samedi 15 août 2020

USA. Dépérissement


Un empire repose au moins autant sur sa légitimité et sa force de persuasion que sur sa puissance militaire ou économique. Alexandre, Rome, Angleterre victorienne : tous ont usé de leur prestige, de leur auctoritas pour fédérer autour d'eux alliés et vassaux. C'est précisément ce que l'Amérique est en train de perdre...

A l'ONU, Washington vient de recevoir un véritable camouflet :
« Les Etats-Unis ont subi une défaite humiliante aux Nations-Unies, leur proposition d'étendre l'embargo sur la vente d'armes à l'Iran n'ayant reçu, au Conseil de Sécurité, que le soutien de la République dominicaine.
La résolution américaine aurait de toute façon eu bien peu de chance de passer face au veto russe et chinois. Mais l'ampleur de la défaite souligne l'isolement des Etats-Unis sur la scène internationale. »
Moscou et Pékin ont donc voté contre ; les onze autres membres se sont abstenus, dont la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique ou l'Estonie, habituels bon petits soldats impériaux. L'ambassadeur chinois à l'ONU n'y va pas par quatre chemins : « L'ère de l'unilatéralisme et du harcèlement est révolue ».
En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l'Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l'Allemagne, invitée en tant que signataire de l'accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l'inexorable montée en puissance russe n'échappe à personne.
Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l'affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II...
Justement, le célébrissime pipeline, pomme de discorde absolue, a été le témoin d'une nouvelle passe d'armes entre le suzerain déclinant et ses sujets de plus en plus récalcitrants. Dans un geste très inhabituel, 24 des 27 pays de l'UE ont officiellement adressé un message au Département d'Etat américain pour protester contre les menaces de sanctions. Plus que la démarche, c'est le nombre qui interpelle. Mis à part la Pologne et deux autres États dont on ignore encore l'identité, l'Europe toute entière est vent debout contre les sanctions impériales, ce qui a d'ailleurs beaucoup surpris outre-Atlantique.
Le Brexit est passé par là, comme nous le prédisions il y a bien longtemps :
Obama se voit aujourd'hui obligé de déclarer qu'il "respecte le vote britannique" (manquerait plus que ça !) mais les stratèges US l'ont mauvaise. "Le Royaume-Uni et l'Union européenne resteront des partenaires indispensables" a-t-il ajouté. Mais voilà le problème : deux au lieu d'un, et peut-être bientôt trois, quatre, cinq, qui commenceront à partir dans tous les sens, n'écouteront plus que d'une oreille les recommandations de tonton Sam, au lieu d'une structure européenne centralisée noyautée par les Américains. Voilà le souci européen de Washington...
Soyons honnête, la Russie bénéficie évidemment du Brexit. Le bras européen de l'empire se fissure, l'intense lobbying anti-russe de la Grande-Bretagne au sein des instances eurocratiques ne sera bientôt plus qu'un souvenir, le vent de révolte gagne le Vieux continent tout entier où les partis eurosceptiques sont en même temps russophiles.
Nous y sommes. Et le Deep State devra y réfléchir à deux fois avant d'aller de l'avant dans ses menaces de sanctions contre le Nord Stream II. Le dilemme est en effet cornélien :
  • continuer la politique du pire et risquer de perdre définitivement toute autorité morale en Europe donc, à terme, toute influence
  • laisser le Heartland et le Rimland s'arrimer énergétiquement pour ne pas se mettre totalement à dos le Vieux continent
En filigrane, il faudra choisir entre la perte des alliés ou la perte du contrôle sur l'énergie. Casse-tête en perspective...
Source : Chroniques du Grand Jeu
----------------------------------------------------------

Les Russes arrivent! Ou sont-ils déjà arrivés?
The Russians Are Coming, the Russians Are Coming - WikipediaAu tout début de la guerre froide, le slogan paranoïaque «Les Russes arrivent!» était plutôt populaire dans une certaine partie de l'establishment américain. Il est attribué à un excentrique ministre de la Défense américain qui s’est jeté par une fenêtre dans des circonstances mystérieuses à la suite d'une dépression nerveuse. Les années ont passé et la guerre froide a apparemment pris fin, mais les Russes ont continué à venir sans jamais arriver, tandis que de vastes sommes d'argent des contribuables américains ont été dépensées pour la course aux armements et la propagande proclamant que les Russes allaient toujours venir.

Et voilà que, maintenant, les Russes sont enfin arrivés.
Ils sont arrivés dans l'espace médiatique souverain américain [et européen], un espace médiatique pas du tout entaché de mensonges, de désinformation, de fausses informations, etc. Et ces Russes sournois y sont arrivés peu de temps avant l'élection présidentielle américaine sous la forme des «cinq piliers» de la terrible machine de propagande du Kremlin [1] avec les intentions les plus malveillantes. Le département d'État américain l'a annoncé au monde avec une alarme (voire une peur) non dissimulée le 5 août, lorsqu'il a publié un rapport spécial du Global Engagement Center.
La Construction de l'image de l'URSS : le rôle de la famine de ...Selon le département d'État américain, en haut de la liste des éléments clés de ces cinq piliers se trouve notre site, Strategic Culture Foundation, qui, selon les officiels Américains, n'est pas seulement affilié au service de renseignement extérieur de la Russie et au ministère russe des Affaires étrangères, mais «joue également un rôle central parmi un groupe de sites Web liés qui prolifèrent la désinformation et la propagande russes». Comme preuve de désinformation et de propagande, ils citent… les titres de nos articles (mais pas leur contenu!), qui ne correspondent évidemment pas à la vision officielle américaine du monde. Une opinion alternative ne peut pas exister en principe, car il n'y a que l'opinion officielle américaine et c'est la seule vraie. Car l’opinion des individus, des communautés et des groupes ne compte pas et n’est pas acceptable ; seule compte celle des monopoleurs, des propriétaires d’informations et de gros portefeuilles, et de l'establishment même qui a répété de manière hystérique le mantra couvert de mousse: «Les Russes arrivent!»
Soit dit en passant, en ce qui concerne les citoyens d'Amérique et d'autres pays qui osent aller à l'encontre du courant dominant de l'information et, sans désir de vivre dans un monde orwellien, expriment librement leur point de vue sur ce qui se passe dans le monde sur notre site Web.
Le rapport publié par le département d'État américain se réfère avec mépris à ces personnes comme des penseurs marginaux et des théoriciens du complot avec des vues anti-occidentales (quel nerf!).
Voilà pour la liberté d'expression!
Et une dernière chose. Un remerciement particulier doit être adressé au Département d'État américain et à son Global Engagement Center pour la publicité de premier ordre et gratuite (!) qu'il a donnée à la Strategic Culture Foundation. Nous devons réfléchir à un moyen de montrer notre gratitude.
NOTES de H. Genséric :
Selon Wikipédia, la loi de Godwin est une règle empirique énoncée en 1990 par Mike Godwin, d'abord relative au réseau Usenet, puis étendue à l'Internet :  

 « Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. »

La loi de Godwin  peut se généraliser de la manière suivante à la presse mainstream et aux politiciens britanniques et américains :

 « Pour tous les grands médias et les responsables politiques américains et britanniques, il existe un unique thème «le Kremlin», tel que, plus une discussion dure, plus la probabilité que ce thème soit abordé tend vers 1. ». 

Dans cette loi,  que nous baptisons "Loi du Kremlin", le terme Kremlin inclut Vladimir Poutine, la Russie, les robots Internet, les babouchka, les hackers , le Mossad, la CIA, la NSA, le GRU, les poupées russes et d'autres entités plus ou moins connues.

Plus d'infos »

VOIR AUSSI
Cela se passe à Moscou : Les limites de la patience russe, à bon entendeur, salut : Vidéo
Hannibal GENSERIC 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires Anonymes (ou Unknown) et les commentaires comportant des insultes ou des menaces seront supprimés. Les commentaires hors sujet, non argumentés ou vides de sens, etc. seront supprimés. Les auteurs des écrits publiés en sont les seuls responsables. Le fait de les publier n'engage pas la responsabilité de H. Genséric ou de La Cause du Peuple.