lundi 20 août 2018

SYRIE. La libération d’Idlib changera toutes les équations régionales




La base aérienne Hmeimim à Lattaquié a été prise pour cible des attaques fréquentes des drones appartenant aux terroristes. ©Sputnik
La base aérienne Hmeimim à Lattaquié a été prise pour cible des attaques fréquentes des drones  appartenant aux terroristes. ©Sputnik

Selon certains analystes, les opérations militaires de l’armée syrienne à Idlib seront limitées. Pour d’autres, le sort de la province ne pourra pas être déterminé par seulement des opérations militaires et il faudrait les accords internationaux, tracés d’une part par la Russie, alliée de Damas, et de l’autre par la Turquie, soutien des terroristes pour que la province soit pacifiée.
Force spéciale, renforts, Damas est prêt 
Depuis le premier août, les forces militaires syriennes visent, à l'aide de l’artillerie lourde ou l'aviation, les régions sous contrôle des groupes armés situées dans le sud d’Idlib et qui s'étendent jusqu’à la banlieue occidentale d’Alep et la banlieue nord de Hama.
Alors que l'armée syrienne prépare l'offensive, les analystes de guerre occidentaux multiplient les spéculations: les opérations de l'armée syrienne seraient limitées et se concentreraient sur des régions aux alentours d’Alep où des milliers de terroristes, chassés d’autres régions, se sont regroupés.
L'expert américain Nicholas Heras indique que l'offensive syrienne ne tardera pas à Idllb. « Damas croit qu’il existe des zones importantes et vitales dans cette région où la sécurité devra être rétablie. Cela s'avère nécessaire pour garantir la sécurité de Lattaquié où se trouve la base aérienne russe, Hmeimim. Il est aussi question de sécuriser définitivement l’autoroute internationale Damas/Alep et mettre définitivement à l'abri la capitale. 
Pour rappel, les éléments de Hayat Tahrir al-Cham contrôlent une grande partie de la province d’Idlib. Les terroristes se trouvent dans les régions à proximité de la banlieue occidentale d’Alep, dans la banlieue nord de Hamas ainsi que dans le nord de Lattaquié. Ce sont eux qui envoient des drones-kamikazes à l'assaut de Hmeimim. Quant aux forces syriennes, elles se sont positionnées dans le sud-est d’Idlib. Une dernière information fait état d'un état de panique dans les rangs des terroristes qui, hantés par l’attaque imminente de l’armée syrienne,  seraient en train de creuser des tunnels, des tranchées et des remparts dans les régions pour contrer l'offensive de l’armée syrienne.
Mais par où l'armée syrienne va-t-elle commencer? 
Diverses régions seront la cible de futures opérations militaires de l’armée syrienne, dont Jisr al-Choghour dans le sud-ouest d’Idlib et Sahl al-Ghab, situés entre Idlib et le nord de Hama. À cela s'ajoutent les régions avoisinant la route internationale Damas/Alep.
Sahl al-Ghab est une région agricole dont la grande partie se trouve dans le nord de Hama et qui s’étend vers le sud-ouest d’Idlib près de Jisr al-Choghour. L’importance de ces deux régions vient de leur proximité avec la province de Lattaquié, ville portuaire syrienne.
L’analyste américain Sam Heller (International Crisis Group) revient sur les attaques aux drones contre la Russie et affirme que les Russes croient avoir localisé l'origine de ces raids visant la base aérienne à Hmeimim à Lattaquié : ces drones auraient été envoyés, selon eux, depuis les alentours de Jisr al-Choghour. C'est une région qui tout comme Sahl al-Ghab, est stratégique et revêt d’une importance de choix pour l'accès à la Méditerranée. »
Mais ce n'est pas tout : l'armée syrienne a un autre motif pour attaquer Idlib : la reprise de l’autoroute internationale Damas/Alep. Cette reprise permettra à l’armée syrienne de restituer le contrôle des villages du sud-ouest d’Alep jusqu’au sud d’Idlib. Ce sont des régions où sont présents les alliés de la Résistance de l'armée syrienne.
L’analyste américain Charles Lister (Middle East Institute) affirme qu’il était vital pour Damas de dominer l’autoroute internationale Damas/Alep et tous les passages qui relient le Nord au Sud du pays, entre ces deux villes. Pourquoi? Et bien la reprise du transit des marchandises ne peut se faire sans que cette grande autoroute ne soit sécurisée. La réouverture du point de passage de Nassib au sud de la Syrie et sur la frontière avec la Jordanie a permis le rétablissement de l'autoroute M5. Or ce n'était qu'un petit tronçon d'une longue route que Damas a l'intérêt à ressusciter.
Quel est le rôle des protagonistes internationaux ?
Du point de vue de Damas, la reprise d’Idlib est très importante dans la mesure où elle signifierait la défaite totale des terroristes. Idlib et certaines zones des provinces voisines constituent les dernières zones de désescalade, gérées par la Russie, l’Iran et la Turquie, conformément à l’accord d’Astana.
Idlib est, d’ailleurs, le dernier bastion de Hayat Tahrir al-Cham et la seule région, restée toujours sous l’influence de la Turquie.
Mais peut-on gagner sans l'aval de la Turquie?
Or, les analystes en la matière estiment que toute opération militaire à Idlib doit recevoir l’aval d’Ankara dans la mesure où le gouvernement turc devra faire face, en cas de l'offensive syrienne, à un vaste déplacement de terroristes depuis le territoire syrien vers le sol turc. En effet, les terroristes chassés par l’armée syrienne n’auront qu’à s’enfuir vers la Turquie.
« La Turquie acceptera d’abandonner certaines régions qu’elle a occupées aux alentours d’Idlib à condition qu’elle puisse préserver sa domination sur le centre de cette province et la région frontalière dans le nord d’Idlib », a estimé Charles Lister.
Il faut noter, entre temps, que la Russie a demandé à la Turquie d’entreprendre une mesure qui permettrait de mettre fin à la présence de Hayat Tahrir al-Cham à Idlib si elle veut éviter une "grande guerre".
« La demande de la Russie est claire. Ou bien la Turquie trouvera une solution pour le problème des terroristes à Idlib ou bien Bachar al-Assad en finira avec ces terroristes comme bon lui semble. La seule option possible est que les groupes, travaillant pendant des années avec Hayat Tahrir al-Cham, se mobilisent contre ce groupe et mettent un terme, une fois pour toutes, à son influence à Idlib. Autrement dit, sauver Idlib signifie l’anéantissement de Hayat Tahrir al-Cham », estime Nicholas Heras. Vu les règlements de compte et les assassinats inter§terroristes à Idlib, le renseignement turc semble d'ailleurs avoir opter pour cette solution.
L’armée syrienne reprendra, facilement, Idlib
Depuis le jour où l’armée syrienne s’est lancée dans les préparatifs de la bataille à Idlib, les analystes ne cessent de s’interroger sur la réaction d’Ankara . Ankara ouvrirait-il les portes aux terroristes qui seraient chassés par l’armée syrienne ? C’est d’ailleurs, l’un des sujets des récentes discussions des ministres russe et turc des Affaires étrangères. La Russie exige que la Turquie déploie ses militaires de sorte à pouvoir cibler les terroristes qui envisageaient de se replier sur son territoire.
Certains analystes estiment que la Turquie n’aiderait pas les terroristes surtout dans les conditions actuelles où elle est confrontée à une crise économique, en raison des sanctions imposées par les États-Unis à son encontre.
Mais les experts sont unanimes sur un point : l’armée syrienne entrera, facilement, dans la province d’Idlib, subissant le minimum de pertes. Les groupes terroristes à Idlib n’ont d’autre option que de rester dans la zone. Ainsi ils n’auront qu'un seul choix : soit, ils se rendront aux forces militaires syriennes, soit ils mourront.
C’est d’ailleurs le même sort que les terroristes ont connu dans le sud de la Syrie après que la Jordanie et Israël ont fermé leurs frontières et cessé leurs soutiens à l'encontre de leurs agents. La libération d'Iblib sécurisera l'accès à la Méditerranée, le transit économique du nord au sud syrien et inverse. La donne va changée entièrement après la libération d'Idlib. 
 Press.Tv
Hannibal GENSERIC

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