L'événement marquant de la semaine a été le retrait du dernier contingent de troupes américaines d'Irak, signant la fin d'une longue et riche histoire d'occupation américaine. Officiellement, il marque la fin de l'opération Inherent Resolve, elle-même dans la continuité de l'opération Iraqi Freedom qui avait lancé la guerre d'Irak début 2003.
CENTCOM : Le Commandement central américain a achevé le départ ordonné des forces et du matériel américains de la base aérienne d'Erbil le 30 septembre, marquant la fin de la mission de l'opération Inherent Resolve en Irak.
Il semblerait que le reste du groupe de travail chargé de lutter contre l'EI ait été transféré d'Erbil, dans le nord de l'Irak, vers la Jordanie :
Le commandement militaire américain chargé du Moyen-Orient, le CENTCOM, a déclaré que le groupe de travail supervisant les opérations anti-EIIL avait été transféré en Jordanie, tandis que des centaines de soldats américains restaient stationnés en Syrie. Au total, la base d'Erbil avait accueilli 1 500 soldats américains et d'autres forces de la coalition avant le départ, selon le CENTCOM.
D'une certaine manière, il s'agit d'un geste purement symbolique à ce stade, étant donné que les États-Unis restent profondément enracinés au Moyen-Orient avec des bases déployées dans toute la région. Cet événement marque donc davantage une étape importante pour l'Irak et sa souveraineté nationale qu'un tournant géopolitique majeur. Il évoque la fin d'une ère, un climat politique et, osons le dire, spirituel post-11 septembre, qui clôt un nouveau chapitre sanglant de l'impérialisme américain.
On pourrait même affirmer que l'Irak avait rempli son rôle. L'une des véritables raisons de la persistance de la mission fallacieuse « Inherent Resolve » était d'utiliser l'EI comme couverture pour mener une guerre contre le régime syrien d'Assad. Nous avions souvent évoqué l'importance de la Syrie sous différents angles stratégiques [1] :
1. Il s'agissait d'un territoire nécessaire à Israël pour pouvoir mener des opérations stratégiques contre l'Iran et, à l'avenir, contre la Turquie.
2. Il était important de contrôler l'influence russe dans la région, ce qui revient à dire qu'il fallait empêcher la Russie de soutenir et de sauver l'Iran de la déconstruction que l'axe sioniste-américain avait prévue pour l'État perse.
3. En termes religieux et eschatologiques plus obscurs, il était nécessaire qu’Israël puisse finalement mettre en œuvre son plan de Grand Israël (lebensraum).
Tout ceci s'inscrit dans la théorie plus large et globale du Heartland, que vous pouvez découvrir ici:
Maintenant que le projet de renversement d'Assad est terminé, l'opération « Inherent Resolve » n'est plus qu'un prétexte. Certes, une présence militaire américaine en Irak présenterait des avantages théoriques pour une future guerre contre l'Iran, mais l'expérience nous a appris qu'envoyer des troupes si loin de chez soi est une entreprise suicidaire, d'autant plus que l'Irak est plein de milices pro-iraniennes ; les troupes américaines y seraient constamment en danger.
Nous avons vu cette semaine comment le Pentagone a publié divers bilans actualisés des soldats blessés, qui ne reflètent probablement toujours pas la situation réelle dont nous n'avons qu'un aperçu :
De son côté, Trump a annoncé le retrait avec arrogance, dans ce qui semblait être une tentative de s'attribuer le mérite politique, alors qu'en réalité, l'accord de retrait au plus tard le 30 septembre 2026 avait été conclu par Biden et le Premier ministre irakien en 2024, et c'est Trump qui, en fin de compte, a « fait traîner les choses » jusqu'au dernier moment :
Le reste de son discours est, comme souvent, tout aussi mensonger, étant donné que c'est la Russie qui a anéanti Daech en Syrie et que Trump n'a rien à voir avec "l'élimination" du groupe. De même, il reproche à Biden d'avoir causé de nombreuses « blessures graves » aux États-Unis lors du retrait d'Afghanistan, mais ne semble pas partager la même préoccupation pour les centaines de blessés face à l'Iran dans une guerre qu'il a inutilement déclenchée pour faire plaisir à Israël.
On verra un futur président répéter le même discours convenu sur le retrait des troupes régionales actuellement déployées contre l'Iran, et expliquer comment les erreurs de l'administration précédente ont engendré des morts et des blessés inutiles. On recommencera sans cesse : c'est le samsara de l'impérialisme américain.
Entre-temps, les États-Unis et l'Iran continuent de s'affronter sur la question du contrôle du détroit d'Ormuz et sur les quantités de pétrole qui y transitent quotidiennement..
Il y a quelques jours, l'exemple le plus frappant de ce schisme croissant s'est produit lorsque l'Iran a affirmé avoir touché pas moins de 19 navires qui ont violé son autorité en une seule journée, ce que le commandement américain a rapidement démenti, rétorquant qu'aucun navire n'avait été touché. Les divergences épistémologiques grandissantes de cette « guerre des paradoxes » autour du détroit d'Ormuz se résument désormais à une question de confiance, selon le camp auquel on adhère le plus.
La vérité semblait se situer entre les deux : il y avait des preuves que plusieurs navires avaient été touchés, ni 19 ni zéro.
Dans le même temps, il semblerait qu'un nombre croissant de navires empruntent clandestinement la route omanaise, facilitée par les États-Unis, la nuit. L'Arabie saoudite annonce désormais que l'oléoduc Est-Ouest a déjà repris du service , bien que les sources indiquent une reprise « partielle », les trois stations de pompage endommagées restant hors service. L'article du New York Times cité fait état d'un rétablissement du débit de 3,5 millions de barils par jour, contre 5 à 7 millions auparavant, probablement grâce au nouveau tracé de l'oléoduc, dont le débit est réduit.
Des vidéos comme celle ci-dessous nous offrent un aperçu saisissant du fonctionnement de certaines solutions de contournement mises en place dans la région. Cette scène en particulier montrerait des centaines de gros camions pétroliers transportant du pétrole d'Irak à travers la Syrie jusqu'à la Méditerranée pour contourner le blocus du détroit d'Ormuz:
Les affirmations selon lesquelles l'Iran « perd » ou a « surestimé ses forces » persistent du fait que le pétrole continue d'être exporté de la région. Rappelons que l'Iran n'est pas l'agresseur et n'a pas déclenché la guerre : son seul objectif est donc de survivre à l'attaquant, dont les objectifs déclarés incluent le renversement du gouvernement iranien et la capitulation de l'État tout entier.
Alors, comment l'Iran pourrait-il « perdre » alors que l'agresseur américain ne se bat plus aussi désespérément pour atteindre ses objectifs initiaux, mais plutôt pour rétablir le statu quo ante bellum, à savoir la réouverture du détroit et la reprise des échanges économiques vitaux ? Autrement dit : quelle que soit la quantité de pétrole qui parvient à contourner le détroit, elle reste bien inférieure à celle qui circulait avant même le début de la guerre, et ce sont désormais les États-Unis qui sont contraints de mener une lutte acharnée pour simplement rétablir la situation telle qu'elle était avant le conflit.
On en est revenu au même scénario : Trump attend comme prévu la fin des élections de mi-mandat pour reprendre les bombardements, tandis que l'Iran refuse de céder le moindre pouce de terrain:
Quel meilleur coup de pouce à la popularité lors des élections de mi-mandat pourrait-il y avoir autre qu'une victoire écrasante contre l'Iran ? Logiquement, si Trump pensait réellement pouvoir gagner ou infliger des dégâts significatifs, il le ferait maintenant et surferait sur une vague de triomphalisme pour accéder à la gloire électorale.
Il sait au contraire que tout nouveau bombardement serait un gouffre financier catastrophique, un piège du coût irrécupérable, et il s'est résigné à repousser son inévitable désastre.
Dans une nouvelle interview, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, réagit au plan de Trump pour l'après élections de mi-mandat en expliquant que l'Iran reste prêt même à un scénario « apocalyptique » de guerre contre les États-Unis :
Pour l'Iran, le conflit est bien sûr existentiel. Pour Trump, c'est simplement une question d'ego israélien.
60 % de la capacité perdue des usines pétrochimiques iraniennes, endommagées pendant la guerre contre les États-Unis et le régime sioniste, a été rétablie.Le PDG de la Compagnie nationale iranienne de pétrochimie a déclaré : « Le processus de rétablissement progresse bien à Asaluyeh et Mahshahr, deux grands centres pétrochimiques. Des efforts sont déployés pour rétablir une part importante de la capacité perdue d’ici la fin de l’année.Une telle restauration en Occident aurait nécessité 10 ans et 50 milliards de dollars. »
Bien sûr, l'homme dont Trump reçoit des ordres est opportunément prêt à fournir une nouvelle série de preuves « irréfutables » pour attiser les braises de la poursuite de la guerre :
Ce qui est le plus intéressant concernant la question nucléaire, c'est que Trump vient d'être interrogé sur les raisons pour lesquelles Kim Jong-un a le droit de posséder l'arme nucléaire alors que l'Iran ne l'a pas. Sa réponse est un exemple flagrant d'hypocrisie et d'ambiguïté.
Selon Trump, la Corée du Nord est autorisée à posséder l'arme nucléaire car Kim Jong-un est différent du dirigeant iranien. Mais comment est-ce possible ? Premièrement, Kim Jong-un a menacé ouvertement et à plusieurs reprises de bombarder les États-Unis, ce qu'aucun dirigeant iranien n'a fait. Deuxièmement, à quel dirigeant iranien fait-il référence ? Si la guerre a été déclenchée parce que Trump désapprouvait la position d'un dirigeant en particulier sur les armes nucléaires, pourquoi se poursuit-elle alors que le précédent dirigeant iranien a été tué lors de frappes américaines ? Trump lui-même a affirmé à plusieurs reprises ne plus savoir qui dirige l'Iran.
Contrairement à l'Iran, la Corée du Nord possède bel et bien l'arme nucléaire et les vecteurs capables d'atteindre les États-Unis, sans parler de son dirigeant prêt à s'en servir. Les déclarations de Trump ne sont, bien sûr, que de pitoyables diversions. Nous savons tous ce qui se trame par Israël.
Maintenant que « la fin de l'histoire » est elle-même de l'histoire, les forces croisées "de la liberté" ayant été chassées des terres d'Ur et de Ninive, combien de temps pensez-vous qu'il faudra avant qu'une troisième croisade ne soit lancée pour reconquérir les gloires perdues ? Vers 2035 ?
Ou bien Néo-Babylone verra-t-elle sa chute tant attendue avant de pouvoir lancer une nouvelle offensive contre le Cœur du Pays ?
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[1] Dans une interview dans la chaîne Al-Mayadeen en ce 30 septembre, un combattant du Hezbollah irakien (en majorité chiites) a décrit avec force détails comment les armées de la "coalition internationale" venaient toujours au secours des terroristes islamistes sunnites (appelés E.I. Etat Islamique / Daech) en leur larguant des armes, des munitions et de la nourriture, tout en bombardant les résistants irakiens qui combattent Daech. Aujourd'hui encore, le gouvernement actuel irakien, qui a été mis en place par l'occupant américain, veut désarmer la résistance, alors même que Daech continue ses méfaits. Mais, apparemment, l'Axe de la Résistance (Hezbollah, Al-Noujabaa, etc.) ne se laissera pas désarmer tant que l'Irak n'aura pas éliminé EI/Daech et récupéré sa vraie souveraineté et ses champs pétroliers volés par les Occidentaux. Ces derniers ont massacré plus d'un million d'Irakiens essentiellement pour leur voler leur pétrole, comme ils le font en Syrie et ailleurs.
Hannibal Genséric














Ce qu'on nous présente comme une victoire n'est qu'une préparation pour autre chose.
RépondreSupprimerCes soldats ne quittent pas l'Irak dans le but de laisser les.irakiens de gérer seul.
Ils quittent l'Irak pque une mission supplémentaire les attends.
Est ce pour mieux quadriller les USA en vue d'une guerre civile ?
Est ce pour aller ensuite en Iran ?
Ou un autre théâtre de conflit ?
Je suis plutôt sur ces hypothèses
Anonyme millénariste
Ils quittent intelligemment CAR leurs troupes (toute autre troupe ce serait pareil)sont de fait trop exposées aux frappes de missiles et drones. Avec ou sans troupe une grande partie du pétrole Irakien ( Venezuela aussi)appartient aux USA. C' un retrait tactique, le contrôle d'Ormuz leur suffit pour le moment.
RépondreSupprimerCertains états devraient prendre exemple sur la manière US de se sortir d'un bourbier.....hier Afghan, 2026 d'Irak.
RépondreSupprimerRECTIF.....Ce fut le plus grand héros arabe des temps modernes: Saddam H qui "attira" les USA militairement dans la région, LUI AUSSI pouvait se retirer à TEMPS du Koweït: MAIS ne voulant pas perdre la face il a fini par perdre la tête et l'Irak aussi!
RépondreSupprimerSadam n'était pas arabe...
SupprimerSaddam HUSSEIN et une de ses faces que vous ne connaissez pas, sans doute.
SupprimerRetour sur la manière dont la CIA a soutenu et financé Saddam Hussein il y a 40 ans dans une tentative d'assassinat du Premier ministre irakien de l'époque.
Des diplomates et des responsables du renseignement américain ont déclaré à UPI que la CIA avait aidé Saddam Hussein pendant plus de 40 ans dans une tentative d'assassinat du Premier ministre irakien de l'époque, le général Abd al-Karim Qasim.
Le journaliste de l'UPI, Richard Sale, a écrit :
« Les forces américaines à Bagdad recherchent peut-être activement le dictateur irakien Saddam Hussein, mais par le passé, Saddam était considéré par les services de renseignement américains comme un rempart de l'anticommunisme et ils l'ont utilisé comme instrument pendant plus de 40 ans, selon d'anciens diplomates et responsables du renseignement américain. »
L'agence United Press International a interrogé une douzaine d'anciens diplomates américains, d'universitaires britanniques et d'anciens responsables du renseignement américain afin de reconstituer le récit suivant. La CIA a refusé de commenter ce rapport.
(Le silence est le 1er des aveux)
Tout lire, en VO : https://www.democracynow.org/2003/4/21/a_look_at_how_the_cia
Complotiste & Anarchisme
RépondreSupprimer& Spiritualité la pensée Pure mènent à la liberté de pensée
La Pensée Pure ou la Pure Pensée !?