samedi 11 mai 2019

Les quatre atouts de l’Iran pour vaincre les USA


Zachary Keck, assistant de recherche au Centre Belferpour la science et les affaires internationales de la Harvard Kennedy School, a fait paraître, lundi 6 mai, un article sur le site web, The National Interest dans lequel il se penche sur quatre moyens grâce auxquels l’Iran pourra faire reculer les États-Unis en cas d’une agression militaire.
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L’article de Keck est ainsi écrit :
« Aucun pays de l’après-guerre froide n’a cherché à défier les États-Unis autant que l’Iran ; du Moyen-Orient à l’Asie centrale ou encore l’Amérique latine. Téhéran n’a jamais manqué de contrarier les États-Unis et de limiter l’influence des Américains.
C’est une stratégie intrinsèquement risquée. Non seulement les États-Unis ont encerclé l’Iran avec des bases militaires de toutes parts mais les dépenses militaires américaines au cours des dernières années ont été deux fois plus importantes que le PIB iranien aussi.
Pour compenser, l’Iran applique une doctrine militaire dissuasive fondée sur trois types de capacités : un arsenal de missiles balistiques expansifs, une guerre navale asymétrique (en particulier la menace de fermer le détroit d’Hormuz) et des liens avec des groupes militants non étatiques.
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Bien que de nombreux systèmes d’armes soient utilisés pour appliquer cette doctrine, quatre atouts iraniens sont particulièrement à noter :
Missile Sejil
Le moyen le plus important en appui de la doctrine militaire iranienne est le large éventail de missiles balistiques iraniens, parmi lesquels, ceux de la famille Shahab sont les plus connus.
Le Sejil-1 (et son successeur, le Sejil-2) devrait toutefois être le plus redouté. Le Sejil-1 est un missile balistique sol-sol à deux étapes et de moyenne portée que l’Iran a testé pour la première fois en 2008. Contrairement aux missiles Shahab, le missile Sejil-1 est alimenté par un combustible solide ; ce qui réduit considérablement son temps de lancement et améliore sa mobilité.
Lors d’un témoignage devant le Congrès en novembre 2009, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates avait déclaré que le «missile [Sejil] a une portée d’environ 2 000 à 2 500 kilomètres ». Cela correspond aux distances données par des responsables iraniens. À cette distance, le Sejil-1 peut porter une charge explosive de 750 kg jusqu’à Israël [territoires occupés palestiniens, NDLR] et même à des parties du sud-est de l’Europe. Il est largement admis que cela pourrait un jour être une charge nucléaire.
Le Sejil-2 a été testé pour la première fois en 2009 et il est encore en phase de développement. Selon Global Security, « Le Sejil-2 a une portée de 2 510 kilomètres et une tête conique de 650 kg. Il peut également transporter une tête militaire de 1 000 kilogrammes sur 2 000 kilomètres ».
La caractéristique la plus importante du Sejil-2 est sa précision, une chose qui manquait traditionnellement aux missiles balistiques iraniens. Les responsables de la défense iraniens ont déclaré que, comparé au Sejil-1, le Sejil-2 est équipé d’un nouveau système de navigation ainsi que de capteurs précis et sophistiqués.
Sous-marins de poche de la classe Ghadir
Le plus grand facteur dissuasif de l’Iran est peut-être sa capacité à menacer les expéditions de pétrole dans le détroit d’Hormuz où passent en principe 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole. Des rapports indiquent que les États-Unis ont dépensé environ 8 000 milliards de dollars pour assurer la sécurité du détroit d’Hormuz depuis 1976.
Les sous-marins seraient d’une aide inestimable pour l’Iran s’il essayait de fermer le détroit d’Hormuz. Comme l’explique l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), « Dans les eaux confinées et peu profondes du golfe Persique, la capacité de déployer des sous-marins menace efficacement les navires qui circulent dans des trajets maritimes étroits ».
Les navires militaires et commerciaux empruntent des itinéraires prévisibles; ce qui les expose très facilement aux sous-marins.
L’Iran possède différents types de sous-marins, mais sa flotte grandissante de sous-marins de petite taille Ghadir serait particulièrement meurtrière en cas de conflit.
Une variante des sous-marins nord-coréens Yugo et Sango, la petite taille et la signature acoustique de la classe Ghadir rendent ces engins particulièrement difficiles à détecter et à suivre. Chaque sous-marin contient deux tubes de 533 mm destinés à tirer des torpilles et est capable de poser des mines. Ghadir peut également être utilisé pour transporter et insérer des forces spéciales en territoire ennemi.
Comme c’est souvent le cas avec les capacités navales iraniennes, la quantité est importante. L’Iran compte au moins vingt sous-marins de la classe Ghadir. Comme l’avait expliqué en 2013 Chris Harmer, un expert de l’armée iranienne à l’ISW: « Le sous-marin le plus silencieux au monde est celui qui repose sur un fond de sable en mer. C’est ainsi que les Iraniens emploieraient le Ghadir: sortez-le du port, coulez le au fond du golfe Persique qui est peu profond et reposez-vous sur le fond sablonneux et attendez qu’un objectif s’approche ».
Missile Khalij-e Fars
Le missile balistique antinavire Khalij-e Fars (Golfe Persique) est un autre élément précieux des capacités navales asymétriques de l’Iran.
Le Khalij-e Fars est un missile balistique supersonique à combustible solide offrant une autonomie de 300 km avec une charge utile de 650 kg. Il est basé sur le Fateh-110, un missile sol-sol à propulseur solide que l’Iran a testé pour la première fois en 2002.
Les médias iraniens ont décrit le Khalij-e Fars comme « le missile le plus avancé et le plus important de la marine du Corps des gardiens de la Révolution islamique » et ont déclaré que « les traits distinctifs du missile sont sa vitesse et sa trajectoire supersoniques. Tandis que les autres missiles traversent généralement à des vitesses subsoniques et en style de croisière, le Khalij-e-Fars se déplace verticalement après son lancement ; traverse à des vitesses supersoniques, trouve la cible dans un programme intelligent avant de la frapper ».
Le Khalij-e Fars a été testé pour la première fois en 2011. L’Iran a affirmé que ce missile avait touché un navire en mouvement avec une précision de 30 mètres lors de son deuxième test en juillet 2012.
L’année suivante, le brigadier général Amir-Ali Hajizadeh, commandant de la division aérospatiale du CGRI a affirmé que l’Iran avait augmenté la précision du missile de 30 à 8,5 mètres.
Les intentions de l’Iran avec ce missile sont transparentes ; l’agence de presse Fars a clairement déclaré que le missile était « conçu pour détruire des objectifs et des forces hostiles en mer ».
Hezbollah
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Au début des années 80, des représentants du CGRI ont été envoyés au Liban pour aider à former le noyau de la résistance contre l’occupation israélienne. À l’époque, non seulement l’Iran n’exerçait pas beaucoup d’influence au Liban mais en plus il était plongé dans une guerre avec « l’Irak de Saddam Hussein ».
La décision d’infiltrer le Liban semble être un pur génie stratégique. Depuis, le Hezbollah a aidé l’Iran à plusieurs reprises. Le Hezbollah s’est révélé maintes et maintes fois « l’arme de guerre » la plus polyvalente et la plus utilisable de l’arsenal iranien.
En effet, la plus grande valeur du Hezbollah pour l’Iran est peut-être sa portée opérationnelle. À la suite de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, l’Iran a utilisé le Hezbollah pour former des groupes militants irakiens. Il a également été rapporté que des militants du Hezbollah auraient aidé à former des Houthis au Yémen.
Le Hezbollah est notamment indispensable pour soutenir le gouvernement de Bachar al-Assad en Syrie depuis 2011 ».
Source: Press TV
Le Hezbollah et les risques d’une guerre régionale
Alors que le Liban est plongé dans la tourmente des protestations sociales qui précèdent l’adoption du projet de budget 2019, la région semble plus que jamais proche de la guerre. Entre Washington et Téhéran, les menaces montent d’un cran chaque jour, mettant en cause la politique équilibriste poussée à l’extrême adoptée par les deux parties.
Pourtant, en dépit de la violence du ton entre les États-Unis et l’Iran, des sources proches du Hezbollah continuent à ne pas croire à l’éclatement d’une guerre régionale. Selon ces sources, le président américain Donald Trump est certes un homme imprévisible, mais jusqu’à présent, il a montré qu’il préférait brandir la menace de la guerre plutôt que de la faire. On l’a vu ainsi en Syrie et même en Corée du Nord, où après avoir à maintes reprises haussé le ton, il s’est toujours rétracté à la dernière minute, allant même jusqu’à affirmer que sa politique de menaces a atteint son objectif en poussant son adversaire à reculer.
Ce serait donc la même tactique qui serait aujourd’hui adoptée à l’égard de l’Iran, sachant que les sanctions qui ne cessent d’augmenter affectent sérieusement la situation sociale interne en Iran. Mais, selon les sources proches du Hezbollah, la République islamique d’Iran est habituée au système des sanctions depuis sa naissance. Elle a célébré en février dernier son quarantième anniversaire et tout au long de cette période, elle est passée par des crises plus graves, dont la guerre déclenchée par l’Irak qui a duré huit ans et qui était appuyée par l’Occident en particulier, alors qu’à ce moment-là (1980), l’Iran n’avait pas d’alliés, ni dans la région ni dans le monde. Depuis, l’Iran a réussi à assurer une certaine autonomie économique qui lui permet pratiquement de consommer ses propres produits, sans dépendre de façon importante des importations de l’étranger. Certes, l’exportation de son pétrole représente 40 % de son budget, mais les plus grands pays qui achètent le pétrole iranien et qui sont essentiellement la Chine et la Turquie ont annoncé leur refus de se conformer à la décision américaine de ne pas acheter du pétrole iranien. Tout dépendra donc, dans ce domaine, de la réaction américaine lorsque le pétrole iranien sera transporté vers ces pays.
En dépit de ces interrogations, selon les sources proches du Hezbollah, il y a peu de risques d’éclatement d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran. D’abord parce qu’elle serait destructrice pour toute la région. Selon ces mêmes sources, l’Iran n’hésiterait pas à frapper les États-Unis là où cela peut faire mal, même s’il en souffrirait certainement. D’ailleurs, les responsables iraniens, notamment ceux des gardiens de la révolution – récemment placés par l’administration Trump sur la liste des organisations terroristes alors qu’il s’agit d’une institution étatique iranienne –, ont multiplié les menaces, au cours des derniers jours, à l’égard des Américains en cas d’attaque menée contre la République islamique. L’autre raison évoquée pour écarter l’option de la guerre consiste dans le fait que l’administration américaine utilise « la menace » que représente la présence de la République islamique dans la région pour renforcer ses relations avec les États du Golfe. Dans la logique qui règne aujourd’hui au sein de l’administration américaine, s’il n’y avait pas l’Iran, pourquoi les États du Golfe auraient-ils besoin de la protection des États-Unis ? Selon les sources précitées, il s’agirait donc là d’une mine d’or à laquelle l’administration américaine ne serait pas prête à renoncer.
De son côté, l’Iran, en dépit des menaces adressées régulièrement aux Américains, ne souhaiterait pas non plus l’éclatement d’une guerre, car il est conscient de ses conséquences sur l’intérieur iranien, mais aussi sur l’ensemble de la région. Les sources proches du Hezbollah insistent ainsi sur le fait que l’Iran n’a pas l’intention de déclencher la guerre, mais qu’il est prêt à riposter par tous les moyens disponibles et dans les lieux de son choix, s’il est attaqué.
En dépit de cette approche plus ou moins rassurante, la spirale d’escalade dans laquelle semble s’engager la région risque de déraper à tout moment. Toutefois, les dernières déclarations du président américain sur son souhait d’amener les dirigeants iraniens à la table des négociations, mais à ses conditions, pourraient être perçues comme le début d’une tentative pour trouver une issue à la crise. Presque immédiatement, les gardiens de la révolution ont répondu en exprimant leur refus de toute négociation, mais certains milieux diplomatiques croient que cela pourrait être le début d’une renonciation à l’option de la guerre.
Les sources proches du Hezbollah affirment en tout cas que ce dernier est prêt à tous les scénarios, même s’il estime effectivement que la guerre reste la dernière des options. Selon ces mêmes sources, le Hezbollah pense qu’en tout cas, le Liban restera à l’abri des secousses militaires, ayant déjà suffisamment à faire pour régler sa crise économique et sociale.

VOIR AUSSI : 
Un initié de la Maison Blanche : L'invasion et la destruction de l'Iran planifées pour l'autome 2019.


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