mardi 30 juin 2020

Pourquoi la Suisse est devenue « la Mecque » des Frères musulmans

La Suisse est, sans équivoque, l’épicentre de la mouvance frères-musulmane en Europe. Terre d’accueil de plusieurs vagues de réfugiés appartenant à la Confrérie, depuis les années 1950, elle s’est imposée comme « la Mecque » des Frères musulmans européens. Grâce, notamment, à la discrétion de ses banques…
Le 13 novembre 1995, un diplomate égyptien en poste auprès de l’ONU est assassiné de six balles à Genève. Il enquêtait sur le trésor de guerre des Frères musulmans qu’aurait géré Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan al-Banna. Un quart de siècle plus tard, l’affaire vient de connaître un incroyable rebondissement : le tribunal fédéral suisse vient d’ordonner la libération de l’assassin présumé, arrêté en 2018 !

Les réseaux helvétiques des Frères musulmans sont organisés en quatre pôles distincts, qui s’étendent sur cinq cantons : Genève, Neuchâtel, Vaud, Tessin et Zurich. Chacun de ces pôles est chapeauté par une ou deux familles Frèristes : les Ramadan à Genève, les Kermous à Neuchâtel et Vaud, les Nada et les Himmat dans le Tessin et à Zurich. 
L’inter-connectivité entre ces pôles ne passe pas seulement par l’Internationale secrète de la Confrérie, le fameux Tanzim al-Dawli, dont l’existence même a longtemps été niée par les Frères musulmans, ou par les réseaux financiers occultes protégés par le sacro-saint secret bancaire suisse. Elle s’illustre, aussi, par la présence du représentant d’une « famille » au sein d’une organisation tenue par une autre. 
Ainsi, Hani Ramadan, basé à Genève, se retrouve, par exemple, au conseil d’administration de la Fondation Wakef-Suisse (FWS), tenue par les Kermous à Prilly, dans le canton de Vaud. Et Mohamed Kermous, basé à Neuchâtel, figure parmi les administrateurs de la Communauté Islamique du Canton du Tessin (CICT), tenue par les Himmat à Lugano. 
La dynastie Ramadan 
Dans la galaxie frères-musulmane, Genève est devenue une chasse gardée de la dynastie Ramadan. Même le tout puissant « guide spirituel » de la Confrérie, l’égyptien naturalisé qatari, Youssef al-Qaradawi, à dû fermer, en mars 2010, l’antenne helvétique de l’International Islamic Charitable Organization, qu’il avait implantée à Genève dès 1987. 
Le règne sans partage de la famille Ramadan sur les réseaux genevois des Frères musulmans s’explique par l’aura et le prestige dûs au fait que ses membres sont les descendants du fondateur de la Confrérie. 
La famille est, en effet, l’héritière de Saïd Ramadan, ancien secrétaire personnel du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, dont il a épousé la fille ainée Wafa. Installé à Genève, dès 1959,  Saïd Ramadan y fonde un Centre Islamique. Il contribue aussi à l’implantation des Frères musulmans en Allemagne, notamment à Munich.  
À sa mort, en 1995, son fils aîné Hani prend sa relève à la tête du Centre Islamique de Genève (CIG). Et en 2001, une fondation portant le nom de Saïd Ramadan est créée. Elle est aussi dirigée par Hani. Tout comme le CIG, le conseil d’administration de la Fondation Saïd Ramadan est composé exclusivement des membres de la famille : sa veuve Wafa, ses fils Hani, Aymen, Yasser, Billal, Tariq et son unique fille Arwa.
Récemment, la réputation et l’aura des Ramadan ont été entachées par les scandales sexuels de Tariq Ramadan, accusé de viols par plusieurs plaignantes en France et en Suisse. Mais, le nouveau patriarche du clan, Hani Ramadan, n’est pas en reste. En 2003, il a été licencié de son poste d’enseignant par le canton de Genève, en raison de prises de position jugées  discriminatoires, notamment des écrits controversés dans lesquels il faisait l’apologie de la lapidation et considérait le sida comme une « punition divine » ! En 2016, les autorités françaises l’ont interdit d’entrée sur le territoire français. 
N’ayant pas respecté cette mesure d’interdiction, il est interpelé et expulsé, en avril 2017. Et en juin 2018, ses avoirs en France ont étaient gelés pour des soupçons de « financement du terrorisme ».
L’insatiable activisme des époux Kermous
Dans les cantons de Neuchâtel et Vaud, couple Mohamed Karmous et sa femme Nadia ont créé  successivement pas moins d’une dizaine d’associations Islamiques. Autant de tentacules qui servent de paravent à leur activisme frères-musulman, mais aussi à leur lobbying pro qatari. 
Ils dirigent notamment la Ligue des Musulmans de Suisse (LMS), affilée à la Fédération des Organisations islamiques en Europe (FOIE), le Centre Socioculturel des musulmans de Lausanne (CSML), la Fondation Euro-Suisse Mithak (FESM), l’Union Islamique des Enseignants (UIE), l’Association Culturelle des Femmes Musulmanes de Suisse (ACFMS).
En 2016, le couple s’est lancé dans un projet pharaonique visant à créer un « musée sans collection » dédié aux « civilisations de l’Islam ». Un édifice faramineux et disproportionné pour la petite localité la Chaux-de-Fonds, qui compte moins de 40.000 habitants, financé à  plus d’un million de francs suisse (900.000 euros), par la fondation Qatar Charity (voir l’encadré ci-dessous) !
L’enclave Frèriste du Tessin ! 
Le canton suisse du Tessin est connu pour sa célèbre enclave de Campione, petite localité de 2,6 km², sous souveraineté italienne, en plein territoire Suisse. L’arrivée sur place, à la fin des années 1960, de deux figures emblématiques du Tanzim al-Dawli, Youssef Nada et Ali Ghaleb Himmat, y a implanté une enclave moins visible mais bien plus vaste, dédiée aux  finances occultes des Frères musulmans. 
Les activités discrètes des clans Nada et Himmat n’ont commencé à attirer l’attention qu’après les attaques du 11 septembre 2001. Notamment, suite aux enquêtes visant leur banque Al-Taqwa, soupçonnée de financement du terrorisme.  
Ali Ghaleb Himmat, aujourd’hui âgé de 81 ans, est toujours administrateur de la Communauté Islamique du Canton du Tessin (CICT), qu’il a fondé en 1991. Son fils, Youssef Himmat, préside l’organisation frèriste pan-européenne Forum des Organisations Européennes des Jeunes et Etudiants Musulmans (FOEJEM). 
À 88 ans, Youssef  Nada, demeure très discret. Figure emblématique de l’internationale frères-musulmane, dont il fut le financier occulte durant plus d’un demi-siècle, son nom n’apparait officiellement qu’en tant que membre-fondateur de la Fondation de la Communauté Islamique de Zurich (FCIZ). 
Son fils, Nazim Nada, semble avoir hérité de son père la culture du secret et le goût des finances occultes. Il dirige, à Lugano, Lord Energy, une énigmatique société de négoce en gaz et pétrole. Parmi ses  actionnaires, figurent plusieurs jeunes loups appartenant frères-musulmans suisses et italiens !   

Crime et mystères autour du trésor de guerre des Frères musulmans à Genève

Le 13 novembre 1995, un diplomate égyptien en poste auprès de l’ONU est assassiné de six balles à Genève. Il enquêtait sur le trésor de guerre des Frères musulmans qu’aurait géré Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan al-Banna. Un quart de siècle plus tard, l’affaire vient de connaître un incroyable rebondissement : le tribunal fédéral suisse vient d’ordonner la libération de l’assassin présumé, arrêté en 2018 !
Alaa el-Din Nazmi, 42 ans, vient de garer sa BMW dans le parking de son immeuble. Le diplomate égyptien est froidement abattu de six balles tirées par un pistolet SIG P. 210 Parabellum. Le tueur abandonne l’arme sur place. « Le canon de l’arme est enveloppé dans un étui de mousse synthétique pour atténuer la résonance des coups », raconte Richard Labévière, alors journaliste à la télévision suisse romande, dans Les dollars de la terreur (éditions Grasset, février 1999).
Carla del Ponte, procureur général de la Confédération, prend personnellement l’affaire en main. Cet assassinat vient de violer l’une des règles non écrites édictées par la Suisse, pays neutre. Celui-ci ferme les yeux sur tous les trafics et autres magouilles étrangères, mais à condition que personne ne s’entretue sur son territoire. Cette règle n’a-t-elle pas été scrupuleusement respectée par les belligérants durant la Seconde Guerre mondiale ?
Le diplomate a été tué le 13 novembre 1995. Le 21 novembre, la police perquisitionne le Centre islamique de Genève (CIG), fondé par Saïd Ramadan, gendre d’Hassan al-Banna, et père de Tariq et Hani Ramadan. Quel rapport entre l’assassinat et la famille Ramadan ? Saïd Ramadan est mort le 4 août 1995, et une note d’un service européen de renseignement constate que « la famille s’est partagée une somme apparemment considérable que Saïd Ramadan avait en gestion pour le compte des Frères musulmans en Égypte ». Et justement, ce diplomate égyptien enquêtait sur le trésor de guerre de la Confrérie.
Simple coïncidence ? C’est à la même période que commence l’ascension de Tariq Ramadan en France, et la diffusion en masse de ses livres et de ses cassettes par les éditions Tawhid à Lyon.
Violent contentieux avec les Frères musulmans
Toujours dans Les dollars de la terreur, Richard Labévière raconte en 1999 que cette captation des économies de la Confrérie aurait « ouvert entre la famille et les Frères musulmans d’Égypte un contentieux violent ». Curieusement, les Ramadan, habituellement prompts à déposer plainte, ne bougent pas. Ils ne protestent pas davantage lorsque Caroline Fourest dans Frère Tariq, et Lionel Favrot, dans Tariq Ramadan dévoilé, deux ouvrages parus en 2004, évoquent à leur tour l’« évaporation » de ce trésor de guerre.
Et surtout, comment expliquer que depuis la mort de son père en 1995, Tariq Ramadan n’ait jamais remis les pieds en Égypte ? Pendant longtemps, il a prétendu qu’il y était interdit de séjour, sans en apporter la preuve. D’autant qu’il dispose d’un passeport suisse. Étrangement, quand Mohamed Morsi prend le pouvoir en juin 2012, Tariq Ramadan continue à bouder l’Égypte. Pour tenter de justifier son désintérêt pour le pays de ses ancêtres, dans son livre L’Islam et le réveil arabe, il explique qu’en fait le « Printemps arabe » aurait été téléguidé par… les États-Unis et Israël. Le 4 novembre 2013, le petit-fils d’Hassan al-Banna donne une interview au quotidien suisse Le Temps intitulée : « Les Frères musulmans m’en veulent énormément ». Sans évoquer, bien évidemment, ce possible contentieux portant sur une affaire de gros sous.
Le Tribunal fédéral fait libérer le suspect
Pendant plus d’un quart de siècle, l’enquête sur l’assassinat du diplomate égyptien piétine. La procédure est suspendue en 2009. Premier coup de théâtre en octobre 2018 : un homme est arrêté à Vernier, dans le canton de Genève. Il s’agit d’un Italo-Ivoirien, né en 1969. Vendeur de voitures à Genève, il vit en France voisine. Il a déjà défrayé la chronique en 2011 en recelant de l’or volé. Et surtout, on a retrouvé son ADN sur le silencieux de l’arme qui a tué le diplomate égyptien. Cet ADN avait longtemps été inutilisable pour les enquêteurs. C’est l’évolution technologique qui a permis de rendre les empreintes lisibles et de retrouver le suspect, vingt-trois ans après le drame (la prescription étant de trente ans). Cette arrestation est racontée dans Tariq Ramadan, histoire d’une imposture (éditions Flammarion, janvier 2020), écrit pas l’auteur de cet article. Depuis son incarcération, l’homme n’a jamais parlé. L’une de ses ex-amies, qui aurait également laissé son ADN sur le silencieux, est également placée en détention, puis libérée après six semaines, en mars 2019.
Nouveau coup de théâtre le 18 mai 2020, le Tribunal fédéral, la plus haute instance judiciaire de Suisse, exige la libération immédiate du suspect ! Cet arrêt est pour le moins surprenant. Tout en ne niant pas que « les traces digitales et/ou ADN lui appartiennent », que l’individu présente un « trouble de la personnalité dissociable avec traits psychopathiques particulièrement marqués », qu’on lui reconnaît « une certaine affinité pour les armes », et qu’une ancienne compagne évoque des « propos tenus par le frère du recourant – soit que celui-ci aurait tué quelqu’un », le Tribunal fédéral estime que « les circonstances entourant la commission de l’homicide sont loin d’être définitivement établies » (Arrêt 1B_195/2020 du 18 mai 2020).
Le quotidien Le Temps, qui rapporte la libération de « Momo » – son surnom de délinquant de moyenne envergure – explique que pour ces hauts magistrats, « son degré de participation dans un éventuel assassinat (dans l’hypothèse où il aurait par exemple fonctionné comme tueur à gages) demeure incertain ».
A présent, il sera intéressant de connaître la réaction des autorités égyptiennes après la libération par la justice suisse d’un homme qui a laissé ses empreintes sur le silencieux d’un pistolet qui a tué l’un de ses diplomates.
Par Ian Hamel 

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Hannibal GENSÉRIC

1 commentaire:

  1. La Suisse pays neutre mais seulement sur le papier. Cette nation organise le désordre mondial pour conserver l'argent des riches dans ses coffres.

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