Entretien avec Mohsen Rezaei, Secrétaire du Conseil
suprême de sécurité nationale iranien, dans l’émission Unscripted, le 15
octobre 2026.
Les
États-Unis possèdent des actifs extrêmement coûteux aux Émirats arabes unis et
autour du détroit d’Ormuz. Nous n’avons pas encore inclus ces actifs parmi nos
cibles. Mais si la guerre éclate, bon nombre de ces câbles [sous-marins],
centres de données, installations d’intelligence artificielle et de nombreux
autres sites seront détruits. Leur valeur en dollars est presque incalculable:
ils valent plus de 2 000 milliards de dollars. Comme ces équipements consomment
d’énormes quantités d’énergie, les Américains les ont déplacés des États-Unis
et d’Europe vers notre région. […]
Le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Trump en est réduit
à faire de la contrebande. Au cours des deux ou trois derniers mois, nous avons
frappé en moyenne cinq de ces navires de contrebande chaque nuit. Ce sont
précisément les opérations supervisées par le commandant du Commandement central
des États-Unis. Il utilise aussi du personnel des forces armées des Émirats
arabes unis et le déploie à l’appui de ces opérations. Ils préparent cinq ou
six petits bateaux à la fois, puis transfèrent leur cargaison sur de plus gros
navires. En conséquence, les capitaines, les navigateurs et les autres membres
du personnel qui exploitent ces navires, qui gagnaient autrefois 10.000 à 15.000 dollars, en réclament maintenant 100.000, voire davantage. Les opérations
de contrebande ont lieu le long de la côte sud dans des conditions extrêmement
coûteuses et dangereuses.”
Note : les questions sont en
anglais, et les réponses en persan. Nous traduisons depuis le doublage en
anglais de Press TV.
Note n° 2 : le message ci-dessous
a été adressé à Macron par le porte-parole du Ministère des affaires étrangères
iranien, Esmail Baghaei, publié le 18 octobre sur X, et traduit par la chaine Actualités palestiniennes que nous recommandons de suivre
pour des informations heure après heure (le photomontage est réalisé par nos
soins) :
Présentateur : Bonjour et bienvenue dans
Unscripted. Je suis Kaveh Taghvai. Dans cette édition de l’émission, une
édition spéciale, je dois le dire, nous avons le plaisir d’accueillir le Dr
Mohsen Rezai. Le général de division Mohsen Rezai est secrétaire du Conseil suprême
de sécurité nationale de l’Iran. Il a également été commandant en chef du Corps
des gardiens de la révolution islamique, et, parmi ses autres titres, qui sont
fort nombreux, il est aussi membre du Conseil de discernement de l’opportunité,
secrétaire du Conseil suprême de coordination économique, et également
secrétaire du Comité économique du gouvernement. Il est notre invité dans cette
émission spéciale d’Unscripted. Dr Mohsen Rezai, bienvenue dans l’émission.
Mohsen Rezaei : Merci, je vous suis reconnaissant pour cette
invitation.
Les prochaines
cibles de l’Iran
Présentateur
: Ma première
question, étant donné votre parcours militaire, porte sur le fait qu’une
concentration de troupes est en cours dans le détroit d’Ormuz et, en
particulier, dans la zone du golfe Persique. Les États-Unis affirment, d’après
divers rapports, qu’ils pourraient passer à l’acte et attaquer la République
islamique. Cependant, les chiffres ne concordent pas avec ce qu’on a analysé
comme nécessaire, par exemple, pour une opération terrestre. Donnez-nous votre
vue d’ensemble de ce que vous pensez du fait que les États-Unis rassemblent
leur arsenal militaire, avec un possible déploiement de troupes dans la région,
en vue d’une éventuelle attaque contre l’Iran.
Mohsen Rezaei : Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très
Miséricordieux.
L’attaque
américaine contre l’Iran a été l’une des guerres les plus insensées de
l’histoire humaine. Ce fut une guerre injuste et extrêmement cruelle, menée de
manière inhumaine contre l’Iran. L’administration de Donald Trump a aveuglément
remis les rênes à Netanyahou, ainsi qu’au secrétaire à la Guerre inculte de
Netanyahou, M. Pete Hegseth, et à son secrétaire d’État, qui a confondu le
département d’État avec le FBI. Ils sont entrés en guerre contre l’Iran sans
procéder à une évaluation sérieuse ni à des calculs précis. Ils pensaient
pouvoir mettre fin à la guerre en peu de temps, ce qui aurait permis à Donald
Trump d’être célébré comme l’un des grands héros de l’histoire américaine et de
voir son nom inscrit dans les livres d’histoire. À présent, à cause de cette
même folie, ils ne trouvent aucune issue à cette guerre. Il leur faut des gens
sensés en Amérique pour intervenir, les prendre par la main et les en faire
sortir. Faute de quoi, leur propre imprudence les empêchera de trouver une
bonne manière de mettre fin à cette guerre.
Dès
le début, cependant, nous avions fait nos propres calculs pour cette guerre et
adopté la bonne approche pour la gérer. Nous avons réfléchi à tout et ajusté
notre posture militaire en fonction de l’évolution de la guerre. Par exemple,
durant la guerre de 12 jours, nous n’avons révélé qu’une très petite part de
nos capacités. En conséquence, nous n’avons pas déployé bon nombre de nos
moyens durant ces 12 premiers jours. Nous avons cherché à démontrer et à
utiliser davantage de nos capacités à mesure que les États-Unis intensifiaient
cette guerre. La guerre de 40 jours a été différente. Nous avons engagé sur le
terrain bien plus de moyens et nous les avons mis en œuvre. Aujourd’hui, nous
sommes pleinement prêts à introduire de nouvelles capacités si la guerre
reprend.
En
réalité, le pouls de l’économie américaine dans cette région passe par notre
partie du monde. Les États-Unis possèdent des actifs extrêmement coûteux aux Émirats
arabes unis et autour du détroit d’Ormuz. Nous n’avons pas encore inclus ces
actifs parmi nos cibles. Mais si la guerre éclate, bon nombre de ces câbles
[sous-marins], centres de données, installations d’intelligence artificielle et
de nombreux autres sites seront détruits. Leur valeur en dollars est presque
incalculable. Ces câbles, centres de données et installations d’IA valent plus
de 2 000 milliards de dollars. Comme ces équipements consomment d’énormes
quantités d’énergie, les Américains les ont déplacés des États-Unis et d’Europe
vers notre région.
Dès
le départ, nous n’avons donc pas agi de manière à révéler toutes nos capacités
la première semaine. Si nous l’avions fait, il ne nous serait pas resté
grand-chose à utiliser ensuite. Aujourd’hui, par conséquent, si une nouvelle
confrontation a lieu, nous affronterons assurément l’ennemi avec un plan
beaucoup plus large et étendu.
En
revanche, l’ennemi a subi une défaite majeure durant la guerre de 12 jours.
Puis il a subi une autre défaite majeure durant la guerre de 40 jours. Après
cela, il s’est tourné vers un blocus naval, mais n’a pas atteint ses objectifs.
Plus récemment, il a lancé une opération d’exclusion économique. Autrement dit,
un blocus économique. Presque chacune de ses nouvelles initiatives s’est soldée
par un échec. Nous, en revanche, sommes restés fermement en place, fidèles à
nos plans. Grâce à des calculs rigoureux, nous avons neutralisé les attaques de
l’ennemi. Aujourd’hui encore, nous sommes très bien préparés et prêts à nous
défendre.
Une défaite humiliante des États-Unis en Irak
Présentateur : Eh bien, quand vous parlez de défaite, c’est exactement ce que les États-Unis ont subi, étant donné qu’ils viennent de quitter l’Irak après tant d’années, pratiquement des décennies. Le départ des forces américaines d’Irak, c’est ce qu’ils avaient annoncé. Expliquez-nous comment ils ont été vaincus et pourquoi cela est perçu ainsi.
Mohsen Rezaei : Oui, un développement très important s’est produit en
Irak. Les Américains ont envahi l’Irak avec plus de 150 000 soldats. Dans leur
propre estimation, ils avaient occupé l’Irak comme un trésor d’or, un diamant
inestimable. Mais la fière nation irakienne, sa direction religieuse et sa
jeunesse patriote et courageuse sont entrées en scène. Sur les fronts
politique, de la défense et militaire, elles ont réussi à contraindre les Américains
à reculer pas à pas.
Les
Américains ont alors tenté d’entrer à Bagdad par l’intermédiaire de l’État
islamique. Notre cher frère, le martyr Qassem Soleimani, et Abu Mahdi
al-Muhandis ont travaillé ensemble pour empêcher l’État islamique d’entrer à
Bagdad. Lorsque les Américains ont vu que l’État islamique avait été vaincu,
ils ont commencé à attaquer eux-mêmes le groupe pour donner l’impression qu’ils
n’avaient jamais travaillé avec lui. En fait, durant sa campagne électorale,
Donald Trump lui-même a dit à Hillary Clinton : « Vous avez créé l’État
islamique. » Le front de la résistance a été formé et les Forces de
mobilisation populaire ont été établies. Elles ont repoussé l’État islamique.
Les
Américains avaient aussi déployé un grand nombre de soldats en Irak et y ont
maintenu leur présence jusqu’à récemment. Durant la guerre de 40 jours, alors
que la période de leur présence continue en Irak était en fait arrivée à son
terme, les fronts de la résistance ont commencé à lancer des opérations contre
les forces américaines, parce qu’ils s’opposaient à leur présence dans le pays.
Selon le Pentagone, 600 attaques ont été menées contre elles. Cependant, nos
rapports indiquent que le front de la résistance a lancé plus de 1 500
projectiles contre les forces américaines. Les forces américaines ont d’abord
quitté Bagdad pour Erbil. Des attaques y ont été lancées contre elles, et elles
ont finalement été contraintes de se retirer aussi d’Erbil. Après l’expulsion
des forces américaines d’Afghanistan, ce fut une victoire très significative.
Cela a montré que l’ère où les États-Unis envahissaient des pays, y
établissaient une présence militaire et prenaient le contrôle de leurs affaires
politiques est révolue.
L’expulsion
des forces américaines d’Irak est d’autant plus significative dans le contexte
de notre confrontation actuelle avec les États-Unis, qui est arrivée dans une
impasse. Pourquoi est-elle si importante ? Parce que cette expulsion s’est
produite précisément parce que les Américains n’ont pas atteint leurs objectifs
en Iran. S’ils avaient réussi en Iran, ils auraient envoyé encore 40.000 à 50.000 soldats à
Bagdad, dissous l’ensemble du gouvernement et du parlement irakiens et établi
une dictature ressemblant au régime de Saddam Hussein, en s’appuyant sur des baasistes
et sur des éléments de l’État islamique soutenus par les Américains. La
situation se serait déroulée très différemment. Mais comme l’attaque américaine
contre l’Iran a échoué, et que le front de la résistance s’est dressé face aux
Américains à l’intérieur de l’Irak, ils n’ont eu d’autre choix que de quitter
le pays. Nous félicitons le peuple irakien, la direction religieuse et les
forces de la résistance pour cette victoire. Bien sûr, les revenus du peuple
irakien sont toujours à la disposition des Américains, et l’espace aérien
irakien est toujours à la disposition des Américains. Ce sont eux qui ont coupé
ces vols entre l’Iran et l’Irak. Cela montre que, bien que les Américains aient
retiré leurs forces terrestres d’Irak, l’économie irakienne et l’ingérence
américaine en Irak continuent de fonctionner sous influence américaine.
L’Iran mettra les États-Unis à genoux
Présentateur : Passons au secrétaire d’État, Marco Rubio. Marco Rubio, qui se trouvait en Grèce, a tenu des propos offensants au sujet de l’histoire de l’Iran. Vous avez réagi à cela, en disant que Rubio essayait de façonner un récit de guerre de civilisations. Vous avez dit qu’il vaudrait mieux lire un autre épisode important de l’histoire : celui où l’empereur romain s’est agenouillé devant le roi sassanide Chapour Ier. Croyez-vous que les États-Unis vont réellement subir le sort qui fut alors réservé à celui-ci ?
Mohsen Rezaei : Nous avons affaire à un groupe de gens ignorants et
insensés aux États-Unis. Ils n’ont pas étudié l’histoire et ne connaissent pas
le peuple iranien. En conséquence, nous en sommes arrivés à cette situation
extraordinaire. J’ai un message pour M. Rubio. Des gens bien plus grands que
vous ont, à maintes reprises, rêvé de venir en Iran et d’occuper ce pays. Pendant
des milliers d’années, diverses puissances ont rêvé d’entrer en Iran, d’en
prendre le contrôle et d’anéantir la nation iranienne. Mais le peuple iranien
les a tous vaincus. Leurs noms sont aujourd’hui absents de l’histoire, tandis
que la nation iranienne demeure dans les livres d’histoire. Permettez-moi de le
dire clairement : plus vous poursuivez ces efforts, plus vous vous enfoncerez
dans ce bourbier. Vous n’obtiendrez rien d’autre.
Vous
faites référence à l’histoire. Et notre histoire a des récits très instructifs
à vous offrir. Une fois encore, vous serez contraints de vous agenouiller
devant le peuple iranien, et vous finirez par rendre la nation iranienne encore
plus grande. Qu’est-ce que vous cherchiez exactement à obtenir en Iran ?
Qu’avez-vous accompli ? Au début de la Révolution, notre Imam a ordonné la
formation d’une armée de 20 millions d’hommes. Mais aujourd’hui, en attaquant
l’Iran, vous avez poussé 30 millions de personnes à s’inscrire comme
volontaires janfada, prêts à
sacrifier leur vie pour le pays, qui sont prêts à prendre les armes et à se
dresser contre vous. C’est le résultat de vos propres actes. Vous ne connaissez
pas le peuple iranien. Le peuple iranien ne se rend pas. Ce sont eux qui
forcent les autres à se rendre devant eux. Mais ils ne se rendront jamais à
vous. Et tant qu’ils n’auront pas obtenu leurs droits de votre part, ils ne
reculeront jamais.
Une guerre économique vouée à l’échec
Présentateur : Si toute l’idée de reddition est ce que les États-Unis semblent toujours attendre de l’Iran, du président américain Donald Trump jusqu’au secrétaire au Trésor, M. Scott Bessent, vous lui avez également répondu, lui qui veut que l’économie de l’Iran soit décimée. Vous avez dit que vous aviez échoué dans la guerre militaire et que vous échouerez aussi dans la guerre économique, et vous avez qualifié certaines de ses déclarations de prédictions fantaisistes. Nous savons que vous avez aussi une formation économique. Dites-nous ce que vous aimeriez dire au secrétaire au Trésor, Scott Bessent.
Mohsen Rezaei : M. Bessent est devenu connu aux États-Unis comme un
ministre menteur, parce que, depuis plus d’un an, il a fait à plusieurs
reprises des déclarations et des promesses qu’il n’a pas tenues. Par exemple,
en février 2025, il a d’abord annoncé qu’il allait débloquer le marché
immobilier américain. Au lieu de cela, la situation s’est aggravée et le marché
s’est encore plus figé. Puis il a dit qu’il ramènerait l’inflation à la baisse.
Au lieu de cela, l’inflation a augmenté. Il a aussi dit qu’il baisserait les
taux d’intérêt sur les bons du Trésor américain. Au lieu de cela, le taux est
passé de 1 % à 5 %, alors même que l’économie américaine relève de sa
responsabilité. Après tout, il est le secrétaire au Trésor et supervise la
politique financière.
Les
États-Unis font maintenant face à un déficit budgétaire qui met le gouvernement
en difficulté pour payer les salaires des fonctionnaires fédéraux et des
soldats américains. En conséquence, il continue d’émettre et de vendre des bons
du Trésor pour lever de l’argent sur le marché afin de payer les agents de
l’État. Et voilà maintenant l’homme qui veut s’en prendre au peuple iranien et
mener une guerre contre ses moyens de subsistance. Je suis convaincu qu’il
subira une défaite écrasante : de même que les Américains ont été vaincus dans
la guerre militaire, nous les vaincrons aussi dans la guerre économique. Nous
avons déjà préparé nos plans et, si Dieu le veut, nous annoncerons bientôt une
série de mesures de défense économique. Nous discutons actuellement de la
possibilité de créer un conseil de guerre économique. Très probablement, un tel
conseil sera formé, et nous montrerons à Donald Trump et à M. Bessent ce qu’est
véritablement la guerre économique et où ils en sont dans cette bataille.
Le 7 octobre et la nature génocidaire d’Israël
Présentateur : La conversation ne peut pas se passer de la question de la Palestine. Nous savons que le 7 octobre vient d’être commémoré, les trois ans de l’opération Déluge d’Al-Aqsa, qui fut un événement historique et monumental, probablement dans l’histoire, en particulier par l’impact qu’il a eu en Asie occidentale. Dites-nous quelles leçons nous pouvons en tirer et comment il a véritablement révélé la nature génocidaire du régime israélien.
Mohsen Rezaei : Concernant le 7 octobre, les combattants du Hamas ont
mené cette opération pour libérer leurs prisonniers. Un mois plus tôt, le Hamas
avait envoyé des messages à Netanyahou et au gouvernement israélien, les
avertissant de libérer leurs prisonniers sous peine de faire face à une
opération contre eux. Ces messages ont depuis été rendus publics. Une affaire a
aussi été ouverte contre Netanyahou, l’accusant de négligence en lien avec
l’incident. En définitive, l’opération a été menée pour libérer des milliers de
prisonniers palestiniens opprimés. En réponse, le régime israélien a déchaîné
une violence extrême, tuant des enfants et commettant des actes de racisme et
de génocide.
Les
événements du 7 octobre, la situation actuelle à Gaza et les massacres
perpétrés en Palestine sont devenus à ce point indéfendables que même les Juifs
du monde entier ont du mal à les défendre. Les actes de Netanyahou ont pu créer
de graves problèmes pour les communautés juives du monde entier. Leur
réputation et sa place aux yeux du monde ont été gravement entachées. Leurs
actes sont si inhumains et indéfendables que même les Juifs du monde entier ne
peuvent les justifier. Ce visage brutal et inhumain d’Israël était déjà apparu,
à plus petite échelle, à plusieurs reprises au cours des 70 dernières années,
mais cette fois-ci, l’ampleur totale des crimes d’Israël a été exposée à bien
plus grande échelle.
Les négociations de l’Iran avec les États-Unis
Présentateur : Passons à l’actualité telle qu’elle est rapportée concernant les pourparlers indirects qui ont eu lieu entre l’Iran et les États-Unis et toute la notion de négociations. Le développement le plus récent est venu de l’Assemblée générale de l’ONU, où Abbas Araghchi, notre ministre iranien des Affaires étrangères, a dit qu’une feuille de route de sept jours avait été présentée. Les États-Unis ont répondu. L’Iran discute maintenant du type de réponse à donner, qui conduirait, si elle était acceptée par la partie américaine, à la réouverture du détroit d’Ormuz et au retour aux négociations. Néanmoins, dites-nous ce qui se passe. Où en est l’Iran ? Et, en un sens, cela mène à la question des perspectives qui seraient tracées pour mettre fin à cette guerre.
Mohsen Rezaei : Notre diplomatie a changé. Nous ne reviendrons pas à
l’approche diplomatique du passé. Nous avons tenu trois cycles de négociations,
et à chaque cycle les Américains ont quitté les négociations sans les avoir
terminées et ont attaqué l’Iran. Par conséquent, nous ne reviendrons plus à ces
schémas diplomatiques précédents. Quand quelqu’un signe un accord et s’en
retire ensuite, il faut naturellement adopter une approche différente de la
diplomatie avec cette personne. Bien sûr, nous n’avons jamais abandonné la
diplomatie et nous ne l’abandonnerons jamais. Mais nous avons changé
d’approche.
Au
cours des deux derniers mois, les Américains nous ont approchés par trois
canaux différents : le Pakistan, le Qatar et même l’Irak. Ils nous ont demandé
de leur présenter nos propositions. Il y a environ deux semaines, nous avons
annoncé sept conditions aux Américains. Nous avons clairement dit que, tant
qu’ils ne remplissaient pas ces conditions, le détroit d’Ormuz ne leur serait
pas rouvert et qu’il n’y aurait pas de négociations. Les Américains nous ont
maintenant répondu, et dans leur réponse, ils ont accepté certaines de nos
conditions tandis que d’autres restaient floues. Les Américains nous ont donc
donné une réponse. Nous ne sommes pas en train de répondre aux Américains. Ils
nous ont répondu, et nous considérons leur réponse comme insuffisante. Ils
doivent clarifier les points qui nous restent obscurs. La question est de
savoir s’ils peuvent lever ces ambiguïtés afin que les étapes suivantes
puissent commencer, ou s’ils ne le peuvent pas.
Voyez-vous,
notre contrôle du détroit d’Ormuz représente une richesse nationale énorme et
un atout national majeur. Par là, nous ne voulons pas seulement dire fermer le
passage et percevoir des droits de transit. Nos intérêts vont bien au-delà.
Nous pouvons certainement tirer des avantages économiques du détroit d’Ormuz en
faisant payer aux navires qui le traversent la sécurité, l’assurance et la
protection de l’environnement. Mais la valeur de notre gestion du détroit est
bien plus grande que cela. Sa véritable valeur réside dans notre capacité à
garantir la sécurité. L’expérience nous a montré que, sans la gestion du
détroit par l’Iran, le golfe Persique ne peut pas être sûr. La situation
actuelle, dans laquelle le détroit d’Ormuz a été fermé, ou, pour le dire
autrement, est géré, est le résultat de la guerre, de la présence américaine et
de l’insécurité qu’ils ont apportée à la région. Autrement, avant la guerre, le
détroit d’Ormuz était ouvert et il n’y avait aucun problème. Désormais, donc,
nous conserverons le contrôle de la gestion du détroit d’Ormuz. Il restera sous
notre gestion pour assurer la paix et la sécurité dans la région. Nous ne
reculerons pas sur ce point.
Trump réduit à faire de la contrebande
Présentateur : En ce qui concerne le détroit d’Ormuz, la situation est assez fluide quant à ce qui s’y passe. Nous comprenons que, évidemment, les pétroliers qui le traversent illégalement seront ciblés. Mais donnez-nous votre compréhension de l’état des choses, s’il est ouvert ou fermé à ce stade.
Mohsen Rezaei : Écoutez, les pays du monde entier gèrent leur propre
économie. On dit que l’économie américaine est gérée par le gouvernement des
États-Unis, tandis que celle de l’Europe est gérée par l’Union européenne ou
par les gouvernements européens individuels. Pourtant, la contrebande existe
dans tous ces pays. Les économies souterraines existent partout aussi. M. Trump
s’est allié à un certain nombre de contrebandiers dans ces eaux côtières
rocheuses d’Oman pour mener des opérations de contrebande. Et puis, chaque
jour, Donald Trump publie sur les réseaux sociaux en affirmant que le détroit
d’Ormuz est ouvert. Non, ce n’est pas le cas. Le détroit d’Ormuz n’est pas
ouvert. Vous faites de la contrebande. Premièrement, la contrebande existe
partout dans le monde, mais le détroit d’Ormuz est sous le contrôle de l’Iran,
et c’est nous qui le gérons. Deuxièmement, au cours des deux ou trois derniers
mois, nous avons frappé en moyenne cinq de ces navires de contrebande chaque nuit.
Ce sont précisément les opérations supervisées par le commandant du
Commandement central des États-Unis. Il utilise aussi du personnel des forces
armées des Émirats arabes unis et le déploie à l’appui de ces opérations. Ils
préparent cinq ou six petits bateaux à la fois, puis transfèrent leur cargaison
sur de plus gros navires. De l’autre côté, vous frappez cinq ou six de ces
bateaux chaque nuit. En conséquence, les capitaines, les navigateurs et les
autres membres du personnel qui exploitent ces navires, qui gagnaient autrefois
10 000 à 15 000 dollars, en réclament maintenant 100 000, voire davantage. Les
opérations de contrebande ont lieu le long de la côte sud dans des conditions
extrêmement coûteuses et dangereuses.
Et
puis Donald Trump arrive et affirme que le détroit d’Ormuz est ouvert. Si c’est
cela qu’il entend par un détroit d’Ormuz ouvert, alors la contrebande et la
piraterie existent partout dans le monde. Deuxièmement, il dit qu’il transporte
du pétrole par le détroit. Mais qu’en est-il du gaz ? Le gaz ne passe pas.
L’hélium ne passe pas. Les engrais ne passent pas non plus. Avant la guerre, au
moins 100 navires transportant du pétrole, du gaz et d’autres produits
énergétiques et dérivés du pétrole passaient ici (chaque jour). Combien de
navires passent maintenant ? Une partie de la cargaison transportée
actuellement nous appartient. Nous gérons ces cargaisons pour faire entrer des
céréales, des fournitures essentielles et d’autres produits de base.
La
question clé est donc la gestion du détroit d’Ormuz, qu’il soit fermé ou
ouvert. Quand le détroit d’Ormuz est ouvert, nous considérons qu’il est de
notre responsabilité d’assurer la sécurité du commerce mondial qui transite par
ces eaux. Mais quand la guerre éclate et que l’insécurité prévaut, nous exerçons
notre contrôle sur le détroit en le fermant. Par conséquent, la question
centrale est la gestion du détroit d’Ormuz par l’Iran, et ce contrôle est
désormais consolidé. En d’autres termes, plus cette situation dure, plus elle joue en notre faveur en consolidant notre contrôle. Les mensonges de Donald
Trump n’ont rien fait pour empêcher les prix du pétrole de monter. Les prix du
pétrole sont restés autour de 100 dollars le baril, fluctuant autour de ce
niveau. La pénurie de diesel aux États-Unis est devenue si grave que l’Amérique
a été contrainte de se tourner vers Poutine pour obtenir des approvisionnements
en diesel. Les réserves mondiales de pétrole ont diminué, les prix ont été
multipliés et l’inflation a augmenté. Telles sont les conséquences de la
fermeture persistante du détroit d’Ormuz, une situation que les États-Unis
eux-mêmes ont provoquée. Autrement, le détroit était ouvert avant la guerre et
nous n’avions aucun problème.
Présentateur : Eh bien, cela nous amène à la
dernière question de cet entretien, et à quelque chose que tout le monde se
demande, à savoir : quels facteurs conduiraient cette agression illégale, cette
guerre contre l’Iran, à prendre fin ?
Mohsen Rezaei : Vous employez le mot « dernière », ce qui m’a rappelé
un roman publié en Allemagne par un écrivain sous le titre Last Bell. Il
rapporte les paroles d’une petite fille décrivant l’incident de Minab [école
visée par les États-Unis/Israël le premier jour de la guerre, tuant 168
écolières] et racontant ce qui s’est passé durant ces derniers instants. Je
recommande à tous les jeunes d’Europe et des États-Unis de lire ce livre. Il
les aidera à comprendre quels types de gouvernements cruels et brutaux dirigent
leurs pays.
Mais
voyez-vous, la question de savoir comment les guerres se terminent est un sujet
sérieux dans la théorie militaire et parmi les penseurs militaires du monde
entier. Certains soutiennent qu’il ne faut pas tant se concentrer sur la façon
dont les guerres commencent, parce que les guerres auront lieu de toute façon.
Ce qui compte, c’est la façon dont elles se terminent. En conséquence, ils
analysent la théorie de la guerre du point de vue de sa conclusion. Les
Américains ont essayé d’appliquer toutes les théories sur la fin des guerres
dans le but de trouver une issue à ce conflit, mais ils ont échoué. La raison
en est qu’ils ne comprennent pas la force puissante qui existe en Iran, la
force capable de mettre fin à cette guerre. Quelle est cette force et d’où
vient-elle ?
Récemment,
par exemple, Donald Trump a dit qu’il ne savait pas à qui il devait parler en
Iran. C’est évident : il faut parler au peuple iranien. Ce sont précisément les
gens que vous dites vouloir détruire et anéantir. Vous dites vouloir éliminer
la civilisation iranienne. Tout ce que vous faites, c’est rallier de plus en
plus d’Iraniens contre vous. En vous adressant au peuple iranien avec un tel
manque de respect, vous ne faites que renforcer sa détermination à vous
entraîner plus profondément dans ce bourbier. Par conséquent, la fin de cette guerre
est entre les mains de la nation iranienne. Elle n’abandonnera ni sa
résistance, ni sa fermeté, ni sa défense avant de vous forcer à reconnaître ses
droits. Le peuple iranien restera engagé dans la lutte et continuera à se
défendre jusqu’à ce que tous ses droits aient été garantis.
Présentateur : Très bien. Cela nous amène à la
fin de cet entretien. Merci de l’avoir terminé sur cette note. Dr Mohsen
Rezaei, merci d’avoir pris le temps de nous parler.
Traduction : lecridespeuples.substack.com
Source : Press TV
oct. 19, 2026
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