Interview de John Mearsheimer par le Juge Napolitano sur la situation en Europe, l’Iran et l’Ukraine, le 20 octobre 2026.
John J. Mearsheimer est
professeur émérite de science politique à l’Université de Chicago. Diplômé de
l’Académie militaire de West Point, ancien officier de l’US Air Force et
docteur en science politique de l’Université Cornell, il est l’un des
théoriciens les plus influents des relations internationales et la figure de
proue du courant réaliste. Au sujet de la responsabilité accablante de l’OTAN
dans le déclenchement de la guerre en Ukraine, lire John Mearsheimer : l’OTAN est le principal responsable de
la guerre en Ukraine
Andrew Napolitano, dit «
Judge Napolitano », est un ancien juge américain devenu commentateur juridique
et politique, connu pour ses positions libertariennes et ses critiques du
pouvoir exécutif américain et des interventions militaires des États-Unis.
· Une vague de mécontentement
en Europe
· L’Axe américain en échec sur
tous les fronts
· Le suivisme suicidaire de
l’UE
· L’impasse en Iran
· L’illusion d’une frappe sur
Pickaxe Mountain
· Le Hamas dans les rues de
Paris ?
Note : évidemment, ce sont plutôt les gangs sionistes qui ravagent notre pays, les résistants du Hamas nous ayant pour leur part libérés de l’imposture de l’ « Occident civilisé ». En voulant détruire l’Iran et l’Axe de la Résistance, Trump et Netanyahu mettent l’économie mondiale à genoux, faisant prendre une réalité de plus en plus concrète au slogan “Nous sommes tous des Palestiniens”.
Juge Andrew Napolitano : Bonjour à tous, ici
le juge Andrew Napolitano pour Judging Freedom. Nous sommes aujourd’hui le mardi 20
octobre 2026.
Une vague de
mécontentement en Europe
Trump a-t-il déjà trouvé
une porte de sortie en Iran ? Oh, et pourquoi l’Europe brûle-t-elle ?
Professeur Mearsheimer, bienvenue, mon cher ami. Merci, comme toujours, de
votre temps. Pourquoi l’Europe brûle-t-elle ?
John Mearsheimer : Eh bien, je pense qu’il
y a énormément de mécontentement chez les jeunes et chez les travailleurs. Et
je pense qu’un certain nombre de facteurs l’alimentent. L’un d’eux est que,
quand on regarde les salaires et les niveaux d’inflation, les gens se débattent
pour joindre les deux bouts, et il y en a beaucoup qui n’y arrivent pas.
Ensuite, quand on regarde toute l’inégalité économique qui existe, cela ne peut
manquer de générer d’énormes ressentiments. Et puis il y a toute la question de
l’IA. J’ai le sentiment que beaucoup de gens s’inquiètent pour leur avenir. Il
n’est pas évident que l’IA ne leur prendra pas leur emploi ou ne les empêchera pas
d’en trouver un plus tard. Je pense donc qu’il y a beaucoup de colère dans le
pays, ici aux États-Unis et en Europe également. Et bien sûr, nous avons vu ces
émeutes éclater en France. Et quand je vois ce qui se passe en France, la
question qui me vient à l’esprit est de savoir si nous allons voir cela se
propager à travers l’Europe de manière majeure, puis même s’étendre aux
États-Unis, un peu comme nous avons eu cette énorme vague de mécontentement en
1968, dont je suis sûr que vous vous souvenez très bien.
Juge Napolitano : Oui. Oui. Je me
souviens très bien de 1968. Trump a imputé les émeutes de Paris à une sorte de
politique de frontières ouvertes invitant des immigrés en France. Je ne pense
pas qu’il s’agisse nécessairement d’immigrés, mais dites-moi ce que vous en
pensez. Vous avez été assez critique envers les pays, sur le durcissement des
politiques d’immigration du fait de ses conséquences économiques. Professeur ?
John Mearsheimer : Oh, je noterais au
passage que la dernière fois que j’ai été gazé, c’était à Paris, en 2018.
J’étais là pour rendre visite à ma fille, et je me suis trouvé pris dans la
manifestation, et j’ai effectivement reçu du gaz lacrymogène.
Juge Napolitano : Soulignons-le,
vous n’étiez pas l’un des manifestants.
John Mearsheimer : Non, j’étais sorti chercher
une chemise. J’avais besoin d’acheter une chemise de ville, et j’étais en
périphérie de la manifestation, et tout d’un coup les choses ont explosé, et la
police s’est mise à lancer des grenades lacrymogènes, dont deux sont tombées
très près de moi.
Juge Napolitano : Wow.
Permettez-moi de reformuler ma question. Ces manifestants sont-ils des
Français, des étudiants, des travailleurs, ou des étrangers qui cherchent à
renverser le gouvernement ?
John Mearsheimer : Non, je pense que les
éléments de preuve indiquent que ce sont des Français, et il ne fait aucun
doute qu’il y a des immigrés dans la foule qui manifestent. Mais le point
fondamental ici est qu’il y a beaucoup de gens, dans tous les groupes en
France, qui sont profondément mécontents du statu quo et qui manifestent.
Juge Napolitano : Eh bien, la
semaine dernière, le secrétaire d’État Marco Rubio, debout devant l’Acropole et
à côté de l’ambassadrice des États-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, a
prononcé un discours dans lequel il soutenait que l’Occident doit utiliser la
puissance militaire pour rester aux commandes. Comme s’il pensait que nous
vivons encore dans un monde unipolaire. À quel point un argument comme celui-ci
est-il trompeur et dangereux ?
John Mearsheimer : Eh bien, il semble
effectivement penser que nous sommes encore dans le moment unipolaire et que
les États-Unis sont au sommet du monde et peuvent diriger le monde. Il ne
semble pas reconnaître que nous sommes dans un monde multipolaire où il y a
trois grandes puissances. Il ne semble pas non plus reconnaître que les
États-Unis sont enlisés dans une guerre en Ukraine qu’ils vont perdre, ou que
les États-Unis sont enlisés dans une guerre contre l’Iran qu’ils vont perdre,
ou que les États-Unis et l’Arabie saoudite, qui combattent ensemble contre les
Houthis, bien que je reconnaisse ici que les États-Unis ne sont pas directement
impliqués dans les combats, mais le sont indirectement, que nous allons perdre
cette guerre aussi. L’idée que les États-Unis et l’Occident plus généralement
sont le chien de tête et peuvent parcourir le monde en le dirigeant comme nous
pensions pouvoir le faire durant le moment unipolaire est délirante. Et
d’ailleurs, je ferais remarquer que, si l’on regarde nos résultats durant le
moment unipolaire, en particulier si l’on regarde les guerres sans fin, il est
tout à fait clair que nous n’avons pas fait du très bon travail pour diriger le
monde, même à l’époque. Mais ces jours-là sont révolus.
Juge Napolitano : Comment le
secrétaire d’État des États-Unis peut-il ne pas reconnaître l’existence de
trois grandes puissances, dont chacune est, sans doute, un neutre vis-à-vis de
nous, c’est-à-dire que chacune est une très grande puissance, la Russie, la
Chine et les États-Unis ? Le discours, qui a été salué par nos amis du Wall Street Journal, est si déconnecté de la réalité que
l’on se demande comment une personne a été le porte-parole en chef de la
politique étrangère et l’acteur, théoriquement, même s’il ne semble être
impliqué dans aucune de ces négociations. Il s’intéresse davantage à Cuba qu’à
l’Iran, à l’Ukraine ou à l’Arabie saoudite. Comment peut-il avoir une
incompréhension aussi profonde ?
John Mearsheimer : Je trouve cela
difficile à expliquer, mais le fait est que c’est le cas. Et le fait est qu’un
grand nombre de membres de l’establishment de la sécurité nationale américain
partagent ses vues. Et c’est pourquoi nous avons autant de problèmes partout
dans le monde. Je faisais remarquer il y a une minute que, si l’on regarde nos
résultats dans l’exécution de la politique étrangère durant le moment
unipolaire, nous avons fait un assez mauvais travail. Et si l’on regarde ce qui
s’est passé depuis que nous sommes entrés dans un monde multipolaire, vers 2017
environ, nous avons continué à agir de toutes sortes de manières insensées. Et
Rubio n’est pas une exception ici. Il y a beaucoup de gens qui partagent ses
vues. Et l’idée qu’il murmure à l’oreille de Trump est assez effrayante.
Le suivisme
suicidaire de l’UE
Juge Napolitano : Pourquoi l’Europe
est-elle montée dans le train de la guerre en Ukraine en 2022 ?
John Mearsheimer : Je ne sais pas. Vous
savez, si l’on remonte à la période d’avant 2014, quand la crise a éclaté pour
la première fois, les Européens étaient remarquablement sceptiques quant à
l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Comme nous en avons parlé à plusieurs
reprises, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy étaient catégoriquement opposés à
l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN lorsque le sujet a été mis en avant pour la
première fois par les États-Unis en avril 2008 lors du sommet de l’OTAN à
Bucarest. Et en fait, Angela Merkel a dit que faire entrer, ou tenter de
faire entrer, l’Ukraine dans l’OTAN serait perçu par Poutine comme une
déclaration de guerre. Les Européens y étaient donc d’abord opposés. Et
d’ailleurs, il n’y avait pas beaucoup d’enthousiasme au départ en Ukraine même
pour cette idée d’intégrer l’Ukraine dans l’Alliance. Mais les Américains ont
poussé très fort. Puis, quand la crise a éclaté en 2014, les Européens sont
parvenus à la conclusion qu’il s’agissait d’une grande violation du droit
international et des normes internationales de la part des Russes et que « Nous
» devions tenir tête aux Russes. Il fallait tenir tête à Poutine. Quand je dis
« nous », je veux dire l’Occident. Et cela inclut, bien sûr, les Européens
aussi bien que les États-Unis. Puis, en 2022, quand la guerre proprement dite a
éclaté, la guerre qui a lieu maintenant, les Européens se sont jetés dans le
soutien à l’Ukraine pleinement dès le départ. Et ils n’ont jamais lâché prise.
Et ce qui s’est passé
ici, c’est qu’avec le temps, et cela tient en grande partie au passage du
président Biden au président Trump, les États-Unis ont perdu leur enthousiasme,
du moins au niveau présidentiel, pour ce conflit. Trump essaie donc de se
retirer de la guerre. Il essaie de régler la guerre, mais les Européens
restent aussi fermement engagés que jamais. La russophobie, à l’intérieur de
l’Europe, en particulier dans des endroits comme la Grande-Bretagne et l’Allemagne,
est tout simplement excessive, et ils sont pleinement engagés à essayer d’aider
l’Ukraine à gagner cette guerre. Mais Trump va dans l’autre direction. Même
s’il faut toujours souligner que, bien que Trump puisse aller dans l’autre
direction, de larges pans de l’establishment de la sécurité nationale à
l’intérieur des États-Unis sont d’accord avec les Européens et avec Zelensky
sur la nécessité de continuer le combat et de vaincre la Russie à la fin.
Juge Napolitano : Eh bien, la CIA
est toujours là. Nous savons pour les attaques de drones sur les raffineries
près de Saint-Pétersbourg. Mais ces drones ont survolé l’espace aérien
polonais, et ont sûrement, avec l’approbation du gouvernement polonais, été
calibrés et guidés par le MI6 et la CIA. Donc Trump dit qu’il déteste Zelensky
d’une main, mais de l’autre continue de l’aider.
John Mearsheimer : Oui, si l’on écoute les
dirigeants américains au sein de l’OTAN parler de ce qui se passe en Ukraine,
il est très clair que l’armée américaine, du moins la partie de l’armée
américaine stationnée en Europe, y compris le commandant en chef de l’OTAN, le
SACEUR, comme on l’appelle (Commandant suprême des forces alliées en Europe),
soutient pleinement les Ukrainiens et est entièrement favorable à l’aide à
l’Ukraine. Et je pense que, quand on regarde la CIA et à quel point elle est
engagée à aider l’Ukraine et l’aide depuis longtemps de manière majeure, et que
l’on regarde ce que font les éléments militaires américains au sein de l’OTAN
en Europe pour aider les Ukrainiens, il est tout à fait clair que l’État
profond est fermement engagé dans cette guerre. Et d’une manière très
importante, il pousse dans une direction différente de celle dans laquelle le
président Trump pousse. Et la question à 64.000 dollars est alors de
savoir qui gagne dans ce bras de fer. Et presque invariablement, Trump perd
et l’État profond gagne. C’est pourquoi Trump n’a pas pu obtenir un accord
significatif pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il a essayé, mais il n’a
tout simplement pas réussi, et c’est parce qu’il est confronté à des forces
puissantes, pas seulement Zelensky et les Européens, mais, comme nous en
parlons ici, l’État profond aussi.
Juge Napolitano : Voici ce qu’il a
dit hier. C’est alléchant parce qu’on ne sait pas exactement de quoi il parle.
Il dit qu’il pourrait rendre publiques des informations sur les origines de la
guerre. Je vais écouter ce qu’il a dit, puis je vous demanderai : pensez-vous
qu’il pourrait réellement reconnaître que la guerre a commencé en 2014, quand
les États-Unis ont renversé le président de l’Ukraine [Yanukovich], élu par le
peuple, neutre mais tourné vers l’Est ? Mais voici ce qu’il a dit :
Journaliste : Vous voulez que
Zelensky parte. Avez-vous oublié que c’est le président Poutine qui a commencé
la guerre ?
Donald Trump : Eh bien, vous
savez, je connais les détails, d’accord ? Et à un moment donné, je publierai
les détails, mais rien ne m’importe sauf une chose. Je veux que cette guerre
soit terminée […] et je pense que les deux dirigeants, je traite avec les deux.
Je pense qu’ils veulent aussi que cette guerre soit terminée. Et je pense
qu’elle va se terminer. C’est tout ce qui m’importe. Je veux que cette guerre
se termine.
Juge Napolitano : « Je connais les
détails, d’accord. Et à un moment donné, je publierai les détails ». Mon Dieu,
pourrait-il possiblement comprendre les véritables origines de la guerre, le
coup d’État et l’avancée vers l’OTAN ?
John Mearsheimer : Je pense en fait qu’il
comprend les véritables causes de la guerre. Je pense qu’il est d’accord avec
vous et moi sur cette question. Et il a fait un certain nombre de déclarations
au fil du temps qui l’indiquent. Quand il dit qu’il va publier les détails, je
ne sais pas de quoi il parle. Je pense que ce n’est que de la fanfaronnade de
plus de la part de Trump. Mais je pense que Trump comprend que Poutine a été
poussé à attaquer en Ukraine par l’élargissement de l’OTAN. Et je pense que
Trump comprend que Poutine n’est pas un impérialiste. Il n’est pas résolu à
conquérir toute l’Ukraine puis à avancer en Europe de l’Est. Contrairement à la
manière dont nous voyons les choses.
L’impasse en
Iran
Juge Napolitano : Passons à l’Iran
: Trump a-t-il déjà trouvé une rampe de sortie ?
John Mearsheimer : Non. La façon dont il
faut voir les choses, à mon avis, c’est qu’il n’a pas pu trouver une rampe de
sortie où les États-Unis puissent presque dire ou être en mesure de dire qu’ils
ont gagné la guerre, n’est-ce pas ? Il a une bretelle de sortie s’il veut
revenir en arrière et ressusciter le protocole d’accord du 17 juin. Autrement
dit, il a signé un accord pour mettre fin à la guerre. C’était son option de
sortie le 17 juin. Et il s’est ensuite éloigné du protocole d’accord en pensant
pouvoir obtenir un meilleur accord. Il n’a pas pu obtenir de meilleur accord.
Il veut une option de sortie qui lui permette de revendiquer la victoire. Il
veut une option de sortie où il obtient beaucoup d’avantages dans l’accord qui
est conçu, et il ne va pas obtenir cela. Donc, tant qu’il poursuit cet
objectif, il n’a pas d’option de sortie. Il a une option de sortie s’il
accepte, en gros, ce qui figurait dans le protocole d’accord du 17 juin. Mais
il n’a pas pu le faire, même s’il a signé l’accord le 17 juin.
Juge Napolitano : Qui pensez-vous
qui attaquera l’autre en premier ? Cette photo a été prise aujourd’hui. On y
voit le secrétaire à la Défense, qui se fait appeler secrétaire à la Guerre,
serrant la main d’un Netanyahu souriant, quelqu’un que Pete Hegseth a admiré
pendant des années. Le vice-président Pence a refusé de soutenir Netanyahu,
disant qu’il ne s’impliquerait pas dans la politique israélienne, même si le
président, après avoir dit qu’il ne faisait confiance à personne la semaine
dernière, a dit cette semaine qu’il soutient Netanyahu. Mais, mettant tout cela
de côté, Hegseth est-il là parce que les Israéliens veulent attaquer avant les
élections israéliennes, qui ne sont que dans 5 jours ? Ou pensez-vous que
l’Iran, s’il sait que les États-Unis et Israël sont sur le point d’attaquer,
frapperont en premier ?
John Mearsheimer : Eh bien, il est très
difficile de comprendre ce qui se passe ici. Tout d’abord, si l’on écoute
parler les Israéliens et si l’on écoute parler les Américains, ils semblent
dire un jour sur deux qu’ils préparent leurs forces à l’attaque et que nous
pourrions très bien attaquer, nous, c’est-à-dire les États-Unis ou les
Israéliens, avant les élections de novembre dans le cas américain ou avant
l’élection du 27 octobre dans le cas de Netanyahu. C’est donc ce qu’ils disent.
Et puis il y a toutes ces discussions selon lesquelles les Iraniens, sentant
qu’une attaque arrive, pourraient frapper les premiers de manière préventive.
Autrement dit, ils pourraient être les premiers à lancer leurs forces militaires
plutôt que nous, parce qu’ils sentent venir une attaque et qu’ils la devancent.
Mais si l’on regarde attentivement la situation réelle, il ne semble pas qu’il
y ait de bonne raison stratégique pour les États-Unis ou pour Israël d’attaquer
à ce moment-ci. Autrement dit, qu’allons-nous accomplir en attaquant ?
Avons-nous une stratégie de guerre gagnante pour la guerre maintenant, avant
les élections ? Les Israéliens ont-ils une stratégie gagnante pour la guerre ?
Les deux ensemble avons-nous cette stratégie gagnante ? Je n’en vois absolument
aucune preuve.
Et le meilleur
indicateur, pour moi, que nous n’allons pas attaquer est que, il y a environ 2
jours, les États-Unis ont apparemment mené une opération d’épingle contre une
base navale en Iran, qui s’appelle la base navale de Konarak. Et ce qui s’était
passé ici, selon certains reports dans les médias, c’est que les Iraniens
avaient envoyé un missile de croisière avancé contre l’un de nos destroyers de
classe Arleigh Burke. Autrement dit, ils ont essayé de mettre hors de combat un
destroyer avec un missile de croisière avancé. Et en réponse, selon des reports
médiatiques, nous avons lancé cette attaque d’épingle contre cette base navale
dans le sud-ouest de l’Iran. D’accord. Puis, peu après, un porte-parole du
Commandement central américain a dit à CNN que nous n’avions lancé aucune
attaque de ce type. Je l’ai trouvé très particulier, parce qu’il y avait des
éléments indiquant que nous avions lancé cette attaque. Mais ensuite nous avons
clairement voulu faire comprendre à toutes les personnes concernées, et je
suppose surtout aux Iraniens, que nous n’avions pas fait cela.
Donc, quand j’ai appris
pour la première fois que nous avions frappé la base navale, je me suis dit : «
C’est parti. Nous allons finir dans une campagne de frappes réciproques. »
Parce que ce qui va se passer, c’est que nous frappons cette base navale, les
Iraniens répondent, nous répondons, ils répondent, et nous serons de retour à
ce qui serait la troisième grande campagne de ripostes réciproques avant
l’élection. Mais ce qui s’est passé, c’est que le Commandement central a fermé
cette possibilité presque immédiatement. Cela me dit que nous ne voulons pas
chercher la bagarre avec les Iraniens à ce moment-ci. Et de mon point de vue,
il serait stratégiquement insensé pour nous de chercher la bagarre maintenant.
En effet, il serait stratégiquement insensé pour nous de chercher la bagarre
après les élections de mi-mandat. Et en ce qui concerne les Israéliens, les
Israéliens ne peuvent pas le faire seuls, et par conséquent ils ont besoin de
nous. Et je ne pense pas que nous allons vouloir le faire. Et je ne pense pas
que nous allons vouloir le faire même avec les Israéliens. Souvenez-vous, nous
avons mené une campagne de bombardement de 40 jours du 28 février au 8 avril,
une campagne de bombardement stratégique de 40 jours en ligue majeure. Elle a
échoué. Qu’allons-nous faire maintenant qui améliorerait ce que nous avons fait
à l’époque ? Et d’ailleurs, ces derniers jours, quand on lit ces possibles attaques
américaines, ce dont les gens parlent dans les médias, c’est que
l’administration envisagerait une campagne de bombardement intensif de trois
jours. Et on se gratte la tête en se disant : « Une campagne de bombardement
intensif de trois jours ? Qu’est-ce que cela va nous rapporter alors que nous
n’avons pas pu gagner avec une campagne de bombardement intensif de 40 jours ?
» Donc, ce que je vous dis, c’est qu’il y a beaucoup de discussions maintenant,
et il y en aura beaucoup après ces deux élections, sur le bombardement de
l’Iran, mais cela n’a pas de sens stratégique. Mais, étant donné le
comportement des États-Unis et d’Israël, nous ne pouvons pas exclure la
possibilité qu’ils le fassent quand même, malgré le fait qu’une attaque n’ait
pas de sens stratégique.
Juge Napolitano : De combien l’Iran
est-il plus fort sur le plan défensif, et de combien plus capable sur le plan
offensif, aujourd’hui qu’il y a un an ou même huit mois ?
John Mearsheimer : Oui, c’est une
excellente question. Je n’ai pas de chiffres précis, mais il est très clair, à
la lecture de toutes sortes de médias, que ce que les Iraniens ont fait, c’est
accumuler leur stock ou leur inventaire de missiles balistiques, de missiles de
croisière et de drones. Et que ces missiles balistiques, ces missiles de
croisière et ces drones deviennent plus létaux en grande partie parce qu’ils
reçoivent beaucoup d’aide des Russes et des Chinois [Note : l’Iran produit tous
ses systèmes d’armements, et cette propagande n’a d’autre but que de dénigrer ses
capacités ; la Chine et la Russie peuvent éventuellement aider l’Iran sur le
plan informationnel — données satellites, etc. — et, surtout, sur le plan
économique]. C’est donc le côté offensif de l’équation. Si l’on passe au côté
défensif de l’équation, il y a eu énormément de reportages sur le fait qu’il
nous faudra longtemps pour fabriquer les missiles défensifs, les Patriots, par
exemple, qui peuvent être utilisés pour abattre ces missiles offensifs. On ne
voit donc pratiquement aucune preuve que l’inventaire d’Israël, celui des
États-Unis ou ceux d’aucun des États du Golfe en missiles défensifs ait
augmenté de manière significative depuis la campagne de bombardement de 40
jours. Je dirais donc que tous les éléments semblent indiquer que l’équilibre
des forces entre l’Iran d’un côté et les États-Unis, Israël et les États du
Golfe de l’autre s’est déplacé en faveur des Iraniens. Et j’ajouterais à cela
que, pour l’avenir, je veux dire, une fois cette guerre terminée, que va-t-il
arriver à cet équilibre au cours des 2, 3, 4, 5 prochaines années ? Je pense
qu’il va encore davantage basculer en faveur des Iraniens. Il est tout à fait
clair, d’après tout ce que nous avons vu, pas seulement en Iran, mais aussi en
Ukraine, que l’attaquant a un avantage significatif sur le défenseur quand il
s’agit de lancer des missiles balistiques, des missiles de croisière et des
drones.
Juge Napolitano : Pouvez-vous
qualifier la vaste réduction de l’armement militaire américain causée par la
guerre de 40 jours en Iran de quasi-incompétence de la part du Pentagone, parce
que nos stocks sont maintenant si bas et parce que rien n’a été accompli
militairement par ce gaspillage ?
John Mearsheimer : Eh bien, je pense que
l’armée américaine, et nous parlons ici principalement du général Keane, mais
pas seulement du général Keane, ces gens disaient à Trump, avant le 28 février,
que nous n’avions pas suffisamment de munitions pour mener une guerre prolongée
contre l’Iran. Et qu’il ferait mieux d’être très prudent avant d’entrer dans
tout conflit qui promettait d’être prolongé. Trump les a ignorés. Il pensait,
comme nous en avons parlé à maintes reprises, que les États-Unis et Israël
ensemble décapiteraient le régime en Iran et que nous remporterions une
victoire rapide et décisive. C’était leur théorie. C’était une théorie de la
victoire remarquablement insensée, et elle a échoué, et nous avons fini dans
une guerre prolongée. Nous avons eu une campagne de bombardement de 40 jours,
et il faut se demander pourquoi nous avons mis fin à cette campagne de 40
jours. Nous y avons mis fin parce que, premièrement, cela ne marchait pas. Les
Iraniens ne levaient pas les bras. Ils ne capitulaient pas. Et deuxièmement,
nous étions à court de munitions précieuses, exactement comme le général Keane
et d’autres officiers supérieurs au Pentagone l’avaient prédit. Donc, je ne
blâmerais pas le Pentagone, principalement les généraux ici, pour ce qui s’est
passé. Je blâme le président Trump. Le président Trump a été berné par les
Israéliens, par David Barnea, qui est le chef du Mossad, et par Benjamin
Netanyahu. Et ils ont aidé Trump à croire qu’il pouvait remporter une victoire
magique. Et comme nous en avons parlé à maintes reprises, c’était
remarquablement insensé, parce qu’il n’existe aucun cas dans les archives
historiques où un pays ait utilisé la seule puissance aérienne pour renverser
un régime. Et de plus, l’idée que nous allions renverser ce régime et qu’un
groupe d’Iraniens pro-américains allait prendre le pouvoir et se soumettre à
nos exigences était délirante aussi.
L’illusion d’une
frappe sur Pickaxe Mountain
Juge Napolitano : Eh bien, quand
Trump menace de la « mère de toutes les bombes », je sais que la MOAB a aussi
une dérivation technique, mais l’expression familière est « mère de toutes les
bombes ». Quand il menace de cette bombe massive, elle n’est pas nucléaire. Je
veux dire, de quoi parle-t-il ? Il parle simplement de plus de destruction,
mais sans dégrader le régime.
John Mearsheimer : Oui, ce dont il parle,
c’est de prendre cette énorme bombe et de la larguer sur Pickaxe Mountain.
Pickaxe Mountain est le site nucléaire qui nous intéresse à l’intérieur de
l’Iran dernièrement. Et ce dont nous parlons, c’est de prendre un avion C-130.
On ne peut pas mettre cette mère de toutes les bombes sur un bombardier et
l’utiliser pour attaquer Pickaxe. Il faut mettre la mère de toutes les bombes
sur un avion C-130 qui se déplace très lentement. Ce sera une grosse cible bien
grasse pour les Iraniens lorsqu’il se dirigera vers Pickaxe. De plus, comme
beaucoup de gens l’ont dit, même si la bombe parvient à Pickaxe et touche
Pickaxe, elle ne détruira pas Pickaxe, parce que c’est une montagne que même la
mère de toutes les bombes ne peut pas réduire en décombres. Mais supposons que
je me trompe, juge. Supposons que le C-130 y arrive, et supposons que la mère
de toutes les bombes rase Pickaxe Mountain et la transforme en un gigantesque
tas de décombres. La question est : et alors ? Que va-t-il se passer ? Les
Iraniens vont-ils lever les bras ? Les Iraniens vont-ils dire : « Oh mon Dieu,
ils viennent d’utiliser la mère de toutes les bombes pour réduire Pickaxe
Mountain en décombres. Nous devons maintenant abandonner » ? Vous pensez
vraiment que cela va arriver ? Bien sûr que non. Cela n’a tout simplement
aucune importance. Nous n’avons aucune option militaire ici. Et le fait que
nous parlions de larguer la mère de toutes les bombes sur Pickaxe Mountain
montre à quel point nous sommes désespérés. Le président Trump est désespéré,
et nous n’avons même pas parlé de la dimension économique de tout cela. Nous
parlons de la dimension militaire. Le président Trump s’est engagé dans trois
guerres qu’il va perdre. Et il y a un grand danger que l’économie
internationale s’effondre si nous ne faisons pas attention.
Le Hamas dans
les rues de Paris ?
Juge Napolitano : Eh bien, voici
une interview tout juste diffusée en Israël. Ce n’est pas de quoi nous
parlions, mais cela vaut la peine d’être écouté. Le Premier ministre Netanyahu
s’adressant au président français Macron, avançant le même argument qu’il
avance encore et encore et encore, mais cette fois adapté aux Français. « Si
nous ne démantelons pas le Hamas à Gaza, vous les rencontrerez à Paris. »
Regardez.
Benjamin Netanyahu
(extrait) : Laissez-moi vous
dire que, si nous n’arrêtons pas le Hamas ici, vous les verrez dans les rues de
Paris. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment.
John Mearsheimer : Toujours la même chose,
la même chose, la même chose. Juge, vous ne saviez pas que le Hamas est
responsable de ces émeutes à Paris ? Je ne comprends pas comment vous avez pu
le rater. (Rires.) Je veux dire,
c’est ridicule. Cela montre bien l’état du discours en Occident ces jours-ci.
Que les gens accordent une attention sérieuse à cet homme et qu’ils ne
démolissent pas ces arguments ridicules. Le Hamas lutte pour survivre à Gaza.
Et l’idée que le Hamas serait lâché dans les rues de Paris ou dans les rues de
villes de toute la France en causant des dégâts scandaleux à l’État français
est un argument risible.
Juge Napolitano : Il doit être en
difficulté dans sa campagne de réélection, qui se termine dans trois ou quatre
jours, à cause de tous ces arguments absurdes qu’il avance. Professeur
Mearsheimer, c’est toujours un plaisir, mon cher ami. Merci beaucoup pour tout
cela. Vous êtes si généreux de me laisser vous poser des questions sur tous les
sujets. C’est profondément apprécié. Nous nous réjouissons de vous voir la
semaine prochaine.
John Mearsheimer : Je me réjouis de vous
voir la semaine prochaine, juge.
Juge Napolitano : Merci.
oct. 25
Source : mearsheimer.substack.com / YouTube
Traduction :
lecridespeuples.substack.com


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