dimanche 20 mai 2018

Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5

Dans ce rapport de situation, nous examinons la consolidation de l'espace du gouvernement syrien, discutons des opérations à venir pour sécuriser l'autoroute M5 vitale, éclaircissons la confusion des S-300 et nous prononçons un peu sur les développements politiques.
Au cours des douze derniers mois, l'armée arabe syrienne et ses alliés ont fait beaucoup de progrès.
Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5 (Moon of Alabama)
La zone détenue par le gouvernement a été étendue à l'Euphrate et à la frontière entre la Syrie et l'Irak. Deir Ezzor a été libérée. La frontière avec le Liban a été sécurisée. Toutes les enclaves "rebelles" à l'intérieur des zones détenues par le gouvernement (à l'exception de la poche désertique de l'Etat islamique) ont été consolidées.
Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5 (Moon of Alabama)
Après avoir nettoyé la partie est de la Ghouta, à l'est de la capitale Damas, les forces gouvernementales syriennes se sont concentrées autour du camp de Yarmouk, au sud de la ville. Yarmouk, à l'origine un camp de réfugiés palestiniens, est une zone de reconstruction qui a été tenue par les combattants de l'Etat islamique (EI) ainsi que par les "rebelles" payés par les pays étrangers. Les "rebelles" ont depuis lors abandonné et ont été évacués vers le gouvernorat d'Idlib. La superficie occupée par l'EI est réduite à moins de deux km carrés de terrain urbain dense. Il y avait des rapports contradictoires aujourd'hui selon lesquels les combattants de l'EI auraient abandonné et étaient prêts à évacuer. Quoi qu'ils décident, la zone sera libérée dans une semaine environ. La capitale syrienne sera alors totalement sécurisée.
Jusqu'à il y a deux semaines, une grande zone autour d'al-Rastan entre Homs et Hama était encore détenue par les forces "rebelles" locales. Le gouvernement syrien a envoyé ses forces des Tigres et un ultimatum - abandonner ou mourir. Les "rebelles" ont décidé d'éviter un combat qu'ils auraient sûrement perdu. Ils ont accepté d'être évacués et ont été envoyés vers Idlib. Al-Rastan est de retour entre les mains du gouvernement. Ce mouvement a libéré l'autoroute M5 entre Homs et Hama.
L'autoroute M5 est la principale artère nord-sud de la Syrie. Elle relie Gaziantep en Turquie avec Amman en Jordanie. L'autoroute traverse les principales villes syriennes d'Alep, Hama, Homs et Damas. Avant le début de la guerre, tout le trafic de transit entre la Turquie et les pays riches du Golfe ainsi que la plupart du commerce intérieur syrien se faisait le long de cette route. La Turquie, la Syrie et la Jordanie ont un intérêt économique commun à sécuriser et à rouvrir cette importante ligne de vie.
Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5 (Moon of Alabama)
La prochaine tâche stratégique de l'armée syrienne est donc de sécuriser l'autoroute M5 sur toute sa longueur.
Au sud de la Syrie, la liaison M5 avec la Jordanie traverse la partie orientale de la zone "rebelle" (en vert) en direction d'al-Mafraq en Jordanie. La frontière avec la Jordanie est fermée aux "rebelles" et étroitement contrôlée. Il y a eu des pourparlers entre la Jordanie et certains groupes "rebelles" dans le but de mettre fin au conflit dans le sud, mais ils ont échoué jusqu'à présent.
Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5 (Moon of Alabama)
L'armée syrienne a deux façons de procéder dans le sud.
Elle pourrait se déplacer du triangle de la frontière nord du Liban, de la Syrie et des hauteurs du Golan occupées par les Sionistes (violet) vers le sud le long de la ligne de démarcation et jusqu'à la frontière de la Jordanie. Les observateurs de l'ONU pourraient retourner sur la ligne de démarcation du Golan, surveiller l'opération et empêcher qu'elle ne dégénère en une guerre avec Israël. Cette mesure isolerait les " rebelles " d'Al-Qaïda et de l'EI, dans la région, de leurs approvisionnements israéliens. Les Takfiris pourraient alors être sous pression de l'ouest, du nord et de l'est et un nettoyage général suivrait. Cette décision serait militairement et politiquement risquée, car Israël tenterait probablement de l'empêcher. Mais cela résoudrait aussi un problème politique important une fois pour toutes. Le commandement russe devrait se concerter avec Israël et discuter de ce plan.
Le mouvement politiquement et militairement plus facile est de passer de Deraa à la frontière jordanienne et d'encercler ainsi la partie orientale de la zone occupée par les rebelles. La partie orientale peut alors être libérée tranche par tranche. Cela permettrait un trafic de l'autoroute M5 sans entrave de Damas vers al-Mafraq et Amman, mais cela laisserait la poche EI/al-Qaïda le long des hauteurs occupées du Golan comme un problème nuisant.

Au nord, l'autoroute M5 entre Hama et Alep traverse la partie orientale du gouvernorat d'Idlib détenu par les "rebelles". L'armée syrienne devra en prendre le contrôle avant que la route puisse être rouverte. Au nord d'Alep vers la Turquie, l'autoroute traverse une zone actuellement contrôlée par les forces turques. Ces derniers sont pour l'instant en mesure de sécuriser la route.
Le gouvernorat d'Idlib est détenu par divers groupes "rebelles", Hay'at Tahrir al-Sham (HTS) aligné sur Al-Qaïda étant le plus fort. Idlib a été déclarée zone de désescalade selon les règles d'Astana et la Turquie a mis en place douze points d'observation pour surveiller la frontière de la région. Il y a eu d'immenses luttes intestines entre HTS (vert foncé) et d'autres groupes "rebelles" (vert clair).
Rapport sur la situation en Syrie - Libérer la voie vitale de l'autoroute M5 (Moon of Alabama)
Les 14 et 15 mai, les négociateurs turques, russes et iraniens se sont rencontrés pour le neuvième cycle de négociations syriennes à Astana, Kazakhstan. Il n'y a pas eu de progrès annoncé, mais la déclaration commune fait de nouveau preuve d'empathie pour "la souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale de la Syrie".
C'est probablement à Astana qu'un accord a été conclu sur la partie nord de l'autoroute M5. Peu après les pourparlers d'Astana, un rapport d'une source bien informée (surnommée ainsi en l'honneur d'un sniper russe) a déclaré que la Turquie a informé les "rebelles" du gouvernorat d'Idlib qu'ils devront évacuer la zone située à l'est de l'autoroute M5 entre Hama et Alep. L'armée syrienne interviendrait pour sécuriser l'autoroute. Si les "rebelles" ne suivent pas le conseil turque, l'armée syrienne entrera de force dans le gouvernorat d'Idl'b par l'est et le sud pour pousser les "rebelles" vers l'ouest au-delà de la ligne de l'autoroute.
Dès que la M5 sera sous contrôle total, les lignes de vie commerciales de la Syrie vers tous les voisins seront rétablies. L'économie de la Syrie connaîtra alors une relance significative et urgente.
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Il y a eu des discussions dans les commentaires ici et ailleurs au sujet de l'annonce russe concernant l'installation ou pas de défenses aériennes S-300 en Syrie.
Ces discussions manquaient de connaissances militaires.
Les défenses aériennes sont superposées en différentes couches :
  •  La défense aérienne locale utilise des missiles portatifs de défense aérienne (MANPADs), des canons de 20 mm et des mitrailleuses. Sa portée est d'environ 2 000 mètres.
     
  • La couche suivante est celle des systèmes avec une portée allant jusqu'à 20 kilomètres. La Syrie compte environ 40 systèmes Pantsyr-S1/2 montés sur des camions. (Les forces russes en Syrie disposent d'une vingtaine de systèmes Pantsyr-S supplémentaires pour protéger leurs bases. Ces derniers sont mobiles et constituent une excellente défense de point pour les aéroports et autres actifs importants. Lors de sa dernière attaque contre la Syrie, un missile israélien n'a pu détruire un système Pantsyr que parce qu'il était en train d'être rechargé et ne pouvait donc pas réagir).
     
  • La prochaine couche de défense aérienne est constituée de systèmes de moyenne portée comme le S-200 syrien ou le BUK-2 russe plus moderne. Ces systèmes ont une portée d'environ 150 kilomètres. L'ancien système S-200 que la Syrie utilise actuellement est tiré à partir de positions fixes. Cela les rend extrêmement vulnérables aux attaques de missiles de précision par programme. Les frappes israéliennes ont détruit plusieurs de ces systèmes en Syrie.
     
  • La quatrième couche de défense aérienne est constituée, de systèmes de défense de zone de longue portée. Les États-Unis ont le THAAD et la Russie a les systèmes S-300/S-400. Ceux-ci ont une portée de plus de 300 kilomètres.
Les systèmes à plus longue portée des couches supérieures ont toujours besoin d'une protection supplémentaire par les couches inférieures. Un missile S-300 coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars mais ne peut pas vaincre un petit drone jouet du genre de ceux que l'EI utilise pour larguer des grenades sur des cibles. Il doit être protégé contre cela. Les systèmes Pantsyr et quelques douzaines d'hommes avec des MANPAD et des mitrailleuses peuvent le faire.
Il serait insensé de laisser tomber les systèmes S-300 en Syrie sans avoir établi et sécurisé suffisamment de couches de défense aérienne 1, 2 et 3 en dessous de la classe de longue portée. Car ils s'envoleraient bientôt en fumée. Il y a aussi d'autres éléments de reconnaissance (systèmes radar et de guerre électronique) et de communication, de commandement et de contrôle qui doivent être plus sophistiqués et plus répandus pour faire fonctionner les systèmes S-300. Tous ces systèmes haut de gamme à longue portée ont besoin d'opérateurs hautement qualifiés et sont très coûteux.
Ce dont la Syrie a actuellement besoin, c'est de systèmes de Pantsyr. Il est urgent de remplacer les anciens S-200 par des BUK-2 modernes et mobiles. Ces systèmes ont plus de sens pour le champ de bataille syrien que le fameux S-300. Ils ont aussi l'avantage d'être beaucoup moins chers.
Pour une discussion plus générale sur le rôle de la Russie en Syrie au-delà de la controverse sur les S-300, je recommande fortement la dernier article d'Elijah Magnier : La Russie est au Moyen-Orient pour mettre fin à la guerre, pas pour participer au conflit Iran-Israël.
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Le 14 mai, le président syrien Assad a rencontré le président russe Poutine à Sotchi. Ils ont discuté du processus politique nécessaire pour mettre fin à la guerre. Assad s'est engagé dans des négociations supervisées par l'ONU sur les changements constitutionnels en Syrie, mais a rejeté les changements significatifs du système syrien que les puissances extérieures voulaient imposer. Il a déclaré :
    "Nous nous sommes concentrés sur la question du Comité constitutionnel qui devrait être établi à la suite des résultats du Congrès de dialogue national syrien. Nous espérons commencer le travail correspondant avec l'ONU. J'ai confirmé au Président Poutine aujourd'hui que la Syrie enverra la liste de ses délégués au Comité constitutionnel pour discuter des amendements à la Constitution actuelle. Ce sera fait dès que possible."
Que cela ait été dit après une réunion avec Poutine confirme que la tentative russe d'écrire une nouvelle constitution pour la Syrie est morte. Il n'y aura pas de semi-fédéralisation pour les Kurdes ou autres qui affaiblirait le gouvernement central et aucune mesure qui affaiblirait la position d'une présidence syrienne.
Article originel : Syria Sit-Rep - Liberating The M5 Lifeline
Moon of Alabama, 19.05.18
Traduction SLT

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