mercredi 16 mai 2018

Netanyahou à Moscou



" Israël se représente lui-même comme étant assis sur un baril de poudre prêt à exploser à chaque instant et devant se préparer à affronter une nouvelle tentative de génocide. Il refuse d'admettre qu'il en allume lui-même les mèches.

Selon les saisons, cette tentative de génocide serait fomentée par les Égyptiens, les Syriens, les Palestiniens, les Iraniens, les Turcs...

Le pays et la société vivent dans la "conviction paranoïde que de vicieux antisémites, vouant une haine inconditionnelle aux juifs, planifient les prochaines étapes de l'annihilation du peuple juif."


Quel contraste !...

Le 8 mai dernier dans la discrétion, comme dans les autres pays européens, nous avons célébré la fin de la deuxième guerre mondiale ; la plupart de nos ados ne savent même pas à quoi correspond ce jour férié…
Par contre, toutes générations confondues, c’est avec éclat et ferveur que les Russes commémorent ce qu’ils appellent la fin de "La Grande Guerre Patriotique". Tous les ans, contrairement à nous, le 9 mai.
Leur combat acharné, contre les troupes nazis, les ont profondément marqué. Leur résistance héroïque, leur victoire au prix de sacrifices et de destructions d’une ampleur colossale, a provoqué une véritable saignée démographique : près de 30 millions de morts, des millions de blessés et de traumatisés.
De nombreux films, série TV, sont réalisés en permanence, traitant de cette dimension apocalyptique, jusqu’au niveau du moindre village ou hameau. Certains remarquablement bien réalisés, avec ses héros, mais aussi ses traîtres ou collabos. Beaucoup sont visibles sur "Youtube", quelques uns sous-titrés en anglais. Très peu en français ; rendant encore plus dense la désinformation et notre analphabétisme historique, imposés par nos oligarques sur cette magnifique Nation.
Occasion d’un grandiose défilé militaire ; snobé par les dirigeants occidentaux, déclinant systématiquement les invitations du gouvernement russe et, évidemment, ignoré ou étouffé dans les médias de leur propagande.
Une différence protocolaire à noter, par rapport à celui de notre 14 juillet : c’est le ministre de la Défense qui passe en revue (dans une limousine noire au lieu d’un véhicule militaire) les troupes à pied avant le lancement de la marche, et non pas le Chef de l’Etat ; puis, monte à la tribune officielle où se trouve le président de la Fédération Russe, pour lui présenter le salut des forces armées, lui confirmer leur préparation et attendre son ordre.
Depuis 2012, c’est le général Sergueï Shoïgu qui assure ce rôle.
Remarquable organisateur, il est une des locomotives de la spectaculaire modernisation des armées Russes. Succédant, il faut au passage le saluer, à un autre formidable rénovateur qui a éradiqué gabegie et corruption héritées des années Eltsine: Anatoly E. Serdyukov. Spécialiste des planifications budgétaires et de la maîtrise des coûts, il est un des dirigeants les plus efficaces du pôle industriel militaire actuel.
Ce sont des personnalités de ce calibre dont nous avons un urgent besoin pour nettoyer notre ministère de la Défense et le fonctionnement de nos armées, en France… Au lieu des rigolos se succédant, dans la frénésie de la destruction de pays qui ne nous ont rien fait ; ainsi qu’en atteste les dernières honteuses contributions de nos armées au ravage et au chaos en Afghanistan, en Libye et en Syrie.
Chaque année à 10h00 précise, sous la porte Saint-Sauveur des remparts du Kremlin, avant de procéder à la revue des troupes, le général Serguï Shoïgu, d’origine mongole né à Tchadan – République de Touvan (partie de la Mongolie intégrée à la Fédération de Russie depuis 1945), offre aux spectateurs attentifs un bref moment très émouvant.
Debout dans la limousine, tête nue, ce bouddhiste avant de mettre sa casquette, fait le signe de la croix orthodoxe (avec deux doigts, et non pas avec la main comme sous nos longitudes).
Symbole puissant de l’unité de la Russie, mosaïque de peuples et de croyances…
Cette Nation est entrée dans le XXI° siècle, dans le respect des croyances de chacun ; qu’elles soient athées, chamaniques, ou religieuses. Alors qu’en Europe, plus particulièrement en France, nous baignons dans un fanatisme "laïcard", instrumentalisé par nos oligarques pour nous faire régresser au temps des Croisades, afin de justifier leurs prédations coloniales au Moyen-Orient…
Seule ombre au tableau, cette année, la présence à la tribune d’honneur du belliciste aussi sanguinaire qu'halluciné : Netanyahou
Rencontre au sommet entre Président Russe et Émissaire du "Deep State"
Pourquoi avoir convié Netanyahou à cette imposante manifestation ?... Invité de marque du président Poutine… D’autant qu’il s’agissait de la première manifestation publique, grandiose, inaugurant son nouveau mandat présidentiel ; à la suite de sa réélection, et sa toute récente intronisation.
Beaucoup sur la Toile en ont été choqué d’incompréhension.
En fait, laissant de côté l’émotion légitime, il convient d’analyser ce qui représente un magistral geste politique.
Netanyahou n’a pas été reçu en tant que premier ministre d’une entité coloniale occidentale au Moyen-Orient. Ce serait aussi réducteur que trompeur en termes de perspective géopolitique.
Mais, en tant que représentant, ou porte-parole, du "Deep State" – L’Etat Profond. Le plus puissant.
Le véritable président des USA, c’est lui. Le président effectif de l’Europe, c’est lui. Un coup de téléphone, une visite, auprès des autres responsables des satellites de l’OTAN, et c’est l’affolement. Les chefs d’Etat occidentaux ne sont que des pantins face à lui.
Souvenons-nous de la gestuelle apeurée, obséquieuse, servile, d’un Sarkozy, d’un Hollande ou d’un Macron, soutenant difficilement son regard. Les politiciens allemands ou britanniques, sans parler des autres, tout autant.
Recevoir l’éminent émissaire du Deep State devant ses forces armées dans leur glorieux apparat, quel savoureux coup d’échec !... Cette rencontre au sommet est riche de sens. Poutine n’a rien à négocier avec le Deep State.
Poutine n’est pas dupe : le Deep State, Netanyahou le premier avec son hypocrite sourire, le déteste à titre personnel. Toutes les campagnes de diffamation à son égard sont puissamment financées et organisées par son industrie médiatique. Il sait que le véritable "changement de régime" auquel il ne cesse d’œuvrer, c’est en Russie qu’il le souhaite : retrouver avec délice les années Eltsine ;  de corruption et de spoliation faciles en faveur des oligarques occidentaux. S’emparer à bas prix des richesses du pays, en installant des collabos et gangsters au pouvoir…
Le président de la Fédération de Russie veut simplement, calmement, c’est son style, prévenir : « Vous voulez la guerre ?... Nous sommes prêts. Nous n’avons peur de personne. Regardez par vous-mêmes… ».
C’est dire avec bonhomie : "Ne rêvez pas"…
Trois considérations, sans cesse rappelées par Poutine, sur les intérêts de la Russie, non pas "coloniaux" comme ceux des occidentaux, mais "vitaux" ; intrinsèquement liés à la protection de sa souveraineté et de ses ressources nationales :
=>  La guerre contre la Russie, y compris économique, n’a aucune chance d’aboutir.
=>  La Russie, pour la protection de son commerce maritime, n’abandonnera sa place ni en Mer Noire ni en Méditerranée et, de ce fait, ses bases navales et aériennes en Syrie ; consenties à la suite de contrats de location en bonne et due forme avec l’Etat légitime et souverain Syrien. Quant au chaos fomenté par les occidentaux, il ne pourra faire éclater cet Etat, et trouvera son terme par "le politique" et non pas par "la force".
=>  La guerre contre l’Iran ?... Exclue… Aucune guerre ou invasion à ses frontières ne sera tolérée.
Évidemment, la Russie ne soutiendra aucune aventure militaire de l’Iran, attaque ou invasion à l’encontre de ses voisins, proches ou lointains. Par contre, la Russie sera à ses côtés, en cas d’attaque des occidentaux, quel qu'en soit le prétexte mensonger, ou la propagande, notamment une soi-disant "destruction de l’Etat d’Israël". Position identique à celle de la Chine, à l’égard de la Corée du Nord.
Soutien, précisons-le, pas simplement sur le plan militaire. Les nombreux accords de coopération entre Russie et Iran ont un gigantesque impact à moyen et long terme.
Exemple, passé inaperçu malgré sa considérable importance, chez les "géopolitologues" occidentaux : fin 2017 (le 20 septembre exactement), la Russie a autorisé deux navires iraniens à emprunter ses voies navigables intérieures (Don – Canal Don/Volga – Volga) pour passer, venant de la Méditerranée, de la mer Noire via la Mer d'Azov à Astrakhan sur la Mer Caspienne. (2)
Autorisation exceptionnelle, offrant ainsi à l’Iran la possibilité d’éviter le Canal de Suez ou le contournement du continent Africain pour rejoindre le Golfe Persique. De plus, en cas de blocus éventuel de ses ports du Golfe, cette coopération lui assure une "profondeur stratégique" d’une immense portée…
Mais, comme dit le Sage : il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre
Liaison Mer Noire - Mer Caspienne par les voies navigables intérieures Russes...
Liaison Mer Noire - Mer Caspienne par les voies navigables intérieures Russes...
Une paire de claques
Poutine savait que sa position aurait du mal à être comprise par l’émissaire et ses commanditaires. Il a donc enfoncé le clou. A son habitude, avec méthode et détermination. En envoyant une vigoureuse paire de claques pour aider à mémoriser son message…
Feu vert a été donné à l’artillerie syrienne pour une opération méticuleusement préparée, depuis de nombreux mois, en réponse aux attaques incessantes de l’aviation occidentale, notamment sous pavillon sioniste : le bombardement de tous les centres de renseignement et de commandement sionistes incrustés dans le "territoire syrien" du Golan ; toujours illégalement occupé, malgré les résolutions de l’ONU, non appliquées à ce jour.
Le 10 mai, en pleine nuit, quelques heures après la visite de "délégué" du Deep State à Moscou, près de 70 (68, pour plus de précision) missiles à courte et moyenne portée se sont abattus sur les positions israéliennes.
Les objectifs militaires les plus sensibles et les mieux protégés, dont certains prétendus "les plus secrets" :
=>  Centre de commandement des moyens techniques et électroniques d’écoute et de décryptage des communications
=>  Quartier général des forces frontalières (code 9900), chargé d’assurer surveillance et renseignement « visuels » (visual intelligence)
=>  Centre de commandement de la guerre électronique
=>  Poste de coordination des tirs des armes de précision
=>  Poste de commandement régional de la brigade israélienne 810
=>  Centre de commandement de la brigade d’Harmoun
=>  Centre de commandement de la brigade Benastim spécialisée dans les combats d’hiver et de montagne
Leur défense anti-aérienne n’en a intercepté que… "4" !…
La honte.
Taux d’efficacité inférieur à 6 %. Ratio habituel pour les missiles anti-aériens US Patriot, de conception obsolète. Une des raisons essentielles étant de ne pas tirer sous forme de silos verticaux, comme les S-300 et suivants, mais en plan incliné : inefficace s’ils sont pris à revers, comme peuvent le faire des missiles téléguidés volant à quelques mètres du sol…
Commotionnés, soufflés, c’est le cas de le dire, les israéliens n’en sont pas revenus.
Bien sûr, ils ont voulu venger l’affront. Ripostant par des tirs de missiles à partir de 28 avions se relayant au-dessus du Liban, pour vite s’abriter derrière ses montagnes : on n’est jamais assez prudent… Ce sont donc 70 missiles, qui ont été lancés, dont 70 %  neutralisés par la défense anti-aérienne Syrienne. Les Syriens admiraient ce feu d’artifice, applaudissant de leurs balcons et terrasses.
Paniquée, l’industrie de la propagande occidentale réactiva fébrilement ses fourneaux, avec deux objectifs : dissimuler l’ampleur de la correction ; et, trouver un bouc émissaire, pour ne pas mettre en cause la Syrie qu’on avait menacé des pires châtiments en cas de contre-attaques aux agressions israéliennes. Pour éviter de se déjuger, rien de plus facile que de mettre en cause l’Iran, et ses fantasmatiques "bases" en Syrie.
D’où, la même rengaine dans tous les pays occidentaux.
En France, on nous repassa la soupe de "l’arc chiite", pour prétendre que les Iraniens avaient tiré une "vingtaine de rockets" ; des primitifs, ils ne savent pas utiliser des missiles téléguidés … Alors qu’Israël à son habitude, n’a pas hésité à répondre de façon "démesurée", "disproportionnée", "massive"… Faire croire qu’Israël bénéficie toujours d’une force supérieure à celle de ses voisins, et de l’impunité ; « Israël se sent pousser des ailes », affirme un imbécile dans un article
Du délire, ou de la propagande pur sucre, pour ne pas changer.
Certains "analystes", qui nous avaient habitués à plus de sérieux, n’ont pas hésité à servir à la louche des énormités. Telles celles-ci que je ne peux m’empêcher de citer (3) :
« Téhéran avait le choix d’attaquer soit des soldats US, soit Israël. Le général Qassem Soleimani a choisi le Golan syrien […], la Force al-Qods des Gardiens de la Révolution iraniens – l’élite militaire iranienne – a attaqué Israël depuis ses bases en Syrie
Quelques réajustements, devant cette cynique et grossière désinformation :
i)  Le général Qassem Soleimani est le chef de la branche des "forces spéciales" des Gardiens de la Révolution.  Il est en charge, en Syrie, des opérations de formation, d’entraînement et de conseil tactique, à la demande du gouvernement concerné, pour combattre les mercenaires de l’OTAN, aux côtés des Syriens et des Russes.
Comme dans les autres pays, ce sont des professionnels spécialisés dans des actions de commando ; en aucun cas des artilleurs.
ii)  Jamais ce général ne se permettrait de lancer une opération armée contre un pays frontalier, au mépris de la souveraineté du pays hôte et de ses alliés, en l’occurrence les Russes.
iii)  Le voudrait-il qu’il faudrait en avoir les moyens : en Syrie, toute opération militaire d’envergure s'effectue dans une coordination étroite, une rigoureuse planification, avec les forces Russes et Syriennes.
iv)  En Syrie, l’Iran n’a aucune base, ni matériel, pouvant être utilisé dans une confrontation avec un autre Etat. Prétendre le contraire est pure affabulation.
v)  Le général Qassem Soleimani, au-delà de son courage légendaire, connu pour sa discrétion, sa discipline et sa prudence, prend soin d’éviter, dans toutes ses missions, les provocations ; tout particulièrement, celles orchestrées par la propagande occidentale.
Cette effervescence dans la désinformation et la diabolisation des personnes et des nations est le signe évident que "la roue tourne"…
Malgré aboiements rageurs et moulinets hystériques de leurs "va-t-en-guerre", les occidentaux doivent comprendre que la stratégie du chaos et de l’affrontement joue, avec le temps, en leur défaveur.
1.  Gérard Haddad, Lumière des Astres Éteints - La psychanalyse face aux Camps, Grasset, 2011, p. 243.
N.B. : Un des rares, si ce n'est le seul, intellectuel juif français, psychiatre et psychanalyste, à promouvoir avec courage une vision lucide de la société israélienne (au sein de laquelle il a exercé pendant trois ans) et de sa caste politique ; et, mesurée autant qu'humaine de la tragédie Palestinienne et du Moyen-Orient.
Le fait qu'il soit originaire du Maghreb, avec une enfance heureuse et paisible en Tunisie, lui apporte, peut-être, cette dimension d'équité et de compassion...
2.  Khan, La Russie autorise deux navires iraniens à emprunter ses voies navigables domestiques, Le Portail des Forces Navales de la Fédération de Russie, 26 septembre 2017,
3.  Thierry Meyssan, L'Iran et Israël ont-ils déclaré une nouvelle guerre ?, Réseau Voltaire, 10 mai 2018,
N.B.  Il est triste de constater la lente et inexorable dérive au fil du temps, de celui qui fut un courageux combattant contre la désinformation, vers thèses, argumentaires et bobards atlantistes...
Même les héros peuvent être fatigués, et avoir le droit de songer à une retraite méritée et confortable.
14/05/2018

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2 commentaires:

  1. Thierry Meyssan a une dent contre l’iran lui le trumpophile, je sens une certaine opposition dans ses écrits sur les régimes appartenant à l’hortodoxie religieuse ... autant d’ames que de porte parole sur cette planète ...

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  2. Wow, article qui remonte le moral. Merci.
    En passant, à l'évocation de la "gestuelle apeurée, obséquieuse, servile, d’un Sarkozy, d’un Hollande ou d’un Macron", on ne peut oublier celle du pape en visite à Jérusalem, devenu VRP du nouvel ordre mondial, en visite chez les patrons.

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