un infâme coupe-gorge. Il a longtemps vécu à Langley, cocooné par la CIA.Voir : Libye.
Israël a armé Haftar avec un financement des EAU.
Lorsque
le nationaliste, laïque et républicain Bourguiba gouvernait la Tunisie, il disait
« je préfère envoyer mes étudiants étudier à Moscou (du temps de l’URSS),
car lorsque je les envoie à Paris, Londres ou Washington, ils reviennent soit
communistes soit islamistes. Revenant de Moscou, ils ne sont ni l’un ni l’autre ».
Hannibal GENSÉRIC
Bonsoir Hannibal. Ibn Arabi reprend un peu le songe de Scipion. Lisez le § 60...
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