Débat
télévisé avec Charlotte Kates et Kevin Barrett.
Les élections à la Knesset pour le
régime israélien sont terminées.
Première élection de ce type depuis trois ans, reportée pendant que la machine de guerre sioniste poursuivait sa campagne d'extermination contre les civils de la bande de Gaza. Avec la plupart des votes dépouillés, aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue de 61 sièges requise pour gouverner, et le sort du gouvernement repose désormais sur Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot et leurs partis respectifs, le Likoud et Yashar. Charlotte Kates, coordinatrice internationale du Réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens Samidoun , basée à Beyrouth, et Kevin Barrett , rédacteur en chef d' Al-Andalus Tribune , basé à Saïdia, au Maroc, sont nos invités ce soir.
Transcription
Le
duel se joue désormais entre Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot et leurs
partis respectifs, le Likoud et Yashar. L'élection a cependant été entachée de
diffamation, d'accusations de sédition, d'incompétence et de corruption entre
les candidats, et marquée par l'incertitude.
Examinons
de plus près quel candidat et quel parti soutiennent la voie de la paix avec
les Palestiniens, s'engagent à mettre fin au génocide, à l'expansion des
colonies, au nettoyage ethnique et à l'apartheid, à réduire l'occupation et à
privilégier le retrait des troupes, à vivre et laisser vivre, et à soutenir la
solution à deux États. En d'autres termes, quelle est la véritable importance
de cette élection sioniste ? Entrons dans le vif du sujet. Et maintenant,
place à nos invités.
Nous
accueillons Charlotte Kates, coordinatrice internationale du Réseau
de solidarité avec les prisonniers palestiniens Asamidun , basé à
Beyrouth, et le Dr Kevin
Barrett , rédacteur en chef d' Al-Andalus
Tribune , qui nous rejoint depuis Saïdia, au Maroc. Bonjour à tous
les deux et bienvenue. Nous sommes ravis de vous recevoir. Monsieur Barrett,
nous allons commencer par vous. Pourriez-vous nous faire part de vos premières
impressions sur les élections à la Knesset organisées par le régime
d'occupation ? Comment expliquer cette rhétorique agressive entre les
candidats ? Pourquoi les échanges sont-ils devenus si virulents ?
Pourquoi semble-t-on mettre au jour un profond mépris et de profondes
divisions, sans pour autant avoir l'impression que, finalement, rien ne
changera vraiment ?
Kevin Barrett : Eh bien, ce
sont vraiment des gens odieux. Le leadership psychopathe, si fréquent,
notamment aux États-Unis ces derniers temps, a toujours atteint des niveaux
alarmants en Palestine occupée. Pour une raison ou une autre, les dirigeants
sionistes ont toujours été des gangsters. Vous pouvez relire le livre de Thomas
Suarez, « État de terreur » ,
qui explique comment la terreur sioniste a créé l'État d'Israël. Ces individus
étaient des voyous, des criminels, des mafieux qui n'hésitaient pas à massacrer
non seulement les Britanniques et les Arabes, mais aussi leurs propres
compatriotes. Ainsi, les descendants de ces bandes terroristes criminelles sont
devenus les dirigeants de l'entité sioniste. Et c'est la situation actuelle.
Nous
avons deux partis qui se prétendent sionistes. Autrement dit, ce sont deux
partis génocidaires. D'un côté, nous avons Netanyahu, qui a supervisé le
génocide de Gaza, un acte d'une folie et d'une brutalité insensées, et d'une
violence inouïe. Ce n'est que le dernier crime en date qu'il a commis.
Et
puis Eisenkot est celui qui nous a légué la doctrine Dahia, la doctrine du
génocide fondée sur la « riposte disproportionnée ». Autrement dit, la moindre
attaque, même une attaque sous faux drapeau, devient un prétexte pour commettre
un génocide et exterminer Amalek, conformément à ce que leur Bible leur ordonne
: Tuez tous les hommes, femmes, enfants et animaux, même les animaux de
compagnie, même les animaux domestiques.
Voilà
donc une société profondément malade. Et l'immense majorité des Juifs
israéliens ont voté pour l'un ou l'autre de ces partis pro-génocide. Au moins
95 % des Juifs israéliens ont voté pour le génocide.
Nombre
d'Arabes ne l'ont pas fait, mais ils sont pris au piège de ce projet de
génocide. La réponse à la question que vous posiez précédemment, « cette
élection en Palestine occupée a-t-elle une réelle importance ? »,
est : « Pas dans le sens où elle pourrait changer la nature maléfique
des dirigeants de Tel-Aviv. »
Mais
ce qui pourrait arriver, c'est que, face à cette situation où les deux camps
s'invectivent, s'insultent et se disputent le pouvoir, et où aucun des deux ne
refuse de former une majorité en intégrant les partis arabes, on aboutisse à
une impasse. Et cette impasse pourrait ouvrir la voie à une guerre civile, ou à
d'autres formes de désintégration et d'implosion continues de cette entité
sioniste génocidaire et maléfique. Alors, de ce point de vue, ce n'est
peut-être pas le pire des scénarios. Mais quoi qu'ils fassent, quel que soit le
parti au pouvoir, ils sont sur la voie de leur chute et entraîneront toute la
région dans leur chute.
C'est
une situation vraiment très triste, et il est révoltant de voir comment les
médias occidentaux la traitent comme s'il s'agissait d'une élection importante
dans une société démocratique normale.
Press TV : Merci, Dr
Barrett. Et Charlotte Kates, bienvenue dans la discussion. Merci de votre
patience. Charlotte, nous avons évoqué plus tôt le profond mépris exprimé à
l'égard de Netanyahu. J'aimerais maintenant vous lire quelques propos
d'Eisenkot à son sujet. Il l'a qualifié de menteur pathologique, à plusieurs
reprises, en hébreu et en anglais.
Il
l'a tenu responsable de la « faillance sécuritaire » du 7 octobre. Il
a déclaré que Netanyahu dirigeait avec aveuglement, arrogance et
irresponsabilité, et qu'il aurait dû démissionner depuis longtemps. Il prolonge
les guerres pour assurer sa survie politique. Il affirme qu'il ne fera jamais
partie d'une coalition sous les ordres de Netanyahu.
Netanyahu
qualifie Eisenkot de traître à Israël, affirmant qu'il s'est opposé aux
opérations militaires majeures à Gaza, notamment dans le sud de la bande, à la
prise de contrôle du corridor de Philadelphie au centre de Gaza et à
l'intensification des opérations contre le Hezbollah. Il soutient que sa
politique aurait renforcé le Hamas et le Hezbollah. À un moment donné,
Netanyahu a même déclaré : « C'est moi et Trump contre Eisenkot et
Abbas. »
Maintenant,
ma question : il y a beaucoup d'accusations mutuelles. Devinez de quoi
aucun des deux ne parle ? De politique. Car Eisenkot n'a jamais vraiment
condamné le génocide à Gaza, l'utilisation de la nourriture, du carburant et
des abris comme armes contre les Palestiniens, n'est-ce pas ? Il s'est
contenté de critiquer quelques opérations militaires, sans dénoncer la barbarie
générale qui s'est déroulée à Gaza.
Charlotte Kates : Eisenkot affirme que la campagne militaire menée par
le gouvernement Netanyahu n'a pas permis d'éliminer efficacement la résistance
palestinienne. Gadi Eisenkot est le fondateur de ce qu'on appelle la doctrine
Dahia : la doctrine militaire sioniste officielle qui consiste à détruire et à
cibler les infrastructures, les installations et les populations civiles afin
de saper la volonté de résistance des populations occupées face à la
colonisation et à l'oppression.
Gadi
Eisenkot était le commandant des attaques de l'armée sioniste contre la Grande
Marche du Retour en Palestine, ainsi que des tirs de snipers, des meurtres et
des mutilations qui ont coûté la vie à toute une génération de jeunes
Palestiniens à Gaza. Gadi Eisenkot et Benjamin Netanyahou sont des criminels de
guerre. Leurs divergences portent simplement sur la manière la plus efficace de
perpétrer le génocide des Palestiniens. Eisenkot estime en effet que les
tactiques de Netanyahou, et notamment la mise en scène et les déclarations
fracassantes qui accompagnent la politique de génocide, pratiquées par des individus
comme Itzmar Ben-Gvir et Bezalal Smotrich, sont en réalité gênantes et nuisent
à la réputation internationale du projet sioniste. Gadi Eisenkot cherche à
projeter une image professionnelle, tandis que Ben-Gvir souhaite se présenter
comme un groupe de brutes paramilitaires.
La
politique reste la même. Seuls les mécanismes de sa mise en œuvre diffèrent
légèrement. Mais l'idéologie sous-jacente, le projet sioniste fondamental,
raciste et génocidaire par nature, voué à l'expansion, à la colonisation, à l'élimination
par tous les moyens du plus grand nombre possible de Palestiniens et à
l'expansion constante de l'entité sioniste, font l'unanimité.
Eisenkot
fonde sa campagne sur l'échec de Netanyahu à éliminer le Hamas et promet d'y
parvenir dans les 18 mois. Il se dit insatisfait du génocide perpétré à Gaza et
souhaiterait l'intensifier.
En
réalité, il ne s'agit pas d'un désaccord, mais plutôt d'un débat sur la gestion
interne de la colonie, et d'une crise croissante liée à cette gestion. Par
exemple, qui doit assumer la responsabilité de participer aux guerres et au
génocide ? Qui doit supporter le fardeau d'être tué par la résistance lors
des attaques, invasions et génocides perpétrés contre les populations de
Palestine, du Liban, d'Iran et d'ailleurs dans la région ?
Je
veux dire, Eisenkot, plusieurs de ses propres enfants ont été tués par la
résistance alors qu'elle agissait comme force d'invasion et d'occupation à
Gaza. Ainsi, la question, par exemple, du recrutement des ultra-orthodoxes dans
l'armée est devenue un conflit interne majeur au sein de l'entité sioniste,
concernant sa propre identité et la répartition des responsabilités au sein de
l'État et de la société. Or, le fait est que la perpétration du génocide,
l'exclusion des Palestiniens, la destruction de leurs conditions de vie sont
tout simplement considérées comme allant de soi par tous les principaux acteurs
du système sioniste.
Press TV : Et c’est
fou, Dr Barrett, qu’on ne parle pas de qui va aider à instaurer la paix et à
mettre fin au génocide à Gaza, mais qu’on parle des différents types de
génocide, vraiment des nuances de gris, des différentes formes de génocide, de
l’approche de chacun et pourquoi ?
Kevin Barrett : L'autre invité
a tout à fait raison. Il s'agit en réalité d'un débat entre deux ailes du parti
pro-génocide, qui est le seul parti sioniste digne de ce nom. Aucun des deux ne
cherche à ralentir le génocide ni à l'atténuer. Ils veulent simplement le
perpétrer avec plus d'efficacité. Netanyahu y parvient en faisant des démonstrations
de force, en intégrant des ministres extrémistes et en se livrant à une cruauté
théâtrale, un peu à la manière de Trump. De son côté, Eisenkot tente de masquer
la réalité derrière une attitude plus professionnelle. Je pense que la
communauté sioniste internationale penche désormais pour un remplacement de
Netanyahu et préfère Eisenkot. Car leur image publique est fortement compromise
à l'échelle mondiale, à mesure que le monde prend conscience de la réalité de
ce qui se passe en Palestine occupée et du fait que ces individus sont de
véritables monstres génocidaires.
En
fait, c'est toute la société qui est touchée. Il y a bien quelques Israéliens
respectables, mais ils ne représentent qu'une infime minorité. Tous les
sondages indiquent qu'ils ne doivent pas représenter plus de 5 % des Juifs
israéliens. Le reste, ce sont des psychopathes, des génocidaires, des fous
furieux. Et voilà à quoi ressemble leur élection : un véritable cirque.
Ces cinglés enragés, à la tête des deux camps, de ces différents spectacles de
monstres, rivalisent d'insultes et se déchirent pour s'imposer comme le chef le
plus efficace du génocide. Voilà donc à quoi nous avons affaire.
Et
une fois de plus, le monde se réveille. Les jeunes, en particulier, prennent
conscience de la situation partout dans le monde, et ici même aux États-Unis.
D'ailleurs, je suis actuellement au Maroc, mais là où j'habitais auparavant aux
États-Unis, les jeunes commencent vraiment à se rendre compte de ce qui se
passe. Cela devient un problème majeur.
C'est
pourquoi je crois que la communauté sioniste mondiale aurait préféré une
victoire d'Eisenkot. À présent, elle est dans une impasse. Ce qui signifie
peut-être de nouvelles élections en mars. En attendant, des mois de chaos.
Durant ces mois, nous ne serions pas surpris de voir l'entité sioniste utiliser
son influence, acquise grâce à Epstein, sur Trump pour entraîner les Américains
dans une nouvelle série de crimes de guerre en Iran, et se faire ensuite
infliger une défaite militaire cuisante par les Iraniens. Bref, rien de nouveau
sous le soleil. Et quiconque pense que ces élections allaient réellement
arranger ou résoudre quoi que ce soit, ou changer quoi que ce soit, se trompe
lourdement.
Press TV : Merci.
Charlotte, quels changements pourraient survenir en Cisjordanie occupée avec le
parti Yashar ou un nouveau Premier ministre ? On sait qu’Eisenkot a
critiqué Netanyahu pour avoir donné du pouvoir à des ministres d’extrême
droite. Cela a provoqué une forte escalade et des provocations en Cisjordanie occupée.
On sait qu’il les a même critiqués pour les attaques de colons.
Mais
une fois qu'il sera au pouvoir avec son parti, qu'est-ce qui changera ? En ce
qui concerne l'expansion des colonies, les raids quotidiens contre les
communautés, les détentions, les démolitions et destructions de maisons et de
fermes, et la violence record des colons qu'il a dénoncée, est-ce que quelque
chose changera avec Eisenkot en Cisjordanie occupée ?
Charlotte Kates : Eh bien, une fois de plus, nous parlons de cette image
de professionnalisme, celle de l'armée sioniste professionnelle face à ces
colons brutaux promus par Ben-Gvir, Smotrich, etc. Si l'on considère les
colons, non seulement comme des personnes qui volent les terres et les
ressources des Palestiniens, mais aussi comme une sorte de bande paramilitaire…
Les bandes paramilitaires sont censées être disciplinées dans leurs attaques
contre la population. Or, les colons ne le sont pas. Ils ont constamment besoin
de l'armée pour les sortir de situations qu'ils ont eux-mêmes créées. Et, bien
sûr, ce sont les Palestiniens qui en paient le prix : ils sont arrêtés,
abattus, tués par les colons et les soldats sionistes, car les colons
adoptaient un comportement délibérément provocateur. C'est donc tout le
contraire d'une gestion professionnelle de l'occupation. Par ailleurs, Eisenkot
est très préoccupé par l'isolement international de l'entité sioniste. Et les
colons sont le visage hideux et visible du sionisme. Leurs propos sont
ouvertement racistes. Ils déclarent très ouvertement qu'ils vont s'approprier
des terres. Il y a cette citation célèbre : « Si je ne les vole pas,
quelqu'un d'autre les volera. »
Les
conditions de détention dans les prisons sionistes sont épouvantables depuis
des décennies. La torture y est institutionnalisée depuis l'instauration du
régime sioniste. Pourtant, Ben-Gavir a fait de la torture des prisonniers
palestiniens dans ces prisons un élément central de sa campagne électorale et
s'est rendu dans les prisons pour inciter les électeurs à voter pour lui.
C’est
donc cette forme de brutalité flagrante et ostentatoire qui détonne avec
l’image de la machine de guerre génocidaire, technologiquement avancée et
pilotée par l’IA, qu’Eisenkot souhaite faire fonctionner sans accroc. Smotrich,
Ben Givir et Netanyahu représentent les paramilitaires des colons, tandis
qu’Eisenkot est issu du milieu militaire. Il incarne l’appareil de guerre de
l’entité sioniste. À bien des égards, Netanyahu et sa coalition représentent
donc un danger immédiat plus grand, car ils perpètrent des actes de violence
génocidaire sous toutes leurs formes à Gaza, en Cisjordanie et dans toute la
Palestine occupée, et ce, le plus rapidement possible. Ils sont extrêmement
dangereux, non seulement pour la Palestine, mais aussi pour tous les peuples de
la région : en Syrie, au Liban, en Iran et au Yémen. Cependant, Eisenkot
peut également se révéler plus dangereux à long terme, car il propose, à bien
des égards, une approche plus stratégique pour atteindre les mêmes objectifs.
Press TV : C’est
incroyable ! Vous savez à quoi cela me fait penser, Dr Barrett, quand
Charlotte disait ça ? Aux Républicains et aux Démocrates sur
l’immigration : les Démocrates critiquent vivement les Républicains pour
avoir diabolisé les immigrés et mené une politique d’expulsion massive. Ils
arrivent au pouvoir. Que font-ils ? Ils multiplient les expulsions.
Simplement, ils le font plus discrètement et à l’abri des regards que les
Républicains. Mais je voudrais vous interroger sur… prenons un peu de recul,
quelques kilomètres en dehors des territoires occupés. Isenkot, s’il accède au
pouvoir… verrons-nous des changements au Liban, en Syrie, en Iran ?
Kevin Barrett : Eh bien,
je ne pense pas qu’il accède au pouvoir, car il devrait intégrer les partis
arabes à son gouvernement. Or, étant un sioniste farouchement génocidaire, et
compte tenu de la tradition selon laquelle ces partis sionistes génocidaires ne
forment jamais de coalition avec les partis arabes pour gouverner, je doute que
cela se produise. Si c’était le cas, ce serait intéressant.
Cependant,
je pense que l'autre invité a tout à fait raison : Eisenkot est probablement
plus dangereux pour l'entité sioniste, car elle peut ainsi redorer son image et
obtenir des gains stratégiques durables. Elle y parviendra d'autant mieux si
elle fait de Netanyahu le bouc émissaire des exactions commises lors du
génocide de Gaza, tout en continuant à le perpétrer avec une efficacité accrue,
comme le préconise Eisenkot.
Nous
constatons actuellement que la région prend conscience qu'Israël est le
problème. Nous voyons les Saoudiens perdre du terrain face au Yémen et se
précipiter en Iran pour négocier avec les Pakistanais et les Turcs afin de
mettre en place une architecture de sécurité régionale qui reconnaisse, en fin
de compte, que la véritable menace pour la région est l'entité sioniste et son
expansionnisme. Le « Grand Israël » inclut des parties de l'Arabie saoudite !
La
région change, le monde change, et Netanyahu, en se comportant comme un clown
ouvertement maléfique que le monde entier déteste, en est en quelque sorte
l'artisan. Il a discrédité le projet sioniste, et désormais, même ces
dirigeants occidentaux complaisants des émirats arabes du Golfe ne peuvent plus
feindre la « normalisation ».
Mais
si Eisenkot prend le pouvoir, peut-être que ce sera possible. Qui sait ? C'est
pourquoi, encore une fois, cette élection ne changera rien, si ce n'est le
style. Mais ce changement de style pourrait bien faire la différence. Il se
pourrait que, tandis que ces deux personnages s'affrontent au cours des
prochains mois, je prévois qu'il faudra organiser une nouvelle élection en
mars, ce qui ternira davantage l'image de l'entité sioniste et sa cohésion
interne. Le mieux que nous puissions espérer serait une guerre civile qui
éclate au sein de l'entité sioniste, la fasse s'effondrer et libère la
Palestine.
Press TV : Merci. Et
Charlotte, parmi ces électeurs, ceux qui se sont déplacés pour voter… combien
d’entre eux, selon vous, souhaitent réellement une coalition gouvernementale
équitable, juste et respectueuse du droit international à Tel-Aviv ?
Combien estiment que la désescalade des tensions avec les Palestiniens et les
autres pays de la région compte vraiment pour eux ? Car cela ne
transparaît pas dans les résultats, n’est-ce pas ?
Charlotte Kates : Lorsqu'on examine l'éventail des options proposées, on
constate à maintes reprises que l'entité sioniste est une société coloniale
artificielle, construite sur le fondement d'une idéologie raciste : le
sionisme. Elle a été implantée de force dans la région, sur des terres
palestiniennes volées. Elle ne fonctionne donc pas comme une société, un État
ou une entité normale. Elle fonctionne comme une garnison financée et armée par
les puissances impérialistes occidentales, initialement la Grande-Bretagne et
actuellement principalement les États-Unis, mais aussi toutes les autres
puissances impérialistes occidentales.
Ainsi,
son fonctionnement ne correspond pas à l'idée que l'on se fait d'une société
débattant de la voie à suivre pour son développement économique ou son
évolution sociale. Au contraire, sa mission est constamment axée sur
l'expansion de son contrôle militaire et technologique sur le plus grand
territoire possible, et sur l'exclusion du plus grand nombre d'Arabes et de
Palestiniens de leurs terres. De ce fait, les élections, en tant qu'entité
sioniste, ne sont pour l'essentiel qu'une succession de crises internes,
révélant les contradictions inhérentes à ce projet et leurs conséquences. Elles
ne modifient cependant pas la nature même du projet.
Bien
sûr, il y a aussi les partis palestiniens, dits partis arabes, avec lesquels
tous les partis sionistes refusent catégoriquement de collaborer. Mais cela
montre aussi que, malgré leurs scores électoraux élevés, ces partis n'ont en
réalité aucun pouvoir ni autorité réels. Leur influence se limite à désigner le
sioniste qui contrôlera la population palestinienne.
Press TV : Merci,
Charlotte. Docteur Barrett, il ne nous reste que 50 secondes. J’aimerais
vraiment avoir votre avis sur cette question précise. Qu’avons-nous appris, le
cas échéant, du vote des électeurs israéliens lors de cette élection ?
Kevin Barrett : Eh bien, ils
votent encore pour le génocide. Et comme tous les sondages l'ont montré, ils
soutiennent le génocide de Gaza, y compris le meurtre délibéré de dizaines de
milliers de femmes et d'enfants innocents, le ciblage délibéré de
non-combattants sur la base d'algorithmes d'IA bidon, en disant qu'il y a
probablement un membre du Hamas quelque part dans le quartier, alors faisons
sauter tout le quartier : ils votent tous pour ça. Ils votent pour le premier
génocide diffusé en direct au monde. Pratiquement tous. Peut-être 95 % des
Juifs israéliens votent pour le génocide. Nous devons faire face à cela. Nous
devons faire face au fait que ce n'est pas un pays normal. C'est, comme l'a dit
Charlotte, une entité coloniale de peuplement génocidaire qui a été
artificiellement imposée à la région comme un projet de vol, de déplacement et
de massacre, et encore une fois, en fin de compte, de génocide, ce que nous
avons constaté à Gaza. C'est donc un spectacle désolant de voir 95 % de cette
population voter pour cette forme extrême de génocide cruel et sadique.
Mais
c'est ce qu'ils viennent de faire.
Press TV : Je tiens
à vous remercier tous les deux et à vous souhaiter une bonne santé. Merci
d'avoir été avec nous pour cette émission. Charlotte Kates nous rejoint depuis
Beyrouth et le Dr Kevin Barrett depuis Sadia, au Maroc. Ceci conclut votre
émission Press TV Spotlight. Merci de nous avoir suivis et à bientôt.
29/10/2026
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